Jazz Rhône-Alpes accueille aujourd’hui une jeune artiste, une jeune pianiste, dont on n’a pas fini d’entendre parler. Sa fraîcheur – commune à tous les jeunes musiciens – cache en réalité un déterminisme évident, une envie de faire et de bien faire, qui la propulsera très certainement sur une belle voie….

Entretien avec Nina Gat

Entre classique et jazz… le tout est que la musique puisse se sublimer…

Michel Martelli : Nina, ce n’est pas la France qui aura la joie de t’accueillir…..

Nina Gat : Non… puisque je suis née en terre d’Israël, à Jérusalem. Mais mes parents ont beaucoup bougé, et ce sera plus dans la région de Tel-Aviv que je passerai les sept premières années de ma vie.

Je garde de cette période des souvenirs, véritablement, très “campagne”… Aujourd’hui, j’ai toujours de la famille, là-bas, et c’est vrai que j’y retourne – dès que je le peux – avec grand plaisir…

Pourquoi être partis d’Israël ? Tu souhaitais savoir si j’étais issue d’une famille “impliquée artistiquement”. Tu vas voir que oui… Mon père est chorégraphe de danse contemporaine et un jour, on lui a proposé de venir travailler à la Maison de la Danse d’Istres, dans les Bouches-du-Rhône, ce qu’il a accepté. Du coup, notre famille – nous sommes cinq enfants, je suis la deuxième dans l’ordre croissant – a émigré dans le sud de la France pour venir s’installer dans le village de Saint-Chamas. Moi, à ce moment-là, je ne suis pas encore très “musique”… Mais je voudrais juste terminer avec le profil artistique de ma famille : ma mère était graphiste, mais elle est aussi peintre. Elle a beaucoup exposé ses œuvres. Ma sœur aînée, Julia, est photographe vidéaste, et elle a déjà exposé son travail au cours des “Rencontres d’Arles”. Mon frère Michael a un peu un parcours analogue au mien. Il est batteur, et s’est dirigé vers l’univers de la musique électro. De plus, c’est un rappeur. Quant à mon autre frère Jonathan, lui est dans l’illustration, le dessin, et son but est de rentrer dans l’animation pour les jeux vidéo. Tu vois, nous présentons plusieurs visages, mais l’Art ne nous a pas oubliés…

M.M. : Musicalement, ta route va débuter assez tard, finalement…

N.G. : Oui, mais ça ne m’empêchera pas de “me construire” en amont. Mes parents ont toujours beaucoup écouté de musique. Et lorsque je te dis “beaucoup”, c’est vraiment énorme. Et nous, bien sûr, nous en avons profité. Leur culture musicale était si vaste que nous passions sans difficultés de Bach aux Beatles. J’ai grandi sur cette dynamique-là et je crois sincèrement que ça m’a beaucoup apporté, sans forcément que je m’en rende compte. La musique creusait sa voie… les musiques devrais-je dire, puisque tout le panel possible nous a été donné…

Et puis, je dois dire aussi que, mes frères et sœurs comme moi, ne sommes jamais allés à l’école. C’est notre mère qui s’est chargée de cette (énorme) tâche-là, une tâche dont elle s’est sortie à merveille. Cette “option de vie” nous aura permis, en plus de l’éducation classique, de toucher à nombre de domaines différents – pas forcément musicaux – que nos parents nous permettaient de connaître pour définir ceux dans lesquels nous voudrions poursuivre plus avant… On en arrive à la musique : lorsque nous nous sommes installés à Saint-Chamas, nous avons trouvé, dans la maison, un piano droit. J’ai oublié de te dire que ma mère avait, derrière elle, dix ans de piano. Outre le piano – qui avait bien besoin d’être accordé – ma mère a mis la main sur pas mal de partitions, et, de temps en temps, elle nous en jouait une…

