(38) IsèreJazz à Vienne

Jazz à Vienne 2018 Première et deuxième semaines – Théâtre Antique

« Il suffit de lire différentes revues de jazz pour s’apercevoir qu’il est absolument invraisemblable que les hommes qui discutent – apparemment des mêmes faits musicaux – aient entendu la même chose » : extrait d’un billet d’humeur de Franck Ténot.

 

C’était en juillet 2012… j’utilisais Jazz Rhône Alpes.com en un blog personnel pour dire mes amours viennoises, sept concerts là-haut sur la scène du théâtre antique avaient alors retenu mon attention, ils ne sont plus que six pour ce cru 2018…

De la paraphrase j’use et redit comme en 2012 déjà: « Que celui qui n’a jamais frissonné à l’écoute de la voix de Melody Gardot me jette la première pierre… ». Cette fille est une Fée malicieuse, ensorceleuse… Un concert comme dans son salon, intime, amical, sensuel, émotionnel mais nous étions sept milles, intimité toute relative… Elle réussit haut la main son troisième passage sur la scène du théâtre antique en ne redonnant pas son dernier disque, on se demande vraiment pourquoi la production l’avait annoncé ainsi ? Melody chante évidemment ses compositions personnelles, celles qu’elle aime, comme un voyage dans son music trip des titres revisités pour la nième fois comme s’ils étaient nouveaux. La ballade, la complainte, la chanson urbaine, campagnarde, l’amour, le blues, le jazz… mais comme elle est aussi musicienne qui sait improviser, les arrangements sont différents et elle dirige et emmène avec elles les musiciens qui sont brillamment à son service exclusif. Elle aura même réussi à me faire aimer Jacques Brel en rappel et mon voisin d’hurler : « épouse moi… ».

 

Il est des concerts que l’on attend avec une fébrilité extrême en rêvant qu’ils soient mémorables et en craignant tout autant qu’ils ne soient que décevants. De ce all stars des nouvelles légendes du jazz le plus contemporain, les chefs, les ouvreurs de voies, les tisseurs, il fallait tout attendre car de leurs concerts pour lesquels les abominables boules Quies étaient obligatoires, j’en ai fait et plus d’un… Et bien non, R+R=NOW nous a offert des perles, seule ombre terrible au tableau idyllique de la nuit, la pluie a voulu elle aussi assister au show. Le maître Robert Glasper l’annonce directement des fois que l’on ne le sache pas encore… Herbie Hancock est son mentor et c’est Butterfly reconnaissable dès les deux premières notes même s’il devient autre très rapidement, les compositions originales de l’album « Collagically Speaking » seront évidemment au menu gourmand, elles se glissent sans pause en fileur sonore. Tous sont remarquables, l’entente est évidente, pas de provocation pas de prise de leadership, le projet et rien que le projet. Evidemment Christian Scott est davantage sur le devant de la scène, ses trompettes sont définitivement uniques, il a incontestablement sa sonorité, ah ces trompettistes de le Nouvelle Orléans ! Mais lorsque Terrace Martin embouche son alto c’est pour donner des développements désarticulés que l’on entend plus beaucoup en ces temps très/trop policés. Le maillon faible aura pour moi été Taylor McFerrin, nous avons en Isère un certain Alem, champion du monde de l’art du beatboxing qui l’aurait facilement terrassé. La section rythmique de Derrick Hodge (b), Justin Tyson (dm) est efficace inventive, nuancée, lyrique, dynamique, impeccable. Nous étions tous très frustrés qu’il n’y ait pas de rappel.

Et comme mon emploi du temps me le permet en dernière minute, je peux satisfaire ma curiosité légitime de découvrir le successeur de Mulgrew Miller aux cotés de Monsieur Ron Carter, certain qu’il ne peut y avoir une erreur de casting. Effectivement Donald Vega est une très belle découverte, voilà un piano qui sait émouvoir, ce My Funny Valentine était…

Lorsque je découvris la programmation 2018 de Jazz A Vienne, un nom auquel je n’espérais plus me fait soudain sourire d’un plaisir absolu, Hermeto Pascoal fera voyager son grupo ; quel bonheur ! trente ans après le seul et unique concert auquel j’ai pu assister, c’était ici même… Le grupo commence seul depuis les coulisses, comme une école de samba défilante, puis le Maestro arrive accompagné par une danseuse virevoltante qu’il regarde paternellement évoluer. Que dire de cette ébullition sonore, elle n’a rien perdu de son exceptionnel, de ses extravagances, de sa fougue, de son inventivité. Hermeto est comme toujours accompagné de musiciens aussi remarquables qu’inventifs, mais pourquoi ne les connaissons nous pas encore ? « Le plus impressionnant musicien du monde. » (*) aime toujours les rythmes, les mélodies et surtout la provocation, une douceur précède dans l’instant un ouragan et vice versa. Il se contente désormais des claviers, des percussions, d’une bouilloire cabossée, il a laissé tomber les instruments à vent. Le show semble très improvisé, pas si certain, il dirige ses troupes certes mais tout est parfaitement orchestré, voulu, il a tout prévu. Rien de nouveau cependant il est très fidèle à Sa musique, « Albino Loco » (**) est unique…

