Interview

Entretien avec Pierre-Yves Brondel

Il aurait pu opter pour la voie viticole qu’a suivie sa famille. Mais Euterpe a battu Bacchus et, Dieu merci, la musique l’a récupéré. Si sa force réside, en partie, dans sa discrétion, il s’est imposé dans le monde des contrebassistes français de belle manière…

 

 

Pierre-Yves Brondel

 

 

Musicien de l’ombre, mais ô combien riche…

 

 

Michel Martelli : Pierre-Yves, je suis passé près d’interviewer un œnologue…

Pierre-Yves Brondel : Oui, ça aurait pu être comme ça… Je suis né à Lyon, c’est vrai, mais j’ai grandi dans le Beaujolais. Une grande partie de ma famille a fait, et continue à faire du vin. Bio, comme il se doit. Le domaine porte le nom du « Domaine de la Bonne Tonne » et se situe à Morgon. Toutefois, ma famille faisant cela très bien, je n’avais aucune envie, personnellement, d’entrer dans cette voie-là. Et du côté musical ? Non, je n’avais pas vraiment de « moteur » parmi ma famille proche. Mon père était un grand amateur de Brassens, mais à part ça…

Alors que j’arrive à treize/quatorze ans, un premier déclic va se produire. Grâce à un de mes potes, qui joue de la guitare. Rock. Et ça va tellement m’attirer que je vais lui demander à ce qu’il m’apprenne. Par la suite, j’ai un peu « tanné » ma mère pour avoir mon propre instrument, et, du jour où je l’ai eu, je ne l’ai plus lâché. Et oui, j’ai même pris des cours de guitare, le temps d’une année scolaire, qui m’ont, je le reconnais, beaucoup appris.

 

M.M. : Et puis, tu vas très vite entrer dans la vie « active » comme on dit…

P-Y. B. : Oui, je vais arrêter mon parcours scolaire vers seize ans et demi. Et, bien évidemment, tu imagines bien que ma mère s’est mise en recherche de formations diverses et variées. D’autant que je ne l’aidais pas en lui indiquant une quelconque direction. Face à mon attachement pour mon instrument, elle va dénicher une formation dans la « fabrication » des guitares. Et je dois dire que cette direction ne me déplaisait pas, car le solfège, les notes, les partitions, ce n’était encore pas pour moi.

Du coup, je vais partir, en « contrat d’apprentissage » sur… Béziers pour le côté « pratique » – c’est là où se situait la boîte qui fabriquait les instruments, et sur… Le Mans, où je suivais les cours théoriques, à l’Institut Technologique Européen des Métiers de la Musique – I.T.E.M.M – Là-bas, j’apprenais aussi à les réparer. Et dans cette école, entre 2001 et 2003, la musique va s’imposer à moi comme une évidence. D’abord parce que je n’y croisais pas que des guitares. D’autres que moi apprenaient aussi à réparer les saxophones, à accorder les pianos.

C’est dans cette période aussi que, musicalement, je vais découvrir des gens comme Django Reinhardt ou Coleman Hawkins. Je vais pousser la porte qui va m’entraîner dans leur univers, et je ne vais surtout jamais la refermer. J’ai dix-huit ans.

 

M.M. : Et puis, tu vas encore bouger…

P-Y. B. : Oui, dès que je vais pouvoir quitter Béziers… Au fil de mes rencontres, j’avais entendu parler de l’I.M.F.P – Institut Musical de Formation Professionnelle – de Salon de Provence. Je ressentais beaucoup d’intérêt, à présent, pour la théorie de la musique, et j’étais donc très motivé pour partir dans une structure comme celle-là. Je voulais pouvoir lire la musique, travailler l’harmonie… Avec un but « number one » : Comprendre. Tu vois, je crois que ces années-là, je te parle de 2001-2003, ont créé dans ma vie une véritable révolution. Je vais alors « m’ouvrir » à d’autres instruments, comme la clarinette, par exemple, ou encore l’accordéon.

Je vais aussi explorer toutes les musiques du monde que je pourrai, j’avais très soif de musiques acoustiques – les musiques électro ne m’attiraient pas du tout.

Là-bas, à Salon de Provence, je vais beaucoup travailler mes instruments, la guitare, et la clarinette.

Je vais aussi y découvrir le monde extraordinaire des Big Bands, les grands musiciens… et tout ça pendant presque cinq ans, je temps que je vais passer dans les Bouches-du-Rhône. Pendant ces années-là, je ferai aussi une rencontre importante – et déterminante quant à mon choix d’instrument – ce sera avec mon… colocataire de l’époque, Adrien Coulomb, qui est contrebassiste. On peut dire que c’est Adrien qui m’a donné ce goût pour l’instrument, pour  la contrebasse. Mais pas que, quand même… tu vois, par nature, je ne me sentais pas l’âme d’un soliste, être « sous les feux des projecteurs » – ce qui arrive fréquemment lorsque tu joues de la guitare. Depuis que je suis sur scène, ou aux commandes de mon instrument, j’ai toujours joué la carte de la discrétion. Être là quand il le faut, mais certainement pas trop dans la lumière. Mais, dans la rythmique, par contre.

 

M.M. : Donc, tu épouses la contrebasse ?