M.M. : Elle aura donc “créé” le déclic en toi…

N.G. : En tout cas, ma mère a commencé par m’apprendre à lire une partition. Mais pas à jouer du piano. Mais ce qu’elle m’a apporté m’aura, d’une certaine façon, mis le pied à l’étrier, oui. Au fur et à mesure d’avancer dans cet univers pianistique, elle va me proposer, alors que j’ai neuf ans, de franchir le pas et de commencer des cours véritables. Ce que je vais faire, et ce seront des cours de piano classique, que je commencerai avec une super prof, Eriko Arima, qui accueillait ses élèves dans un petit village à côté du nôtre, à Cornillon-Confoux. Dès le début, j’ai adoré l’instrument, même si une “carrière” était très loin de mes préoccupations à ce moment-là. Avec Eriko, je resterai, au total, sept ans. Mais, en route, je vais ouvrir d’autres portes, comme celle, à douze ans, du Conservatoire d’Aix-en-Provence, que j’intègre, en classe de piano classique, où je resterai trois ans, une période qui me permettra de participer à quelques concours. A Aix, la partie “jazz” était dirigée par Jean-François Bonnel qui est – tu le sais – un super clarinettiste de jazz. C’est lui qui me fait penser, le premier, que ses cours de jazz pourraient être très sympas, et je les avais abordés, mais à mon avis pas de façon assez poussée. Je crois que, sur le moment, je n’ai pas trouvé ma place. Par contre, deux ans plus tard – j’ai donc quatorze ans – je vais entrer à l’Institut Musical de Formation Professionnelle de Salon-de-Provence, et là en classe de jazz. Tous ceux qui m’entouraient étaient plus âgés que moi ! Mais cela ne me gênait absolument pas, au contraire, j’ai trouvé là de super profs, comme Ben Rando – pour la classe piano – ou encore Michel Zenino, qui était mon professeur d’harmonie / composition. C’est là que je passerai le MIMA – Musicien Interprête de Musiques Actuelles – qui me permettra de rentrer au Centre des Musiques de Didier Lockwood plus tard…

Je resterai quatre années à approfondir ma culture jazz, tout en gardant mes professeurs de classique à Aix. Les deux univers ont cohabité quelques temps… jusqu’en 2019, année pendant laquelle j’intègre le CMDL.

M.M. : Tu entrais là dans une “belle maison”…

N.G. : Je le savais. Mais j’y arrive donc en septembre 2019 loin de me douter que cette première année va tourner court, avec l’arrivée, dès le début 2020, de la vague “Covid”. L’école a été très vite fermée, et puis, très vite, des cours en ligne ont été mis en place… mais ça restait compliqué. Au moins pour le côté “travail” car cette période, qui m’a permis, du coup, de me retrouver en famille proche de la mer, je ne l’ai pas si mal vécue que cela.

La seconde année, les cours ont pu reprendre en présentiel, mais avec les protections d’usage, comme les masques, les plexiglas qui séparaient les élèves. L’Ecole faisait ce qu’elle pouvait pour que nous puissions suivre notre enseignement au mieux. Et, au final, ces deux années m’auront énormément apporté. D’ailleurs tous ceux et toutes celles qui m’entourent aujourd’hui sur scène sont plus ou moins issus du CMDL. De ma promotion ou de celle qui nous a précédés.

Je sors donc du CMDL en 2021, avec déjà quelques projets qui commençaient à germer dans ma tête, des projets qui verraient le jour à Paris, puisque c’est en sortant de l’Ecole que je m’y installe.

M.M. : Alors, justement, ces projets, tu nous en dis un mot ?

N.G. : Ce sont des projets d’univers différents, qui n’étaient pas, au début, de mon initiative, mais sur lesquels j’étais accompagnatrice. Comme par exemple le projet du contrebassiste Matis Regnault par exemple, ou encore ce projet, en trio, avec Valentin Martel et Marion Ruault (voir ici).

