Chronique de livre

Le souffle de la révolte 1917 – 1936 : quand le jazz est là, par Nicolas Bénies

Vous vous sentez un peu dépourvu quand la bise fut venue et un peu désabusé quand les festivals et leurs conférences sont terminés ! Rassurez-vous, il reste la lecture des livres de nos conférenciers de l’été. Nicolas Bénies, conférencier du Crest Jazz Vocal depuis treize ans, nous livre cette année son dernier ouvrage sur le jazz. Il est aussi conférencier à l’Université populaire de Caen, il publie et intervient sur le jazz et l’économie. Son nouvel ouvrage, le souffle de la révolte 1917-1936 : quand le jazz est là, traite de la période de l’entre-deux guerres. Il succède au Souffle bleu 1959 (voir ici) : le jazz bascule, qui était consacré à la fin du Be Bop et au tournant que l’album Kind of Blue de Miles Davis, apporta au jazz. Ainsi, que le Souffle de la liberté 1944 : le jazz débarque qu’il a consacré au débarquement du Be Bop en France dans le paquetage des soldats américains, que nous avions également chroniqué (voir ici).

Pour ce troisième opus sur le jazz, Nicolas Bénies prend comme point de départ le premier enregistrement d’un disque de jazz par l’Original Dixieland Jass Band (1917) qui lança la notoriété du jazz, puis son développement avec King Oliver puis Louis Armstrong. Ainsi que le débarquement des soldats américains à Brest et Saint-Nazaire pour la première guerre mondiale avec l’orchestre de jazz de James Reese Europe. Cet événement est important pour la découverte du jazz par la population française. Cette année 1917, est donc considérée comme la date de départ pour la diffusion du jazz. C’est aussi la date de naissance d’Ella Fitzgerald, de Thelonious Monk et de Dizzy Gillespie. 2017 a été une année très commémorative dans le milieu du jazz pour ce centenaire. Nicolas Bénies situe son propos aux Etats-Unis d’une part, et en France d’autre part.

Pour les Etats-Unis, il remonte jusqu’à la découverte du continent américain et la création du pays pour bien nous faire comprendre dans quel contexte est né le jazz. Il s’appuie sur le travail des historiens et des sociologues et nous éclaire sur de nombreuses thèses qu’il détaille. Celle de William T. Lhamon sur l’attribution du lieu de naissance du jazz qui n’est pas aussi évident que cela puisse paraître. Et celle de Ronald L. Morris « Le jazz et les Gangsters », qui démontre que le succès du jazz a été favorisé par la protection des gangsters de la mafia : les mobsters. Au-delà de ces théories, il développe le côté artistique de cette époque avec bien sûr les jazzmen et notamment l’évolution des Big Bands. Nous apprenons de nombreuses anecdotes et précisions sur Fletcher Henderson, Duke Ellington, Count Basie, Cab Calloway et les autres. Il reprend ensuite la filiation des saxophonistes, puis celle des batteurs qui assurent la rythmique à l’aide de l’instrument emblématique du jazz. L’auteur analyse également l’importance de l’influence révolutionnaire du jazz sur les autres courants artistiques. Il illustre son propos dans les domaines de la peinture, de la littérature et du développement du cinéma naissant notamment.

Pour la France, Nicolas Bénies évoque la même période qui s’étend de 1917 à 1936, soit l’entre-deux guerres. Cette période vient compléter et précéder la période de son livre le Souffle de la liberté 1944 : le jazz débarque. On retrouve de nombreux détails sur Django Reinhardt et Michel Wharlop qui lui tiennent à cœur. Là aussi, il développe l’influence du jazz dans les autres disciplines artistiques comme le music-hall avec le scandale à Paris de la Revue nègre de Joséphine Baker, la chanson avec Ray Ventura et Charles Trenet, la littérature avec Jean Cocteau et Jean-Paul Sartre. Sans oublier André Breton et le « Surréalisme » qui couvre plusieurs disciplines artistiques.

En évoquant au début de son ouvrage la révolution Russe de 1917, qui a lieu la même année que l’enregistrement de l’Original Dixieland Jass Band, l’auteur fait un parallèle avec l’aspect révolutionnaire du jazz pour cette période de l’entre-deux guerres. Ce qui est paradoxal, c’est que le souffle révolutionnaire du jazz ait pris son envol entre deux conflits. Si bien que le contexte rend moins joyeux la toile de fond de cette époque du jazz.

Notre « Mobster » normand préféré nous livre donc son troisième souffle sur le jazz avec ce Souffle de la révolte. Comme d’habitude, son ouvrage est accompagné d’un CD qui est le reflet de la bande sonore de l’époque que l’auteur évoque dans ses écrits. Quel sera son prochain souffle révolutionnaire ? Ce sera peut-être un recueil de ces conférences sur les villes américaines du jazz ! En tout cas, nous l’attendons l’an prochain à la médiathèque de Crest pour la quatorzième année de son cycle de conférences.

Références Bibliographiques et Webographiques :

Blog de Nicolas Bénies à consulter sur : www.lesoufflebleu.fr

Vous trouvez deux compléments au « Souffle de la révolte » sur le blog :

Une bibliographie : (voir ici)

Une discographie : (voir ici)

  • BENIES Nicolas, Le souffle de la révolte 1917-1936 : quand le jazz est là, juillet 2018, 256 pages + CD Bonus, ISBN 978-2-915825-83-1.
  • Autres ouvrages :
  • BENIES Nicolas, Le souffle de la liberté 1944 : le jazz débarque, mai 2014, 158 pages + CD Bonus, ISBN 978-2-915825-39-8.
  • BENIES Nicolas, Le souffle bleu 1959 : le jazz bascule, août 2011, 154 pages + CD Bonus, ISBN 978-2-915825-19-0.

Ont collaboré à cette chronique :

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