Interview

Entretien avec Pierre-Jean Spreux

Originaire des Monts du Lyonnais, à Sainte-Foy l’Argentière, sa carrière de guitariste ne le prédisposait pas à envisager un autre instrument. Il est tombé pourtant sous le charme du « tank drum », un instrument qui gagne de plus en plus à être connu…

 

Pierre-Jean Spreux

En partant de rien, on arrive au beau…

 

 

Michel Martelli: Pierre-Jean, ton parcours n’était pas particulièrement destiné aux tank-drums, on dirait ?… 

Pierre-Jean Spreux :  C’est vrai. La base, chez moi, c’est plutôt le heavy metal. A dix-sept ans, j’avais un voisin qui était fan absolu d’Iron Maiden. Alors, je l’ai suivi sur cette voie, et en parfait autodidacte. C’est comme ça que je touche ma première guitare électrique et je vais carrément tomber dans cette marmite, je vais devenir « métalleux ». Jusqu’à mes vingt-huit ans, jusqu’à ce que je rentre dans une « vie de famille », en fait. Je n’ai pas fait de scène, à ce moment-là. Juste des « bœufs » avec des potes qui jouaient Metallica ou Iron Maiden, et on m’y laissait faire des solos… Par la suite, j’ai gardé cette passion, même si j’ai à un moment rangé ma guitare. C’est ce qui arrive souvent quand on n’est pas professionnel, et puis, je n’ai jamais vraiment abandonné…

M.M.: Et tu coupes un temps avec la musique, radicalement ?

P-J.S.: Radicalement, non. Disons que je me suis occupé de « gérer » quelques groupes, dont un sur Lyon, « G.Family » – un groupe fusion rock-jazz qui réunissait deux chanteurs autour d’un mix de musique électronique. J’étais ; si tu veux, leur agent artistique, un peu comme leur manager. Je leur cherchais des dates, je gérais les répétitions…. j’ai fait ça pendant un an. Une expérience intéressante. J’ai même organisé, en 1998, un tremplin rock, sur Sainte-Foy, qui avait réuni six groupes, et dont le premier prix était une semaine d’enregistrement pour un EP de quatre titres… Crois-moi, organiser cela tout seul n’était pas simple. Je n’avais, autour de moi, aucune association pour m’aider… Et, à côté de ça, je bossais en usine. Pour l’alimentaire. Je me cherchais, en fait, je cherchais mon idéal. La musique m’a en fait permis de me découvrir d’autres qualités, qui m’ont extériorisé : je suis devenu commercial, et dans des branches radicalement différentes. Dans l’immobilier, d’abord. Pendant deux ans et demi. Puis, dans les énergies renouvelables pour terminer dans la grande distribution en tant que cadre commercial. Tout ça jusqu’en 2016, année où j’arrête tout après une bonne dépression, un burn-out qui m’a totalement déconnecté. C’est dans cette période que va naître ce lien qui m’unit désormais au tank-drum…

M.M.: Comment ça se passe ?

P-J.S: A l’été 2017, un de mes amis souhaite organiser un atelier « tank drum ». Il m’invite. Mais, au départ, ça ne me parle pas du tout. Il faut dire que c’était un atelier « construction », et je trouvais ça « galère ». Je ne me voyais pas poursuivre dans cette voie. Mais, pour le tank-drum, pas vraiment d’autre école. Bon, j’ai donc été initié par cet ami, Anthony Chartier, et puis ça a fait boule de neige par la suite.. Pour la petite histoire, c’est un américain, Dennis Havlena, qui a eu l’idée géniale d’inventer cet instrument. A partir de… bouteilles de gaz ! Qui aurait cru que cette matière donnerait de si bons résultats musicaux ?… Bref, à l’époque, Anthony mène une vie un peu vagabonde et mon garage l’intéresse pur développer son activité. Et pour que je bosse avec lui, bien sûr. Moi, j’ai dit oui un peu par nécessité, parce qu’on a très vite enregistré les premières commandes, et qu’il nous fallait vite retrousser les manches. Personnellement, j’ai tout appris en live, à la volée. Et tout ce que j’ai appris, je le redistribue au cours de stages que nous organisons maintenant, des stages qui ne durent qu’une journée mais qui permettent de survoler le principal de cet instrument. On fait fabriquer, bien sûr, mais on commence nous-mêmes la pièce, et on la termine, Comme ça, aucune pression pour le stagiaire. Tu sais, fabriquer un tank-drum regroupe plein de disciplines, on ne dirait pas.. La soudure à l’arc, c’est du pur artistique, par exemple… Autre particularité intéressante : 80% environ de notre public  est féminin. Comme quoi… Nos stages  se font deux fois par mois, des samedis, avec deux personnes à chaque fois. Un petit comité pour mieux apprendre… 

M.M.: Comment vendrais-tu le tank-drum ?

