chronique de CD

“Les étincelles hurlantes”, Pierrejean Gaucher & Julien Allegre

Je ne suis pas un adepte des réseaux sociaux. Je reconnais pourtant qu’il s’échange des informations que l’on ne trouve pas ailleurs.

Je suis par contre un obsessionnel de la guitare. Tout récemment je me suis abonné à la chaîne “guitare”, trouvant là le moyen d’assouvir mes pulsions pour l’instrument (un peu comme le fait le personnage de Vargas, Camille Forestier, ex compagne d’Adamsberg, qui compulse chaque soir le catalogue de l’outillage professionnel, pour lire et relire tout sur le matériel de plomberie)

En surfant sur la chaîne, je tombe sur un échange entre le patron, Pierre Journel (l’homme à la chemise à fleurs et aux cheveux frisés) et Pierrejean Gaucher, le fameux guitariste. Je m’étais arrêté à son très beau travail avec “Melody Makers”. Je clique par curiosité sur son facebook et je tombe en admiration sur deux perles discographiques, fruits de son dernier travail de recherche en tant que compositeur et musicien.

Le premier est une expérience sonore mélangeant le son des bols en terre d’une amie céramiste, Mireille Favergeon, et ses sons de guitare. Un court disque, exceptionnel de beauté, où se succèdent des pièces courtes, comme des traits de peinture japonaise, ou des haïkus. C’est merveilleux, une sorte d’éveil des sens, du son. Un vrai travail expérimental, une délicatesse, une épiphanie, la naissance d’un monde.

Fort de cette expérience, il collabore avec un artiste plasticien travaillant le métal. Si “Le son des bols” évoquait la création primitive, avec le second cd, “les étincelles hurlantes”, on serait plus dans les coulisses, dans l’envers du décor, chez les Dieux de la mythologie. Le disque donne cette impression de grandeur, de grandiose. Il y a des effets de relief, d’écho, de profondeur, parfois de boucles, de répétitions. On pourrait être chez Vulcain (second morceau de l’album), tordant le fer, dans un bruit de fureur explosive ou dans l’enfer, de Dante (L’africaine, Man Go). Ou encore plongé dans le mythe de la caverne (Trésor d’écumes, Middle sea) prenant nos ombres projetées pour la réalité, avec une désinvolture qui ne manque pas d’harmonie. Car dans cet opus de Pierrejean Gaucher, il y a tout à la fois : La conception, très scénique, de ces morceaux d’envergure, la précision des rythmes et leur imbrication, un travail scrupuleux sur les sons qui nous emmènent loin, dans des univers oniriques, sidéraux (Fugue en la marin, Vents du désert, La grande rêveuse) ou hyper réalistes (Homme en mouvement, Cueilleur d’étoiles, Le passeur), la beauté des mélodies comme des harmonies, et un toucher de guitare diabolique. Pierrejean Gaucher a tiré tous les sons possibles des sculptures métalliques qui forment un instrumentarium inépuisable, riche et inspirant. L’artiste sculpteur de métal, Julien Allegre, a participé également en tant que percussionniste.

Sans doute y a-t-il dans l’histoire de la musique de semblables tentatives, je pense notamment à Bernard Lubat que j’ai vu convoquer sur scène des bûcherons sciant de grosses branches avec leurs tronçonneuses pendant qu’il improvisait. Mais l’improvisation naissait du chaos et retournait au chaos. Chez Pierrejean Gaucher, il y a une construction au cordeau.

Ces deux cd forment comme deux facettes d’un tout. Je vous conseille de vous les procurer au plus vite. (pierrejeangaucher.bandcamp.com ou facebook.com/PierrejeanGaucherMusic) Et de guetter la sortie de ce projet en concert, en spectacle, de cet époustouflant travail sonore.

 

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