Interview

Entretien avec Olive Perrusson

Elle s’est octroyée un retour aux sources. Dans sa Touraine natale, elle vient de reposer ses valises, après une grosse parenthèse passée dans la capitale. Aux commandes de son instrument, elle est une musicienne « qui n’en finit pas de grimper » et que l’on va pouvoir retrouver, avec beaucoup de plaisir, dans quelques beaux projets…

 

Olive Perrusson
La magie de l’alto au bout des doigts….. (mais pas que !…)

 

 

Michel Martelli : Olive, la Touraine a donc agi sur toi comme un aimant…

Olive Perrusson : C’est la région où je suis née et où j’ai grandi jusqu’à mes quinze ans et mon départ pour Paris. Et depuis six mois, j’ai ressenti le besoin d’y revenir, pour y écrire une nouvelle page de ma vie. Mais je revenais régulièrement à Tours, et je dois reconnaître que « l’ambiance du cœur de Tours » me manquait beaucoup.

Mes parents ont donc eu la bonne idée de me faire arriver sur Terre en Touraine. Eux y étaient musiciens, ils se sont rencontrés, très jeunes, dans un groupe punk, qui s’appelait « Forget Me Not ». Depuis ma naissance, je n’ai pas arrêté de les suivre, sur les routes en fonction de leurs engagements. Dès le couffin. Mon père est contrebassiste, et ma mère est la chanteuse Claire Diterzi, qui fait une belle carrière en chanson française. Donc, tu le vois, cette période m’a fait vivre une vie de bohème qui, finalement, me convenait bien. Mais, d’un autre côté, si une voie musicale pouvait parfaitement s’entendre pour moi, mon père, qui avait fait le Conservatoire, tenait à ce que je prenne cette route moi aussi. Je reconnais que je trouvais beaucoup plus de fun à la vie de fête qui m’entourait et qui, en plus, m’a toujours inspirée…

 

M.M. : Musicalement, ton choix s’est arrêté très tôt ?

O.P. : Ce dont je me souviens, c’est que, très tôt, je voulais maîtriser un instrument « que je pourrai balader ». Tu as compris que, des musiciens, il en gravitait pas mal à la maison. Et donc, qui dit beaucoup de musiciens, dit beaucoup d’instruments. Et, parmi ces instruments, un petit violon, qu’une amie de mes parents laissait souvent à la maison. Ce sera le premier instrument sur lequel « je m’essaierai » à jouer. Mais bon, j’avais quatre ans. C’était vraiment du tâtonnement…

Ce sera vers mes six ans que mes parents vont m’inscrire au Conservatoire de Tours. Et, pour mon malheur, je ne pourrai d’entrée choisir un instrument. Au contraire, d’une façon… on va dire hasardeuse, je vais me retrouver en classe de… clavecin ! Une classe dans laquelle je resterai malgré tout trois ans, de laquelle je ne garde pas forcément de bons souvenirs, si je veux être honnête. A la fin de ces trois années – aidée en cela par la mention « insuffisant » portée à mon crédit – je demanderai à entrer en classe d’alto. Ce qui se produira. L’ « esprit » Conservatoire  ne coule pas forcément de source pour un enfant. Et puis, j’avais dans ma tête tous ces moments vécus au travers des pérégrinations familiales et musicales. Ça faisait une sacrée différence. C’est dans une classe « à horaires aménagés », entourée de futurs musiciens ou de futurs danseurs que je découvrirai l’instrument en lui-même, l’alto. Et, pour bien l’appréhender, je vais entrer dans la classe  de Gilles Deliège, dans laquelle je resterai jusqu’à mon départ pour Paris. Gilles sera, du reste, mon seul professeur tourangeau.

 

M.M. : Et puis la ville lumières va t’ouvrir ses portes…

O.P. : On va surtout dire que je vais y suivre ma mère dans ses projets professionnels. Arrivés là, ce sera au Conservatoire de Paris XXème que je m’inscrirai. En y entrant, j’ai déjà accumulé derrière moi pas mal d’expériences en solfège, comme en alto et je vais très vite y passer mes diplômes de fin d’études de troisième cycle. Mais ce sera aussi à cette occasion que je commencerai les cours d’écriture harmonique. Je resterai deux ans dans ce Conservatoire. Avec Catherine Puig comme prof d’alto, que je retrouverai plus tard. Catherine m’accompagnera  jusqu’à la fin de mes études (musicales), y compris après mon retour en France puisque je vais aller passer mon année de terminale en Italie. Ma mère, cette année-là, était pensionnaire de la Villa Médicis et, du coup, j’ai passé mon Bac au Lycée Français de Rome.

Et, au retour de Rome, je vais entrer en classe de Prépa Lettres. Ça a été une période, qui n’a pas duré longtemps, pendant laquelle je rejetais – musicalement –  l’académisme de l’apprentissage en Conservatoire . Il aura fallu que je me lance sur une toute autre voie, pour que se produise assez rapidement le déclic. Entre des études de lettres et une vie au service de la musique, mon choix était fait au bout d’une seule année.

 

M.M. : Et du coup ?

O.P. : Du coup, je vais vite me réinscrire au Conservatoire de Paris Xème cette fois. Où je retrouverai donc Catherine Puig. Je passerai également ma licence en musicologie à Paris Est. De plus, et dès ma première année de reprise, je commencerai les participations à divers groupes. Mais curieusement, mes premières scènes se feront au sein d’une compagnie de théâtre, « Les Trimards d’Anselme » qui proposait un quatuor à cordes sur scène. Et donc, j’y étais avec mon alto. Si nos spectacles flirtaient un peu avec le « chelou », c’était vraiment top… Cela m’aura donné aussi des opportunités de rencontres.

