Carte blancheInterview

L’ego de mars (entretien avec moi-même)

Comment s’est passée ma rencontre avec le jazz ?

Ma vraie rencontre avec le jazz est passée par le jazz-rock quand j’étais l’éclairagiste du groupe Clairaudience à la fin des 70’s. Magma en concert, programmé dans un festival rock, sous chapiteau à Lyon Etats-Unis, fut une grande claque ! Plus tôt, je n’avais guère entendu que les 45 tours paternels de Sidney Bechet ou Les Haricots Rouges… Après quelques mois sur Motivation Radio, je crée Radio Sol en 1982 où je diffuse du rock féminin et où je parle cinéma… Je deviens le candide dans l’émission d’un collègue passionné de jazz au milieu des 80’s. J’aime bien ! Après ces préliminaires, la révélation, la vraie, c’est la découverte de Jazz à Vienne en 1987 avec des musiciens comme Stan Getz, Chick Corea, Manhattan Transfer, Cab Calloway, Didier Lockwood & Uzeb, Manu Dibango… 

Où écouté-je du jazz ?

En ce moment, à la maison, comme tout le monde ! J’ai reçu quelques nouveautés et je me régale. Dans Frenchy, Thomas Dutronc se réapproprie quelques chansons françaises devenues standards en belle compagnie : Diana Krall, Youn Sun Nah, Stacey Kent, Haley Reinhart (toutes vues à Vienne, tiens…). The Women Who Raised Me permet à Kandace Springs de revisiter une douzaine de chansons de femmes en mode jazz. 8 : Kindred Spirits, Live From the Lobero de Charles Lloyd est une pure merveille, enregistré live pour son 80ème anniversaire. We are sent here by history de Shabaka & The Ancestors nous offre un voyage musical des plus toniques entre Etats-Unis et Afrique du Sud. Le nouveau David Linx, Skin in The Game se promène avec élégance dans des contrées qui nous permettent d’attendre le CD qu’il enregistre avec Le JAV Contreband autour de David Bowie

Sinon, en période « normale », les festivals régionaux sont ma terre de prédilection, au premier rang ou à la barrière ! Tout comme les clubs, ils permettent d’écouter les valeurs sûres et de découvrir de nouveaux talents. Vivement la suite de ces aventures !

Rhône-Alpes est-elle pour moi une terre de jazz ?

Malgré la disparition de quelques événements, l’offre régionale est conséquente. Espérons que la crise actuelle n’aura pas trop de conséquences sur l’avenir des salles et des festivals. Oserais-je saluer les décideurs vaudais qui avaient eu la prescience de transformer notre rendez-vous annuel d’À Vaulx Jazz en biennale ? Que dire des élus franchevillois qui ont assassiné Fort en Jazz que Radio Sol (pas encore SOL fm !) avait créé avec l’ancienne municipalité ? Les autres ont eu l’intelligence de permettre aux festivals de perdurer, quitte à changer de statut juridique ou de commune d’accueil… 

On est sur le web. Utilisé-je ce média en mode jazz ?

C’est avant tout une source d’information. À tout seigneur, tout honneur : l’agenda de JRA  me sert chaque lundi pour mon agenda radiophonique du lundi soir. Les pages Facebook sont aussi une mine d’informations sur les projets des musiciens que j’apprécie. Les sites des festivals et des clubs me sont aussi très utiles au fil des saisons. Cependant, je n’étais pas très Youtube jusqu’à hier, quand j’ai découvert qu’un simple câble HDMI me permettrait de voir l’écran de l’ordi sur la télé ! Mieux vaut tard que jamais… Je me suis trouvé très bien à la barrière de Jazz à Vienne pendant le concert de Charlie Winston !

Nouveaux médias, nouveaux modes d’écoute, où en suis-je ?

La qualité du son me semble importante. Même si je ne suis pas musicien, j’ai besoin d’un bon son pour apprécier la musique. Je suis toujours épaté par la capacité de la plupart des ingénieurs du son à nous offrir une qualité d’écoute malgré la puissance de la musique diffusée en concert. J’ai fait mes armes au temps du vinyle. Ah les sonos avec les caisses de 33 et les boîtes de 45 tours ! Ma préférence va vers le CD. Toujours pas de baladeur, ni d’écouteurs. J’aime profiter des sons de la vie, y compris du silence et des chants d’oiseaux de cet étrange printemps 2020…

Avant, c’était mieux ?

Que nenni ! Tout change, tout évolue. Le jazz en est peut-être l’une des meilleures illustrations, c’est LA musique des métissages et des rencontres, celle de la liberté avec ses improvisations. Le jazz avance, tant pis pour ceux qui sont restés sur le quai, ils prendront le prochain train !

Vers quel(s) style(s) vont mes goûts actuels ?

Plus le temps passe, plus le champ de mes goûts s’élargit. Certes, j’ai toujours un faible pour les voix féminines. J’aime bien l’idée de rencontres inattendues. J’ai adoré les projets Bowie du Rhinojazz(s), pleurer en écoutant Life on Mars, quel bonheur !

Incroyable, c’est à ce point!

J’adore laisser mes émotions s’exprimer. Rire, pleurer, frémir, haleter au cinéma ou au théâtre, je connais depuis longtemps, mais c’est le jazz qui m’a permis de ressentir ça sans les vecteurs du sens et de la compréhension des chansons. Je me souviens de l’émotion ressentie lors des concerts de Kenny WernerShirley HornBetty LavetteMichel PetruccianiThe Golden Gate Quartet, entre autres…

Revenons à cette idée de rencontres…

Ça ne s’invente pas, j’ai fait la connaissance de ma chérie devant la scène de Jazz à Vienne ! Sur un plan musical, j’aime beaucoup le côté mouvant du jazz. Je viens du rock, et souvent, un groupe a tendance à s’installer et à durer le plus longtemps possible à l’image des Rolling Stones. D’autres, comme Bavid Bowie,  n’ont cessé d’enchaîner les rencontres comme le font les musiciens de jazz. Le travail d’un Robert Glasper est emblématique de cet état d’esprit. Chick Corea venant en mode flamenco cet été, ou jouant en trio cet hiver : même combat !

Ultime question…

J’ai déjà dépassé les neuf cents mots !

S’il fallait me souhaiter quelque chose ?

Tout d’abord, hâte de rencontrer ma petite-fille née cette nuit, le même jour que Sarah Vaughan… De reprendre le chemin du studio pour renouer le contact avec l’auditoire de SOL fm, y recevoir comme chaque année, les directeurs de festivals afin de présenter leurs éditions 2020. Retrouver aussi le premier rang des clubs et des festivals et rédiger quelques chroniques. La vraie vie va bien finir par reprendre ses droits ! 

Ont collaboré à cette chronique :

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