P-Y. B : Et oui… à vingt-trois ans, je me mets à la contrebasse, et, à Salon, je vais avoir la chance d’avoir pour professeur Michel Zenino, qui va m’enseigner les secrets de cet instrument pendant toute une année. En fin de cycle, lorsque cette école se terminera, tout le monde prendra sa route. Moi… je ne me voyais pas partir sur Marseille, je ne ressens pas trop d’affinités avec cette ville. J’ai pris l’initiative de revenir sur Lyon, et d’aller m’inscrire au Conservatoire, dans le quartier de Fourvière.

Et là, assez rapidement, on va se débrouiller, avec les copains d’alors, de créer un premier groupe. Un groupe qui ne devait pas en être un, à la base. Parmi les copains, un « gamin » – déjà bien grand – Robinson Khoury. Et, pour aider Robinson à passer un examen dans les meilleurs conditions, c’est Philippe Maniez qui va réunir Thibaud Saby, Robinson, et moi. Ce quartet avait été baptisé « The Four Alligators » et on s’est tellement bien entendus qu’on a commencé à bien tourner ensemble, au « Hot Club » ou à « La Clef de Voûte », entre autres, mais en collectionnant aussi les dates, par-ci, par-là. Ça marchait d’ailleurs tellement bien qu’on a fait venir un deuxième trombone, avec l’arrivée de Lou Lecaudey.

Ce « premier groupe » va perdurer trois ans environ, et puis chacun prendra son envol vers d’autres horizons.

 

M.M. : La porte des groupes venait de s’ouvrir pour toi ?

P-Y. B. : Oui… mais je reconnais qu’après cette expérience, j’ai arrêté le Conservatoire, et puis j’ai connu une sorte de « traversée du désert » mais pendant laquelle je me suis « boosté » pour relever énormément de morceaux de musique.

Ensuite, avec Josselin Perrier et Mathieu Guerret, nous avons décidé de « monter une formation », assez extensible, qui pouvait être un quintet, un sextet…. Nous trois, nous y formions le noyau dur et puis, autour de nous, des potes, qui venaient jouer, en alternance, quand leur propre emploi du temps le leur permettait. Ça bougeait sans arrêt. Faisaient partie de cette aventure Aurélien Joly, Lou Lecaudey, Camille Thouvenot, Thibaud Saby, Paul Lamarca, Lucas Verrière, Fermin Munoz ou encore Grégory Ivanov.

Avec cette formule, ça bougeait sans cesse, mais c’était sympa. Et là, j’écrivais pour tout le monde.

 

Après ça – nous sommes en 2014/2015 – je vais apprendre que le guitariste Olivier Calvet monte un groupe, un quintet, et je vais y rejoindre Josselin Perrier, fidèle à la batterie, Matthieu Guerret au sax ténor, Lucas Verrière au piano. Ce sera le « Uptown Quintet », avec lequel on a pas mal tourné.

 

Dans la même veine, le guitariste Grégory Aubert et le sax Fermin Munoz vont mettre sur pied le « Red Hill Quintet ». Josselin est toujours là à la batterie, et c’est Pierre-Antoine Chaffangeon qui va être au piano. Là encore, une belle expérience.

 

Et puis, jusqu’en 2019, je vais aussi jouer dans le groupe « Djoukil » Avec ce groupe, je ferai beaucoup de dates, et deux belles tournées aux États-Unis, en 2015 et 2017.

 

Je collabore aussi avec Gérard Vandenbroucque, sur un de ses projets.

Et puis, je citerai aussi le projet que porte Grégory Aubert, très « manouche », projet baptisé « Trivial pour Swing ». Outre Greg, je joue avec Thierry Kerchzérian, à la guitare rythmique, et Rémi Nouvelot, au violon.

 

M.M. : Et puis, on va, quand même évoquer TON bébé…

P-Y. B. : Bien sûr, oui… un bébé qui va « naître » en septembre 2019, un projet sur lequel je vais être « leader »… mais pour lequel je vais savoir m’entourer de « musiciens de cœur » avec qui j’aime jouer : Thibault Galloy, Vincent Périer,  aux sax, Anthony Bonnière au trombone, Camille Thouvenot au piano et Josselin Perrier à la batterie.

On parle, bien sûr, du « Holy Bounce Orchestra », qui a démarré sa carrière dans la vie « sur les chapeaux de roue ». C’est un réel plaisir de bosser ensemble, et je te signale qu’un album sortira dans le courant de l’automne prochain…

Le « Holy Bounce », c’est swing et lindy hop à tous les niveaux. Le vieux swing qui passe par Ellington, Basie, mais aussi Glenn Miller ou John Kirby. Mais c’est un univers tellement enthousiaste.

 

Aujourd’hui, je suis à fond dans le « Holy Bounce », bien sûr… Mais, tu sais, en plus, je suis un musicien qui s’investit chaque fois à fond, dans ses projets ou dans ceux auxquels il collabore. Ça fait partie de ma nature. C’est pour ça que je n’en présente pas une liste à n’en plus finir….

 

 

Propos recueillis le samedi 04 juillet 2020

 

 

Merci, Pierrot, pour avoir accepté de « rejoindre le cercle familial » matérialisé par cette série d’interviews, dont le but principal est de pouvoir mettre un maximum des « membres de la famille » en lumière.

J’aurais découvert un musicien discret, fidèle dans son amitié, et bougrement efficace derrière son instrument. A bientôt de te croiser.

Ont collaboré à cette chronique :

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