Le premier groupe que je vais monter sera « Olive et Clyde », avec Clyde Vachez, un copain de lycée. On y faisait de la chanson française et anglaise, et c’était plus du style folk ou rock. Clyde et moi écrivions tout et, avec nous, tu pouvais trouver une basse – que tenait Ivan Iovane – et une batterie, menée par Zacharie Hitter. Ce groupe a duré environ quatre ans, avec un album à la clé. Nous avons fait pas mal de dates sur Paris, mais aujourd’hui, chacun a fait sa route.

En parallèle à ça, je vais rencontrer Sonia Nemirovsky. A la base, Sonia est comédienne, mais elle a fondé un groupe de musique qui fait de la chanson française et pour lequel elle écrit tous les textes. Le groupe s’appelle « Rovski ». Au moment où je la rencontre, Sonia cherchait un alto, pour donner plus de volume à son groupe. Je l’ai intégré tout de suite. A cette époque-là, nous étions en quintet, Sonia, moi, et trois garçons. Aujourd’hui, le quintet est devenu duo. Sonia et moi. Nous chantons toutes les deux, Sonia écrit toujours, moi, je fais les arrangements, je joue aussi un peu de la guitare électrique et  me suis également mise au clavier. C’est un projet dans lequel je suis totalement investie depuis maintenant trois ans. Nous avons aussi eu la chance de beaucoup tourner en France, et un album est prévu à l’automne prochain.

 

M.M. : Tu apportes aussi ton concours à d’autres belles expériences…

O.P. : C’est vrai, oui. A commencer par « Les Enfants d’Icare » – projet que tu as déjà évoqué avec Antoine Delprat. Un projet sur lequel j’ai rejoint son leader, Boris Lamérand, que j’avais connu auparavant, dans un groupe plutôt rock celui-là, qui s’appelait « Angelfish Decay », une formation « cordes », avec violon, violoncelle, contrebasse et… deux chanteurs. « Angelfish » s’est produit dans nombre de « caves » de France et de Navarre. Le groupe n’existe plus, mais cela reste un beau souvenir.

Avec « Les Enfants d’Icare », je joue depuis 2017. Au début de 2020, le groupe a sorti son premier album « Hum-Ma ». En ce qui me concerne, c’est la première formation jazz dans laquelle je peux évoluer. Mais je dirai que c’est un quatuor à cordes d’impro, avec des incartades dans le monde de la musique contemporaine, et aussi de la musique traditionnelle. C’est un projet très hybride, très ouvert, dans lequel je me suis reconnue assez vite. Je m’y sens « comme à la maison ». J’y improvise « à l’oreille » avec les divers sons que je peux tirer de mon alto. La force de ce quatuor est que nous venons tous d’horizons différents. J’ai cité Boris et Antoine, je ne veux pas oublier Octavio Angarita, bien sûr, au violoncelle.

 

Et puis, il y aussi le projet « Ophélia », de Camille Durand – Ellinoa, si tu préfères. Un projet dont j’ai croisé la route il y a deux ans, toujours grâce à Boris, et qui réunit, mais tu l’as déjà évoqué, Paul Jarret à la guitare et Arthur Henn à la contrebasse.

 

M.M. : On termine avec ton projet « perso » ?

O.P. : Mon projet personnel, je l’ai baptisé « Mariotte ». Tout simplement parce que c’est mon second prénom. J’ai voulu monter un projet plus folk et pop, sur lequel je chanterai en français, et où je vais aller trouver mes sources d’inspiration dans divers contes, et dans la mythologie. Je vais ré-explorer cet univers.

Évidemment, pour « Mariotte », j’écris et je fais les arrangements. Un single est prévu en sortie le 7 avril prochain, et il sera suivi d’un EP le 5 mai.

Je l’ai conçu en deux « formules » : un « seule en scène » dans lequel je me produirai accompagnée de ma guitare électrique, l’alto passant donc au second plan… et puis il y aura une formule avec « basse-batterie-sax », mais je ne t’en dis pas plus aujourd’hui, c’est en cours d’élaboration. Sinon « Les Enfants d’Icare » sont en pleine phase d’écriture, en ce moment. En vue d’un deuxième album…

 

Et puis, on boucle la boucle. Je me suis donc réinstallée en Touraine depuis quelques mois. Dans un espace personnel plus grand que celui que je pouvais connaître à Paris, dans lequel je bosse avec plaisir. Et au calme. Je suis bien, dans mon « home-studio » !!!

 

 

Propos recueillis le mardi 16 mars 2021

 

 

 

Les musiciens sont des gens formidables, humainement. Tous ceux que j’ai rencontrés jusqu’ici. Et Olive ne s’écarte pas de cette voie-là. Cet entretien aura été, comme tous les autres, très riche à bien des points de vue.

Je vais malgré tout les abandonner – j’espère très temporairement, le temps de certains rééquilibrages personnels. Il arrive, dans notre société, que le bénévolat soit « difficilement supportable ». Et, face à ça, on se sent bien seul…

Cela n’enlève en rien au plaisir que j’aurais pris, à chacune de ces rencontres.

 

Merci encore à vous tous. Et, du fond du cœur, j’espère à bientôt…

 

Ont collaboré à cette chronique :

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