Je joue aussi dans une autre belle aventure que je co-dirige avec la violoniste Alba Obert. C’est un projet que nous avons baptisé “Collectif Hors Limites”, où nous mêlons les influences jazz, et classiques. C’est en fait un quatuor à cordes, auquel nous rajoutons une contrebasse, et un piano. C’est Marion Ruault qui est à la contrebasse, Alba est donc au violon, au premier violon, tu vas trouver Ariane Bodin, à l’alto, c’est Akiko Godefroy, et enfin, au violoncelle, nous avons fait appel à Aurélie Diebold. Et au piano, tu as deviné.

C’est Alba et moi qui composons pour cet ensemble. Dernièrement, nous nous sommes produits à “L’Entrepôt”, ainsi qu’au “Baiser Salé”. Et nous préparons la sortie d’un premier album.

En tant “qu’invitée”, j’ai joué – pour deux morceaux – sur l’album du groupe “Minuit 10”, qui propose du jazz moderne, fusion. Ce qui m’a permis, avec le batteur du groupe, Etienne Rouvière, de monter un duo piano-batterie que nous avons appelé “Serendipity” – un mot qui veut dire “le hasard positif” – et nous avons sorti un EP courant 2020, le tout premier que j’aurais enregistré du reste. Notre duo a tourné dans le sud de la France comme à Paris et, même si l’aventure s’est arrêtée aujourd’hui, tu peux encore nous retrouver sur toutes les bonnes plateformes.

M.M. : Tu nous donnes quelques dates, pour que l’on puisse aller t’écouter ?

N.G. : Alors… actuellement, je suis dans la préparation du concert que nous allons donner, le 18 novembre prochain, au “Baiser Salé” et dans le cadre du Festival “Pianomania”, en trio avec le contrebassiste Yoni Zelnik et le batteur Elie Martin-Charrière. Avec Elie, nous nous connaissons déjà puisque nous avons déjà joué ensemble au cours de jams ou de sessions diverses. Avec Yoni, je languis de partager la scène.

J’espère que cette aventure va me permettre de “consolider” une idée qui mûrit en moi depuis maintenant pas mal de temps, à savoir proposer mes compositions, mes idées musicales. Cette aventure va me permettre de maturer mon projet – pour lequel j’ai déjà quelques musiciens en tête pour m’y accompagner, et dont l’esthétisme se précise de plus en plus. Mais je ne t’en dis pas plus pour le moment, ce sera peut-être une nouvelle occasion de se revoir.

Sinon, pour les dates :

– le 14 novembre, je serai au “38 Riv”, avec le projet de Matis Regnault

– le 26 novembre, en duo avec Alba Obert, nous serons au “Sunset-Sunside” pour un hommage aux musiques de films de Miyazaki

– le 1 décembre, je serai, en compagnie de Laure Sanchez à la basse et Keith Rodriguez à la batterie, au “Baiser Salé” , avec un hommage à Ahmad Jamal.

– les 6,7,8 et 9 décembre, je remplace, au pied levé, le pianiste Xavier Belin aux “Zèbres de Belleville”

… et puis, l’an prochain

– le 4 janvier, je me produirai avec le quartet de Lucie Guillem, au “38 Riv”

– le 5 janvier, je jouerai en compagnie de Valentin Martel et Marion Ruault, toujours au “38 Riv”

– et enfin, le 19 janvier, je partagerai la scène du “Baiser Salé” à nouveau avec la contrebassiste Julia Richard.

Propos recueillis le lundi 24 octobre 2022

Il y a eu une coupure dans la présentation de musiciens via nos colonnes, et cette entretien “de reprise” redonne l’envie à merveille. Nina offre, en plus d’un talent musical indéniable dont on n’a pas fini de parler, un contact super agréable, ce qui n’est pas à négliger.

Je te souhaite, Nina, ce que tu mérites, à savoir une TRES belle route…

 

NdlR : Merci à Julia Gat et Mathieu Chretien pour les photos

 

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