chronique de CD

« Frame of mind » de Robinson Khoury

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Cet album paru en décembre mérite plus d’une écoute, procure plus d’un plaisir et suppose plus d’une porte d’entrée pour l’analyse. Gardons le(s) plaisir(s) pour la fin. Si tant est que tout n’y soit pas plaisir pour l’auditeur.

D’abord nous différencierons trois constituants pour ce CD et les thèmes qui y sont joués.

L’essentiel des thèmes et des compositions >est alimenté par le quintet de Robinson Khoury, tel qu’il a pu se produire à Paris (New Morning) avec Manu Codjia à la guitare, Mark Priore  au piano, Etienne Renard à la contrebasse, Elie Martin Charrière à la batterie et bien sûr Robinson Khoury au trombone. C’est là que nous avons le jeu le plus déjanté et virtuose des jeunes musiciens qui excellent dans les mesures impaires (Inner war, Jumping...) les chorus délirants, les nappes sonores hypercolorées (New Bizance, Iguazu) la folie joyeuse de jouer ensemble (voir à ce propos la vidéo diffusée sur Facebook: « Robinson Khoury Live session » (voir ici)

avec de nouvelles compositions somptueuses: Eclosis, et >passionnantes comme Moods et quelques reprises du CD; et l’intervention d’un brillant vibraphoniste Simon Moullier.

Puis vient un ensemble de thèmes très arrangés, principalement pour le trombone, avec lequel Robinson joue en duo, quartet, quintet. Evidemment ça fleure bon le cuivre ; les nappes sonores, les accords, les voicings sont une jubilation pour l’oreille: Velouté d’arpèges truffés, Iguazzu encore,  Alisée par exemple

enfin quelques thèmes « des familles » si l’on peut dire comme ce Blues des famille ou ce Monk drôle et nostalgique: Ask me now, où la virtuosité maîtrisée et impeccable du piano en contrechant, souligne la cocasserie du trombone qui n’hésite devant aucun des effets sonores comiques dont l’ instrument dispose, comme un whawha ravageur, un vibrato démodé et abusif, une sourdine mutine et un grasseillement taquin…

Nous avons pu apprécier l’inventivité des jeunes musiciens, leur modernité radicale, la grande beauté des arrangements et la qualité des interprétations.

Il nous reste à souligner le plus remarquable dans cette musique: c’est l’expressivité du trombone. Nous ne soulignerons pas d’avantage la performances technique (quatre octaves bien trempées et assumées dans le thème d' »Introduction » au trombone seul; une variété impressionnante d’effets sonores, une aptitude à chorusser dans des mesures complexes sur les ostinatos de basse bien construits) que nous nous attacherons à souligner la vitalité joyeuse et sérieuse, du jeu de Robinson, qui porté par une nouvelle génération de jeunes trombonistes, mais surtout par son éducation et son talent, fait du trombone aujourd’hui un instrument vivant et vibrant comme une voix, aux accents de cors des bois ou de trompette à la Maalouf. Et ça c’est totalement inédit. Robinson renouvelle le jeu du trombone radicalement, on ne le soulignera jamais assez.

Chaque jour le jazz invente sa vie, une vie nouvelle. Oui, dans ce CD, le plaisir est partout.

 

Lire aussi l’entretien avec Robinson Khoury réalisé par Michel Martelli en avril 2020 (voir ici)

Ont collaboré à cette chronique :

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