chronique de CD

« Les couleurs d’ici » de Marc Berthoumieux

Le 06  novembre 1999, l’accordéoniste Marc Berthoumieux clôturait la tournée de son premier album studio « Les Couleurs d’ici » par un concert à Annemasse, sa ville natale. Entouré d’une équipe de pointures, composée de Louis Winsberg (guitare), Stéphane Guillaume (saxophone & clarinette), William Lecomte (piano & claviers), Linley Marthe (basse), Stéphane Huchard (batterie) et accompagné par l’harmonie municipale d’Annemasse composée de soixante musiciens et le quatuor de saxophones Cat’Sax, ce concert a laissé une trace dans sa mémoire. Vingt et un ans plus tard, et après avoir cheminé avec de nombreux artistes, il souhaite rendre hommage aux siens et à ces musiciens avec lesquels il joue encore avec bonheur….  et partager avec nous ce moment.

L’univers musical de Marc Berthoumieux est rempli de beaux accords et de mélodies porteuses d’une originalité, d’une musicalité peu ordinaire, de ces mélodies qui, lorsque vous les entendez pour la première fois restent marquées dans votre mémoire profonde et que vous retrouvez avec plaisir.

Et ce plaisir, il le partage sur scène avec ses musiciens. On sent une convivialité, une relation fusionnelle, une admiration partagée tout au long de l’écoute de cet album.

Dès l’entame, le groupe se cale sur Le bal du temple. Plus de six minutes pour se jauger, s’écouter, chercher ses marques autour du thème. C’est comme un échauffement avant de se lancer dans Amazone, ambiance chaloupée, mélodie enivrante où Stéphane Guillaume livre un magnifique solo de clarinette.

Le morceau suivant Vagues porte bien son nom. On se laisse bercer par le clapotis des vagues entre les solos de Marc Berthoumieux et de Louis Winsberg. Viennent ensuite Victoria et Les couleurs d’ici d’où une évidente émotion se dégage. Ce morceau a certainement une importance particulière pour l’artiste, sa ville natale, son pays retrouvé. Le groupe assure grave derrière l’accordéoniste sans en faire trop. Stéphane Huchard et Linley Marthe servent un caviar rythmique à Louis Winsberg qui livre un solo électrique splendide.

Changement de décor et d’ambiance musicale avec Balakatun qui marque l’entrée en jeu de l’harmonie d’Annemasse et du quatuor Cat’sax. Ambiance caribéenne qui ne peut que plaire à Linley Marthe et à Stéphane Huchard, mais aussi aux musiciens qui les entourent. On se laisse embarquer dans cette ritournelle.

Place à Sévilla. Qui n’a pas vu Séville, ne sait pas ce que c’est qu’une merveille ! Qui ne l’a pas entendu, non plus !

 Carnavalse, qui clôture cet album, aurait pu être écrit par Nino Rota pour un de ces films qui ont marqué les grandes heures du cinéma italien. L’ensemble musical complet y est mis à l’honneur, comme pour les remercier de leur présence.

Marc Berthoumieux a ressenti le besoin de jeter un coup d’œil par-dessus son épaule et de regarder le chemin parcouru depuis cette époque où le gamin de la montagne a décidé de tracer sa route vers la capitale.

Marcel Azzola avait vu juste en 1998 en préfaçant en l’album Les Couleurs d’ici (version studio) parlant de la palette de couleur que Marc Berthoumieux avait réussi, avec ses amis, à créer pour faire rêver, voyager dans le jazz.

Marc Bertoumieux avait « berthoumisé » le grand Marcel !

Sur la pochette de l’album, Marc Berthoumieux déploie un arc en ciel multicolore, comme un accordéon sur fond noir et blanc. Cette photo résonne particulièrement dans cette période morose où cet album amène un rayon de soleil après la pluie, comme un espoir de pouvoir écouter de la musique en vrai, en concert.

Gageons qu’un organisateur saura saisir l’occasion de proposer de refaire ce concert à Annemasse, dès que la pluie sera finie et que soleil sera revenu

Ont collaboré à cette chronique :

X