Interview

Entretien avec Virginie Daïdé

Les interviews 2022 vont s’achever avec une artiste qui appartient à une famille musicale que j’aime, les saxophonistes. Pas fait exprès. Mais plaisir intense. Sa carrière s’annonce très belle, mais elle a posé des bases sérieuses… A découvrir absolument…

 

Entretien avec Virginie Daïdé

 

Où la musique a eu raison du droit…..

 

 

Michel Martelli : Virginie, si tu es aujourd’hui Parisienne, ce n’est pas ta région d’origine…

Virginie Daïdé : Non.. je suis née dans la ville de Revel, en Haute-Garonne, une ville à soixante kilomètres de Toulouse. Et dans ma famille pas trop trop de musiciens, puisque mes parents étaient dans le domaine du droit. Mon grand-père était artiste, tout de même, mais dans le bois : il était ébéniste. Et puis il y a surtout ma jeune sœur, Laetitia, qui est pianiste à la base, et qui a évolué dans le chant, et l’accordéon. Ensemble, nous avons monté un projet, destiné aux jeunes publics, un projet que nous avons appelé “Rit qui qui” et qui n’est pas du tout jazz, en revanche. Mais il tourne bien, et nous nous régalons ensemble.

Comment je prends le virus de la musique ? Je crois que ma tante Isabelle n’y est pas tout à fait étrangère. Elle jouait du piano. Elle composait, elle faisait des orchestrations et il m’est arrivé de l’écouter, parfois, en live. Mais c’était à l’époque de mes huit ans et tu imagines bien que, sur le moment, je n’ai pas osé demander à mes parents de faire venir un piano à la maison.

En revanche, alors que je suis en classe de cinquième, notre professeure de musique va, un jour, demander à celles et ceux qui pratiquaient un instrument chez eux de les ramener à l’école, pour nous en faire une démonstration. C’est comme ça que mon camarade Pierre va revenir en classe avec son saxophone et là, chez moi, ça va faire “tilt”. A tel point que, le soir même, je vais aller faire comprendre à mes parents que le saxophone, finalement, ça me plairait bien. Et mes parents vont agréer l’idée tout de suite, j’ai eu mon premier saxophone très vite entre les mains…

Mais ça ne faisait pas tout, bien sûr. Je vais donc aller m’inscrire dans ma toute première école de musique, à Balma, dans la banlieue de Toulouse. Mon professeur était clarinettiste, et on pouvait trouver des cours de solfège, aussi, mais, tu sais, c’était une toute petite école qui ne proposait que le B-A-BA….

 

M.M. : Comment vas-tu évoluer ?

V.D. : Après trois années, je vais vouloir intégrer le Conservatoire de Toulouse. Mais j’y rentre en formation “chorale”, car on m’avait trouvée trop âgée pour intégrer la classe de saxophone et puis je n’avais que très peu de pratique, finalement, dans les mains. Et obtenue dans une toute petite école. Du coup, le professeur du Conservatoire, Philippe Lecocq, me donnera des cours particuliers, pendant trois ans. Ça ne m’a pas empêchée de recevoir un super enseignement qui m’a fait faire des progrès énormes en technique. Philippe Lecocq était un professeur exigeant, mais je lui en sais gré aujourd’hui.

A côté de ça, je continuai ma voie scolaire; j’ai donc passé mon Bac. Et puis, à l’occasion d’un Noël, je reçois un album, une compilation de morceaux de saxophones, dont un, de Sonny Criss. Et ce morceau, j’ai littéralement flashé dessus. Le jazz venait de frapper à ma porte, et va m’amener à aller m’inscrire à l’École de Jazz de Toulouse, la “Music Halle”. Pour mes dix-sept ans.

Dans cette école, je resterai trois ans. Et c’est là que je croiserai la route de Ferdinand Doumerc, notamment, entre autres copains de promo. Mais pourtant, à ce moment-là encore, je ne pensais pas faire de la musique mon métier. Je la prenais plutôt comme un hobby. Après mon Bac, je me suis dirigée vers une Faculté de Droit – un peu poussée par mes parents, tu l’imagines – mais où j’obtiendrai tout de même mon DESS. L’avantage, c’est que ça m’a permis de monter sur Paris, où j’ai travaillé un moment dans le monde de l’édition.

Mais je te rassure. Mon sax n’était jamais très loin. D’ailleurs je me suis inscrite très vite à l’école ARPEJ, une école privée qui te prend sans condition de niveau. A partir de là, je vais découvrir les clubs de jazz… et puis tout le milieu. Et ce sera une vraie révélation qui me fera prendre ma vraie décision : ma voie sera musicale, et jazz plus précisément.

