Interview

Entretien avec Violaine Soulier

Elle est native du beau département de Haute-Savoie, où elle va rester jusqu’à l’an 2000. Musicalement, elle est passée de l’instrument à la voix, qu’elle magnifie aujourd’hui au travers – entre autres – du trio « Les Swingirls ».

 

Violaine Soulier

 

Michel Martelli : Violaine, ton environnement était plutôt favorable, pour « débuter une carrière »…

Violaine Soulier : Oui, c’est vrai. Pourtant, au début, ça n’a pas été aussi évident que ça. Oui, j’ai une famille très investie dans la musique. Plus du côté de ma mère que de mon père, mais tous m’ont fait baigner dedans depuis toute petite. Malgré ça… je m’étais juré que jamais je ne ferais « carrière » là-dedans. Quand j’étais adolescente, j’étais déterminée…

A l’âge de cinq ans, je commence l’apprentissage de la flûte à bec. Un apprentissage qui va évoluer, deux années plus tard, dans la pratique du… violon. Et là non plus, ce n’était pas ce que je voulais faire. Moi, je voulais jouer du piano. Mais le professeur de l’école de musique de Rumilly a décrété que, « en fonction de mon excellente oreille », je ferai mieux de me diriger vers le violon. Ça s’est fait comme ça, même si, au début, je ne te le cache pas, je ne vais pas le prendre si bien que ça… Parce que je dois te dire aussi qu’à cette période, ma passion allait aussi vers … la danse ! D’entrée, comme ça, le violon me semblait ingrat à apprendre et d’ailleurs, ce sentiment est resté longtemps en moi, jusqu’à ce que je me rende compte qu’avec un violon, on pouvait jouer toutes sortes de musiques, jusqu’à aussi ce que je me produise sur diverses petites scènes régionales, dans des univers totalement différents de celui de la musique classique…

 

M.M. : Et scolairement, tu étais toute aussi investie ?

V.S. : Oui ; J’ai toujours eu une passion pour l’Histoire. Une passion qui vit, du reste, toujours en moi encore aujourd’hui. En 2000, après mon Bac littéraire avec option musique et histoire des arts, j’entre, pour deux ans, à l’Université de Savoie de Chambéry pour y continuer mon cursus d’historienne. Ensuite, et grâce au programme Erasmus, je vais m’envoler – au départ, je pensais pour un an – pour Montréal, au Canada. J’ai vingt ans. La musique ? Elle est toujours présente, quand même. Je suis restée à l’école de musique de Rumilly jusqu’à mes quatorze ans. Et puis, j’ai arrêté les cours pour ne me consacrer qu’aux orchestres (et y jouer). J’ai notamment rejoint l’Orchestre du Marais, dirigé par le directeur du Conservatoire d’Aix-les-Bains, au sein duquel je vais rester pendant mes deux années d’Histoire à Chambéry. Donc, tu vois, présente, mais, pour être véritablement honnête, au second plan tout de même. L’Histoire, et la danse, avaient mes préférences à ce moment-là…

 

M.M. : Étais-tu encouragée, musicalement ?

V.S. : Oui. Comme je te l’ai dit, je viens d’un milieu « favorable ». Mes parents m’ont toujours suivie, et ne se sont jamais opposés à mes choix. J’ai également reçu un gros soutien de la part de l’une de mes tantes, Christiane Dubonnet, qui a été la directrice de l’école de musique d’Alby-sur-Chéran et, aujourd’hui, la programmatrice du pôle culturel d’Alby. Je lui dois vraiment beaucoup et elle est toujours présente à mes côtés, encore maintenant. Du côté maternel, mes grands-parents, cousins, oncles, tantes ont toujours eu plus ou moins des appartenances musicales. J’ai même une autre tante qui est pianiste professionnelle aux États-Unis… Autant dire que chacune de nos réunions était… fortement teintée de musique. Du côté de mon père, on était plus dans une ambiance de « mélomanes », même si mon père chantait et jouait très bien de la guitare…

Mais, revenons au Québec. Je pars donc pour un an, pour passer ma Licence d’Histoire à l’Université de Montréal. Là-bas, je vais intégrer une troupe de « théâtre musical ». Ce qui sera mon premier contact avec la scène. Et, dans cette ambiance particulière de troupe, un gros déclic va se produire en moi. A partir de là, je « sens » que la scène, ce sera « ma seconde maison ». Du coup, je vais prolonger mon séjour nord-américain pour une année supplémentaire. Qui va me permettre de rencontrer plein de musiciens, et aussi de rencontrer UNE personne déterminante…

 

M.M. : Pour la suite de ta carrière ?

V.S. : Ça y a contribué, oui. Je vais rencontrer là-bas Jeanne Garraud. Jeanne, c’est la fille de Rémo Gary – le chanteur lyonnais qui est dans l’univers de la pure chanson française. Jeanne était à la Faculté en même temps que moi, mais, elle, en musicologie. Et donc, en ce qui me concerne, après une première année en histoire, je vais « repiquer » une deuxième année, un deuxième DEUG, mais cette fois en musicologie. A la fin de cette seconde année, alors que je vais rentrer en France, je me pose beaucoup de questions. Sur mon avenir. Alors, Jeanne va me « brancher » sur les Centres de Formation des Musiciens Intervenants, et notamment celui de Lyon. Je vais intégrer cette structure et y faire encore deux ans. Ces centres forment donc des musiciens pour qu’eux-mêmes ensuite puissent intervenir en écoles. Ce que je fais au bout de mes deux ans, dans les écoles de la région de Grenoble. Une tâche à laquelle je vais me consacrer pendant huit années…

 

M.M. : Et côté musique ?

