chronique de CD

« Lucentum » Filip Verneert et Enrique Simon Quartet

Nous avons écouté ces jours ci un beau CD, Lucentum, par le Filip Verneert et Enrique Simon Quartet (Filip à la guitare, Enrique au piano avec Gil Lachenal à la contrebasse et Pedro Vasquez à la batterie).

Ce qui retient l’oreille, dès les premières mesures de A thousand palms (qui lèvera l’énigme de ce titre ?) c’est la douceur de l’introduction au piano, la rondeur du son de la guitare, et sur un tempo médium, une mélodie qui presse le temps, le mange tranquillement (le pont est à cet égard caractéristique, et pas mal de passages dans d’autres thèmes).

Le chorus de piano se pose alors avec d’autant plus de sérénité que la contrebasse poursuit sa course de croches qui « tendent » le rythme, sur fond d’une batterie régulière, discrète. Et c’est au tour de la contrebasse de faire chorus, calme d’abord, virtuose ensuite toujours sur ce fond de syncopes qui dynamisent la grille. Là encore, la batterie calme le jeu, joue au fond des temps, retient la belle et douce machine. Il y a longtemps que nous n’avions entendu deux mesures entières de contretemps à la contrebasse.

Vanille est un  thème tranquille de Gil Lachenal où la contrebasse encore assure une dynamique rythmique bourrée de syncopes: on ne s’endort pas dans cette ballade.  Là encore, la rythmique « pousse » (voyez la fin du chorus de guitare) où la batterie roule. L' »accompagnement » est créatif, et gageons qu’en concert l’interaction des quatre musiciens gagnera encore en intensité.

Pour le CD, le choix d’une vitalité dynamique toujours présente fait de cette musique à la fois douce  tranquille, et en même temps dansante et légère, un moment de bonheur.

Le thème éponyme du CD, du pianiste Enrique Simon, Lucentum est bien représentatif de ce choix d’allier la douceur et le rythme. L’introduction (loin de celle d’un thèmes comme Chega de Saudade) pourrait être celle d’une ballade. Et puis la batterie introduit un rythme qui prépare le développement du thème et nous nous retrouvons sur un tempo de samba…oh, pas extraverti, pas carnavalesque, mais plutôt tranquille.

Il en va de même pour I Giorni della Merla , composition de Filip Verneert le guitariste, qui nous plonge dans l’univers sonore de son instrument, avant de servir une jolie grille où les chorus de piano et de guitare se déploient avec l’élégance des joueurs de bossa.

Intuition de Gil muscle un peu le mitan du CD, et le dialogue de la rythmique et du guitariste en chorus est plutôt très original.

Il va sans dire que les chorus de Gil sont aussi plutôt nourris, voire musclés et que le mixage sonore nous donne l’avantage de l’entendre à merveille.

L’introduction de Song for a twin d’ Enrique, encore une fois, est caractéristique de ce climat souhaité, puisque il se manifeste d’emblée comme une sorte de regard intérieur et contemplatif, pour nous révéler très rapidement que sa structuration rythmique va « informer » fortement la suite.

Nous arrêtons là notre modeste analyse en vous offrant de découvrir  vous même trois titres encore (neuf en tout) où le guitariste et le pianiste marquent fortement leur empreinte.

Gageons qu’en concert la balance rende au batteur une présence que l’on devine ici active et concertée au plus haut point avec la contrebasse.

Ont collaboré à cette chronique :

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