Interview

Entretien avec Perrine Missemer

Elle a bâti sa carrière autour de son instrument de prédilection : le violon. Un instrument qui lui permet aujourd’hui de virevolter dans plein d’univers différents, avec toujours autant de bonheur…

Une chance pour nous, aussi…

 

Entretien avec Perrine Missemer

 

Du classique à la musique celtique, ou au jazz… le violon ne connaît pas de frontières

 

 

Michel Martelli : Perrine, si, aujourd’hui, Lyon te voit t’épanouir, c’est en Provence que ta route va débuter…

Perrine Missemer : C’est vrai, oui. Je suis native de la belle ville d’Aix-en-Provence, et j’ai grandi à Salon… C’est d’ailleurs à Salon, dans l’École Municipale, que ma route musicale va réellement débuter. Mes parents ne sont pas musiciens, même si je pense que ma mère a dû le regretter. Et je crois d’ailleurs que c’est ce qui l’amènera à encourager ses quatre enfants – je suis la dernière de la fratrie – à emprunter cette route de la musique. Comme moi, mes deux frères et ma sœur ont chacun opté pour un instrument. Adrien, mon frère aîné, joue aussi du violon et d’ailleurs je pense qu’aller l’écouter auditionner m’a mis un peu le pied à l’étrier, et puis mon autre frère, Frédéric, a choisi, lui, la trompette… quant à ma sœur Marjorie – qui, comme moi, est allée jusqu’au DEM – elle s’exprime à la flûte traversière. Elle est même, aujourd’hui, prof en banlieue parisienne…  Je pense que ma mère est fière de nos chemins parcourus, aujourd’hui…

Donc, à Salon, je vais entrer dans le monde de la musique alors que j’ai quatre ans et demi… et mes premiers cours, je les ferai dans la classe de Michel Anselmino, Michel qui, par ailleurs, est Premier Violon à l’Opéra de Marseille. Je dois dire que j’étais une enfant très sérieuse pendant tout mon apprentissage, mais, de ce côté-là aussi, j’étais bien « poussée » par ma mère. Parce que, crois-moi, le travail était difficile et, en réalité, le déclic se produira véritablement pendant mon adolescence. Une période pendant laquelle je me suis laissée porter par d’autres arts, comme le dessin, que j’aime particulièrement par exemple… Et je trouve que le violon m’a permis d’exprimer mes émotions, aussi…

A l’âge de dix ans, toujours sur Salon, je changerai de professeur, pour rejoindre la classe de Béatrice Justet…

 

M.M. : Et puis ensuite, ta route va encore un peu plus s’étoffer…

P.M. : Disons qu’ensuite, je vais « émigrer » sur Aix-en-Provence, pour y continuer mes études. Du côté enseignement classique, en classe de troisième, et, du côté musical, à l’ENM d’Aix, dans la classe de Sophie Baduel. Sophie est une référence, dans le monde enseignant, elle « est de l’école » de Zino Francescatti et a fait le CNSM de Paris. Je dois énormément à Sophie, elle m’accompagnera jusqu’à mes dix-neuf ans, jusqu’à la fin de mon cycle professionnalisant, en fait. Pendant cette période, j’intégrerai quelques orchestres, comme «l’Orchestre des jeune de  la Méditerranée » par exemple.  Je te précise que tout ce que j’ai vécu jusqu’alors se passait dans le circuit « classique ». Et puis, ma sœur Marjorie, qui était dans un atelier jazz animé par Jean-François Bonnel, va me faire découvrir le swing, le jazz, l’univers de Stéphane Grappelli… Très touchée par ce monde, je vais me mettre à repiquer pas mal de morceaux et, crois-moi, c’était beaucoup de travail pour moi à cette époque, mais au final ça m’aura permis d’entrer de plain-pied dans le monde de l’improvisation, et cette merveilleuse découverte que le jazz permet aux musiciens de ressentir cette sensation d’être véritablement libres. A partir de là, deux voies bien distinctes vont apparaître chez moi. La voie « classique », et puis le jazz… qui va obliquer aussi sur les musiques irlandaises, des musiques dans lesquelles je vais aller chercher le groove, certaines petites variations aussi, tout ça pour se mettre au service d’une mélodie… J’ai « pratiqué » ces trois styles, en prenant la précaution de bien les compartimenter. Toutefois, et jusqu’à l’obtention de mon diplôme, c’est la voie « classique » que je privilégierai…

 

M.M. : Quand arrives-tu à Lyon ?

P.M. : Je vais y arriver en 2007, pour mes vingt ans. Et je vais entrer très vite au Conservatoire de Fourvière, avec Véronique Riou, en cycle de perfectionnement. Une période pendant laquelle je vais rencontrer beaucoup de professeurs, pendant laquelle je vais faire pas mal de master-classes… parce que je voulais entrer au CNSM… Entre 2008 et 2010 aussi, je suivrai un cursus jazz également, dans la classe de Rémi Crambes…

Et puis, ce seront mes premiers groupes, parmi lesquels je vais te citer « Al Andalus », un groupe de flamenco lyonnais, à géométrie variable, mais avec, en général un percussionniste, deux guitares et un couple de danseurs en plus. Dans ce groupe, je m’occupais des mélodies et nous avons à notre actif certaines participations au Festival d’Avignon…

En 2010, j’ai intégré le groupe de rock « Celkilt » – du rock celtique dans lequel j’amenais mon style irlandais… Avec ce groupe, je vais tourner trois ans, de façon assez intense professionnellement parlant.