P-J.S.: C’est vraiment un instrument épatant, avec lequel on va prendre beaucoup de plaisirs. Il permet de ressentir des sensations beaucoup plus vite que l’apprentissage d’autres instruments. La base du tank-drum, c’est le rythme. C’est très primitif. Mais, très vite, on a aussi la mélodie. Le nom, bon, en anglais, on est sur une traduction de « bouteille de gaz », mais on appelle aussi cet instrument « tambour mélodique » ou « tambour à lames d’amour ». Côté fabrication, il faut faire attention. Parce qu’aujourd’hui, comme pour nombre de produits, on trouve tout et n’importe quoi. Il y a beaucoup de fabrication différentes, et, avant d’acheter, surtout par correspondance, il faut faire attention aux formats. Cet instrument, né donc en pays anglo-saxon, s’est exporté et bien exporté en Russie. En regard du prix de leur acier, ça se comprend un peu… La boutique ETSY – une boutique d’artisanat mondiale – propose beaucoup de tank drums. Beaucoup de modèles soviétiques et je dois reconnaître que, si ce sont eux qui vendent le plus aujourd’hui, ce n’est pas pour rien. Les tank drums sont de qualité excellente, mais ils ont vite acquis le savoir-faire pour ça et surtout, ils ont le matériel adéquat pour les réaliser . Jusqu’aux finitions en gaufrages. Il faut des presses spéciales pour ça, pour l’emboutissage. Quant aux lames de notes, chez les Russes, c’est de la découpe laser. Mais tu imagines le montant de l’investissement que l’on doit réaliser pour être à ce niveau…

M.M.: Et chez toi ?

P-J.S.: Chez moi, tout est fait à la main ! Meuleuse, perceuse, scie sauteuse… voilà mes jouets pour pouvoir travailler. Et un poste à souder, bien sûr, il faut bien coller les deux moitiés ensemble ! La qualité de cette soudure est très importante, le choix de l’acier aussi est très important, car certains vont sonner  moins bien que d’autres. Et puis, j’accorde beaucoup de minutie à l’accordage. Chez moi, la peinture est proscrite au bénéfice du vernis. Sur les modèles que je fabrique, le dôme est martelé – c’est là qu’on fera la note la plus aiguë – pour mettre en valeur les harmoniques des autres notes. Et, autour du dôme, huit lamelles, huit notes…

M.M.: Sur scène, ça donne quoi ?

P-J.S.: J’ai un pote batteur, Philippe Comte, à qui j’ai demandé de le tester… il en est tombé amoureux et il a même monté un trio (avec une chanteuse et un joueur de udu, cette percu nigériane en terre cuite), un trio qui s’appelle « La Patate Douce ». C’est je crois le premier groupe qui se monte en intégrant un tank drum. Mais à mon avis d’autres suivront… Techniquement, le tank drum peut se suffire à lui-même, mais je dirais que c’est un instrument « inspirant ». Il m’inspire, en tout cas, pour jouer ensuite sur ma guitare. Et il est un parfait accompagnateur, crois-moi, on l’a essayé avec du violon, de l’accordéon, de la basse, de la guitare, du djembé, de l’harmonica… il est très sociable. Beaucoup de musiciens le testent, aujourd’hui, et j’en ai même vendu quatre exemplaires dans une Université de Lyon… 

 

Propos recueillis le 30 janvier 2020.

 

Contact : 06 78 69 38 70

Adresse utile : sur Facebook « L’Univers du Tank Drum« … et laissez-vous guider.

Pour info : pour un instrument de qualité, compter entre 230 et 300 euros.

L’avis d’une musicienne utilisatrice (Marine-Julia Garcia – batteuse) :

« La première sensation est que l’on se trouve face à un instrument complètement atypique, et on se demande comment ça a pu être créé… Et puis se mêlent émerveillement et questionnement, notamment comment on peut accorder avec une telle précision de simples langues de métal… En ce qui me concerne, j’ai abordé cet instrument comme lorsque j’ai commencé le bodhran cette percu celtique irlandaise. Mais en réalité, tu pars sur quelque chose de totalement nouveau, et c’est même un plaisir de faire sa découverte en parfait autodidacte. Un  tank drum, en plus d’être une percussion classique, permet la recherche rythmique permanente de nouveauté en terme de son, en terme de frappe. Cet instrument propose énormément de portes à explorer, des portes qui semblent se multiplier à l’infini. Quant à son rôle… moi, je le vois un peu analogue à celui d’un clavier, sur scène, qui amènera des notes supplémentaires, pour un morceau plus riche, plus étoffé… A mon avis, il peut convenir à nombre de styles de musique, comme les musiques du monde, bien sûr, et peut-être même la pop. Ou le rap, qui peut parfois manquer de musicalité, ou le slam… « 

Ont collaboré à cette chronique :

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