 

M.M. : Et ton métier ?

V.D. : Je prendrai la décision de le quitter, pour entrer à l’IACP où, là, je vais rencontrer les frères Belmondo, surtout Lionel d’ailleurs, puisqu’il est saxophoniste, mais malheureusement pendant la dernière année où ils fréquenteront l’école. C’est à cette période que je vais croiser les routes de Larry Browne, ou de Leïla Olivesi. De très belles personnes qui sont encore en contact avec moi aujourd’hui.

Je ne resterai donc qu’une année à l’ICAP, et je vais me retourner sur le Conservatoire de Paris IX, dans une classe dirigée par le grand André Villégier, une référence dans le monde du saxophone. Dans ma promotion, tu trouvais des musiciens comme  César Poirier, comme Anna “Anka” Korbinska, comme Jonathan Orland aussi ou encore Anne Pacéo…

Dans le même temps, en club, je vais avoir l’occasion d’écouter Pierre-Olivier Govin et là… je vais être terrassée.

Ça va me galvaniser, et je vais, en plus du Conservatoire, m’inscrire au CRR d’Aubervilliers, où j’obtiendrai mon diplôme de jazz.

Tu conviendras que j’ai eu quand même de super “mentors”…

Je resterai presque six ans dans ces deux écoles, tout en commençant à me produire, sur de petites scènes, ici et là dans Paris. Je vais commencer à jouer beaucoup, notamment, avec Niv Rahoerson qui chante, et qui joue merveilleusement bien de la batterie. Je vais jouer aussi pas mal avec le chanteur, et guitariste brésilien Leo Cruz… Avec lui, comme avec Niv, je ferai un album. Avec Leo, avec notre groupe “Vinilé” et avec Niv, en quartet avec Nicholas Thomas au vibraphone, et Max Héry à la basse. Du reste, ces deux groupes ont super bien tourné…

C’est aussi à cette période que se sont enchaînés plein de projets “éphémères”, mais qui m’ont fait côtoyer de belles personnes, comme Leïla…

 

M.M. : Et ton premier disque, bien à toi ?…

V.D. : C’est en 2018 que je vais me décider à faire mon premier album. En sextet, avec de nouveaux musiciens. Le projet s’appelle “Dream Jobim”, c’est un hommage, si tu veux, au grand Antonio Carlos Jobim. Mais cet album, je l’ai voulu en version instrumentale pure, sans le chant que l’on peut rencontrer par ailleurs dans l’univers de ce génial musicien brésilien.

Dans ce groupe, j’ai réuni le guitariste Leonida Fava, avec qui je joue depuis quelques années, Pierre-Olivier Govin au sax baryton, Donald Kontomanou à la batterie, Luca Fattorini à la contrebasse, Agnès Vesterman au violoncelle et moi au sax tenor.

Nous avons aussi, sur trois morceaux, invité l’immense trompettiste Tom Harrell…

On avait commencé avec de belles dates mais… la fin 2019 est arrivée vite et, avec elle, un sale petit virus qui a tout stoppé…

Et non seulement cela a stoppé ce projet, mais en plus, le confinement m’a fait prendre une tout autre direction. J’ai profité de cette “immobilisation” pour créer le “Virginie Daïdé Quartet”, qui réunit Nicolas Dri au piano, Thomas Posner à la contrebasse, et Tony Rabeson à la batterie.

Ici, on joue mes compositions. Un album va sortir en avril 2023, un album que nous avons appelé “Moods”. Sur les neuf morceaux, sept sont de ma composition, un est de Nicolas et le dernier de Thomas.

Cet été 2022, nous nous sommes produits à “Jazz à Morty”, en Picardie. Et pour 2023, les dates vont s’enchaîner. Cool, parce que ce projet, dans l’immédiat, je m’y consacre à fond..

 

Mais je n’oublie pas, quand même, les cours que je donne aujourd’hui, dans le Département Jazz du Conservatoire de Paris XI…

 

 

Propos recueillis le vendredi 30 décembre 2022

 

 

Un grand merci, Virginie, pour l’accueil que tu m’as réservé pour cet entretien. Mon amour pour les saxophones en sort encore grandi !!!

A très vite de te croiser, j’espère dans la Drôme, pourquoi pas…

 

Liste des entretiens réalisés par Michel Martelli

Ont collaboré à cette chronique :