Cette période m’avait d’ailleurs un peu « coupée » de ma route jazz, à laquelle je vais à nouveau apporter toute mon attention dès 2013. Jusque-là, j’avais accumulé pas mal de routes, et j’avais la sensation d’avoir encore plein de connaissances à acquérir ou à peaufiner. C’est pour cela que je vais m’inscrire à l’ENM de Villeurbanne cette fois, dans la classe de Philippe Roche. J’étais toujours au violon, bien sûr, même si Philippe est prof de guitare…

Ce sera aussi à la même époque que je croiserai la route de musiciens comme Célia Kaméni, Thomas Belin, Clémentine Vacher, Camille Thouvenot, à Fourvière, Baptiste Ferrandis à Villeurbanne… Tu le vois, de belles personnes, et de super musiciens…

Dans la classe de Philippe, je resterai jusqu’en 2017

 

M.M. : Mais, entre temps, tu vas consacrer ton temps à une toute autre activité…

P.M. : Oui ! Dans l’intervalle, je vais prendre le temps d’être maman…

Du côté « statut »… je suis intermittente depuis 2010. J’ai pu réaliser pas mal de projets, notamment en musique irlandaise, avec de nombreuses embauches à la clé, et donc des concerts réguliers. Je suis également intervenue au sein d’orchestres classiques, ou encore dans de petites formations, parmi lesquelles je peux te citer le trio « La Strada », ou bien « l’Luster Trio » – avec Audrey Podrini… J’ai souvent joué « à la carte », à la demande des clients du moment, mais cette vie m’aura tout de même permis d’aller jouer en Algérie, à Dubaï, ou dans certains pays européens comme la Belgique, l’Italie..

 

D’autres groupes aussi, ont compté pour moi, comme le « Broken Bow », un quintet de folk progressif, les « Toxic Frogs » – là, on était sur du rock celtique – ou encore le « Macanas », qui était plus, pour le coup, du tango à danser. La plupart de ces groupes sont en sommeil, même si, bien sûr, les contacts avec les copains musiciens ne sont pas rompus….

 

M.M. : Que dire, de ton actualité d’aujourd’hui ?

P.M. : Je travaille sur trois axes : enregistrement, communication et famille. Du côté « enregistrement », j’ai pris quelques « cours » de Musique Assistée par Ordinateur, afin, dans l’avenir, de mieux gérer ma technique. Grâce à Cid Samartino, qui est aussi bassiste, soit dit en passant…

Depuis l’ENM aussi, je compose. Dès mon entrée dans mon premier groupe de rock, en fait, et je trouve cet aspect du métier très attrayant, très gratifiant. Pour moi, la composition est le but ultime de chaque musicien…

En 2018, j’ai sorti mon tout premier EP, en tant que lead et compositrice, avec le « Perrine Missemer Quartet », en compagnie de Rémi Genevès à la guitare, de Cyril Billot à la contrebasse et de Kevin Borqué à la batterie. Sur ce projet, on est sur une base jazz plutôt swing, avec incorporation de touches de musique irlandaise, qui apportent selon moi des sonorités plus modernes, plus contemporaines…

Depuis 2020 aussi, j’ai entamé d’autres collaborations, comme celle avec Eric Monchet-Perrot, qui est chanteur. Il m’a commandé trois titres et, en retour, m’a écrit deux chansons. Un projet super intéressant.

Je collabore aussi, même si c’est virtuellement à cause de ce virus, avec des musiciens écossais, américains. Le confinement aura au moins eu ceci de bon, à savoir nouer ou renouer des liens. Je vais essayer, dorénavant, de créer une sorte d’équilibre entre la musique en studio et les concerts live face au public…

Enfin, je citerai ma participation à l’orchestre classique « Ose » emmené par Daniel Kawka et son fils Thierry, avec qui nous avons pu faire de super enregistrements, avec de grands solistes mais aussi une belle représentation, il y a tout juste deux semaines, devant un public d’enfants d’écoles de la banlieue lyonnaise. Une belle opportunité de remonter, enfin, sur scène… et de répondre au milliard de questions que nous ont posées les enfants !!!

 

 

Propos recueillis le vendredi 05 mars 2021

 

 

 

Un grand merci à toi, Perrine, pour ton accueil si simple mais si chaleureux… Je redirai ici l’impact tellement bénéfique que produit ton interprétation, au violon, de la musique celtique, aux origines que j’aime particulièrement…

A très vite de t’écouter « en live »…

Ont collaboré à cette chronique :

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