Ma deuxième semaine sera celle d’une unique soirée pour découvrir en live Monsieur Vince Mendoza diriger l’Orchestre National de Lyon et servir un Nat King Cole revisité (terme très tendance, s’applique à toutes choses…) pour l’offrir à Gregory Porter. Réunir l’ONL, les musiciens de Gregory Porter et l’arrangeur des sessions du disque, il n’y a bien qu’à Vienne que cela puisse se faire et c’est là très certainement l’une de ses missions premières. Plaisir et qualité musicale pour l’ensemble de la soirée et comment ne pas noter que le jazz réunisse ce soir-là autant d’aficionados ? Le théâtre romain était plein, preuve, puisqu’il en faut une, qu’il n’est pas nécessaire d’avoir recours à la variété en tous genres… En première partie j’étais également très fébrile de revoir Roy Hargrove, ses derniers passages nous avait fait craindre le pire… Sur scène il semble bien, esquisse des pas de danse et se lance également en chanteur, sans doute pour reposer ses lèvres. Sa musique est intacte, sa sensibilité également, ses compagnons fidèles qui savent faire déborder ce hard-bop qui n’est plus si hard et nous tous de sourire de plaisir lorsqu’ils rejouent aussi « RH Factor » … Soirée remarquable encore une fois dans son intégralité, pas de maillon faible.

 

La cuvée 2018, in fine, m’aura offert six plats gourmands, c’est homéopathique pour ne pas dire famélique ; le jazz migre en d’autres lieux où nous nous croiserons sans doute, il y a de belles choses dans la vallée du Rhône, notamment en Drôme Provençale et jusqu’à la grande bleue…

 (*) aux dires de Miles Davis   – (**) surnom que lui donnait Miles Davis = albinos fou

 

Billet d’humeur à mon tour n°1

Collaboration/partenariat entre Jazz A Vienne et le Festival de la Bande Dessinée d’Angoulême, c’est bien là le sujet…
Je croyais, sans doute bêtement, qu’une performance était un acte unique lié à une topologie (la science des lieux) et qu’en aucune manière il convenait de tenter de la répéter ailleurs. Ainsi, je considère en l’occurrence qu’il s’agit là non d’une collaboration mais d’un acte imposé : je te fournis le « package » éprouvé avec le dessinateur et je t’impose la musique quand bien même elle n’a aucun lien avec ton éthique. Afrique = jazz, quel curieux amalgame, surtout pour cette chanteuse dont les évolutions sont tournées vers le rock et certaines des musiques actuelles mais en aucun cas du côté des jazz(s) ? J’écoutais en interview radiophonique Céline Bagot, Directrice de la Communication du festival d’Angoulême qui prétendait haut et fort que tous de l’équipe de son festival et des dessinateurs adoraient le jazz. Alors encore une fois pourquoi imposer à Vienne Rokia Traoré, chanteuse Malienne accompagnée de deux de ses musiciens réguliers jouant guembri et kora et dont le dessinateur Ruben Pellejero ne cessera de dresser les portraits croisés. N’aurait-il pas été infiniment plus original et créatif de solliciter la présence d’un authentique jazzeux improvisateur face au maître des crayons, mais c’est peut-être bien lui qui n’aime pas le jazz et qui préfère la musique dite « du monde » préférant s’exprimer sur la belle plastique de sa partenaire ?

 

Billet d’humeur à mon tour n°2

Il convient de rappeler le Décret n° 2017-1244 du 7 août 2017 relatif à la prévention des risques liés aux bruits et aux sons amplifiés qui commence ainsi :

« Dispositions applicables aux activités impliquant la diffusion de sons amplifiés à des niveaux sonores élevés

« Art. R. 1336-1. – I. – Les dispositions du présent chapitre s’appliquent aux lieux ouverts au public ou recevant du public, clos ou ouverts, accueillant des activités impliquant la diffusion de sons amplifiés dont le 9 août 2017 JOURNAL OFFICIEL DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE Texte 22 sur 140 niveau sonore est supérieur à la règle d’égale énergie fondée sur la valeur de 80 décibels pondérés A équivalents sur 8 heures.

« II. – L’exploitant du lieu, le producteur, le diffuseur qui dans le cadre d’un contrat a reçu la responsabilité de la sécurité du public, ou le responsable légal du lieu de l’activité qui s’y déroule, est tenu de respecter les prescriptions suivantes :

« 1o Ne dépasser, à aucun moment et en aucun endroit accessible au public, les niveaux de pression acoustique continus équivalents 102 décibels pondérés A sur 15 minutes et 118 décibels pondérés C sur 15 minutes.

« Lorsque ces activités impliquant la diffusion de sons amplifiés sont spécifiquement destinées aux enfants jusqu’à l’âge de six ans révolus, ces niveaux de pression acoustique ne doivent pas dépasser 94 décibels pondérés A sur 15 minutes et 104 décibels pondérés C sur 15 minutes ;

« 2o Enregistrer en continu les niveaux sonores en décibels pondérés A et C auxquels le public est exposé et conserver ces enregistrements ;

« 3o Afficher en continu à proximité du système de contrôle de la sonorisation les niveaux sonores en décibels pondérés A et C auxquels le public est exposé ;

« 4o Informer le public sur les risques auditifs ;

« 5o Mettre à la disposition du public à titre gratuit des protections auditives individuelles adaptées au type de public accueilli dans les lieux ;

« 6o Créer des zones de repos…/…

 

Rappel / Information:  l’inconfort commence à 90Db (A) et le seuil de la douleur se situe aux alentours de 115 Db (A) suivant les individus et l’âge, au-delà le risque de surdité est irréversible… Avez-vous vu in situ un quelconque affichage en temps réel des niveaux sonores conformément à l’article 3 du décret ? Le législateur s’est tenu en deçà avec 102 Db (A). La contravention liée au nom respect de cette loi est de classe 5, la plus lourde, et va jusqu’à la recherche d’une responsabilité pénale, à très très et encore bon entendeur, salut…

Ont collaboré à cette chronique :

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

X