V.S. : En parallèle de cette activité de professeur, j’ai commencé à monter des groupes, oui. En 2006, je vais fonder « Nouk’s », un quintet instrumental féminin, avec notamment Hélène Manteaux, à la contrebasse et au sax, Mathilde Bouillot à la flûte traversière, et Pauline Koutnouyan à l’accordéon. Moi, j’étais au violon et à l’alto et diverses batteuses nous ont accompagné. L’aventure « Nouk’s » a duré dix ans. Il en est né un EP, et un album, sorti en 2014, « Irène » qui réunissait des compositions musicales de toutes.

A côté de ça, j’ai accompagné, dès 2005, une danseuse, Valentine Matthiez, sur diverses performances musique/danse.

J’ai aussi, pendant trois ans, appartenu à la Compagnie « Nusa Cordon », une compagnie basée dans l’Ain, très axée sur la musique balinaise. Outre le côté « collectif », c’est aussi le côté « percus » qui m’a attirée. Nous jouions sur le gamelan, cet instrument typiquement balinais (javanais aussi) qui se compose de plein de parties diverses et sur lequel on ne peut jouer qu’à plusieurs. Ça a été aussi une très belle expérience…

 

M.M. : Et puis… deuxième rencontre déterminante !…

V.S. : Oui, c’est vrai. En 2006, je vais postuler pour entrer à la Cité des Arts de Chambéry pour, cette fois, aborder le violon dans sa version « jazz ». Là-bas aussi je vais rester trois ans, et ma route va croiser celle de Caroline Ruelle qui, quelques années plus tard, me fera intégrer le groupe des « Swingirls ». Pendant quelques temps, je vais me concentrer sur mon métier d’enseignante mais, en 2013, au mois de février, Caroline revient vers mois pour que je puisse passer une audition pour entrer dans ce groupe. Une audition pour laquelle nous étions plusieurs, et, autour de moi des filles que je pensais beaucoup mieux armées que moi. Crois-moi, je n’en menais pas large. Parce que j’ai toujours chanté, c’est vrai, mais pas de façon « professionnelle ». Avant tout, pour moi, c’était « music at first »…

Mais, j’avais l’envie. Alors je me suis lancée à fond. Et ça a marché. Je vais donc intégrer le trio des « Swingirls » dès 2013, rejoignant ainsi Marianne Girard – qui a créé ce groupe – et Caroline.

Le premier « deal » que me soumet Caro, c’est… apprendre vingt-cinq morceaux en anglais, et en trois mois ! Un gros défi pour moi, je te le dis, mais que j’ai relevé. Parce qu’au début, avec les « Swingirls », c’était beaucoup de reprises en anglais…

Et… le 21 juin 2013… aux alentours de Grenoble… je fais ma première scène, en chant, devant public. Mon baptême du feu, une expérience qui fut géniale aussi… Parce que, dans ce public, il y avait beaucoup de mes élèves, beaucoup de membres de ma famille, ma fille… Vraiment top. Et, depuis, ça ne s’est plus arrêté…

 

M.M. : Et aujourd’hui, alors ?

V.S. : Depuis 2014, je me suis « fondue » dans le groupe « Des fourmis dans les mains ». Un groupe qui est emmené par le chanteur (et poète) lyonnais Laurent Fellot. Dans ce groupe, je suis à la fois violoniste et choriste.

Ces deux groupes sont l’essentiel de ma vie professionnelle aujourd’hui. Autant avec « Des fourmis dans les mains » nous sommes ancrés sur les relations humaines dans le monde actuel, autant avec les « Swingirls » on est plus dans le spectacle et le divertissement, tout en défendant des thèmes forts.

Parce que oui, je dois te dire que le répertoire des « Swingirls » a évolué. Depuis six ans, nous avons entamé une grosse transformation : aujourd’hui nus sommes trois chanteuses instrumentalistes (avant nous étions accompagnées), et proposons maintenant des compositions et des compositions en français… et puis nous avons maintenant opté pour la théâtralité. A ce titre, notre nouveau spectacle, « Survoltées », créé en janvier 2020 au Théâtre Municipal de Grenoble avait commencé sa tournée. Mais… tu vois où je veux en venir, comme beaucoup, le virus a stoppé beaucoup de nos dates. Pour le moment, nous sommes toujours prévues en Avignon, entre le 3 et le 26 juillet prochains, mais….

Nous verrons la suite…

 

Propos recueillis le lundi 13 avril 2020

 

J’ai découvert ce trio, et ici Violaine Soulier, grâce à mon camarade photographe de Jazz Rhône-Alpes Franck Benedetto – que je remercie doublement au passage.

Violaine, ce moment aura été un vrai plaisir, d’autant plus que nous partageons un merveilleux coin de France dans nos têtes, la Haute-Savoie.

Je languis le plaisir de vous écouter sur scène, avec Marianne et Caroline…

A noter que Violaine Soulier a mis entre parenthèses sa fonction de professeur. Elle dirige toutefois encore un chœur anglophone, sur Grenoble…

Discographie :

  • 2014 : « Irène » – avec Nouk’s
  • 2014 : « Partout des gens » – avec Des fourmis dans les mains
  • 2014 : « Sans contrefaçon » – avec Les Swingirls
  • 2016 : « Féminines prouesses » – avec Les Swingirls
  • 2019 : « Un grand feu » – avec Des fourmis dans les mains
  • 2019 : « Survoltées » – avec les Swingirls

On notera que les deux albums de « Des fourmis dans les mains » ont obtenu, tous les deux, le titre d’album « coup de cœur » de l’Académie Charles Cros…

Ont collaboré à cette chronique :

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