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Mikrokosmik par le Stéphane Pelegri Quintet

Ça vous arrive d’écouter un disque à l’aveugle ? C’est un peu comme déguster une bonne bouteille. Sans les yeux !!! Et pourtant c’est rare de voir autant en écoutant. Promis je n’ai rien pris, pas une goutte. J’entends… un compromis entre la musique savante occidentale et le jazz du meilleur goût. Il y a de la profondeur, du mystère, de la chaleur, de la présence, de la virtuosité.

Tout cela dans le premier morceau dont je ne connais que le titre, Dance 1. Mais qui joue cela aussi bien ? La trompette est magnifique, le vibraphone magique, la contrebasse espiègle. Le Fender Rhodes mène l’ensemble, secondé par la batterie. Ce sont de courtes pièces. J’ai l’impression d’entendre un grand orchestre ! De quelle époque ?

Avec Dance 2, le piano cette fois ci est omniscient. Il tire des mélodies de gamin, un gone qui aurait grandi trop vite et qui se souvient de ses jeunes années. On sent le pianiste amoureux, qui aime converser avec ses acolytes.

Ça joue, mazette ! Peut-être dans le caniveau, ou aux billes. Va savoir ! Une fenêtre s’ouvre, libérant des atmosphères lumineuses. Pas l’ombre d’une ombre au tableau, pas de nostalgie. Avec Melody in the mist, c’est un air d’une lointaine Asie qui se pointe. Des accords, en demi-teinte, empreints de secrets, des sons de clochettes et soudain un arrangement de tout l’orchestre, venant des bas-fonds de New York. La contrebasse amorce tout cela avec tranquillité. La trompette me cause aux tréfonds.

Encore une Dance 4. Revoilà ce ton primesautier. La clave donne le la. Il y a un équilibre sonore parfait dans le jeu et les sons. Ces musiciens en connaissent un rayon dans l’art de nous faire vibrer. J’entends quelque chose de l’ordre de l’harmonie, cette grâce à mes oreilles, il y en a partout et pourtant sans débordement, sans répétition, sans chevauchements imprécis. Ça s’éclaire en de multiples niveaux. On dirait un mini big band pour un big bang. Et le piano qui prend la tangente et qui décolle. On survole avec lui. Quoi ? Peut-être la Grosse Pomme ? Va encore savoir ! Tiens, un duo saxo-trompette du meilleur jazz contemporain qui clôt cette danse.

Avec Hungarian folk song, plus de doute. Catali Antonini fait une entrée en majesté. Serait-ce alors Stéphane Pelegri au Rhodes ? Le ton est à la balade. J’en ai le souffle coupé. Peut-être Pascal Berne à la contrebasse ? On me dit que je ne suis pas loin de la vérité. Mon ami mélomane me donne une image qui va avec les morceaux. Une vieille image, d’un homme au regard franc, un homme intelligent, rieur, joueur. Erik Satie ? Il me dit aussi que le compositeur inspirateur de ce disque n’était pas un marrant. Béla Bartók ?

Boating, où comment se décline merveilleusement le jazz d’aujourd’hui qui capte les mélodies d’hier et leur donne une nouvelle brillance. Un air de Béla Bartók, le souffle de Stéphane Pelegri et de son orchestre. Réarranger, non pas pour faire mieux, ni de son mieux, mais pour poursuivre, pour dépoussiérer les matériaux, pour se réinventer. S’inspirer. Reprendre là où le sillon s’est arrêté. Merci à tous les créateurs, pour leur génie, qu’ils soient pillés jusqu’à l’os pour que l’homme arrête de tourner en rond et évite de se confire dans ses peurs et ses habitudes.

Mes oreilles sont attirées par un son de guitare. Avec un son chatoyant. Elle surfe sur l’harmonie, la précède. Un jazz comme je les aime, qui ne se prend pas au sérieux, mais qui joue, qui titille, qui fait du bien. Aucune faute de goût. Avec Ostinato, on retrouve la patte de génie du hongrois, à travers celle de Stéphane Pelegri. Une belle composition qui passe par différentes ambiances et de beaux chorus du pianiste. Astucieux mélange entre le passé et le présent.

From the island of Bali, c’est du lourd, de la finesse, de la délicatesse, des éclats de rêve avec la force de la guitare saturée. J’adore.

Guioco delle coppie est une fête des sens, légèrement funky. Ça sonne à tous les étages.

Mon ami me donne la jaquette. Je vois la liste de ces merveilleux musiciens. C’est ce qu’on appelle une belle brochette. Ce disque est définitivement attachant. C’est encore un de ces voyages, comme j’avais pu en entendre lors d’un concert de Stéphane Pelegri et de Catali Antonini. De beaux effets de voix, de percussions pour refermer cet opus, pour mieux le ré-ouvrir au plus vite, pour voir ce que je n’ai pas encore vu. C’est l’effet des grands crus de musique.

 

P.S. à la réécoute, j’ai oublié un morceau, Image et Reflet. Une ambiance éthérée. Il y a du génie là-dessous, et qui ne tient pas qu’à Bartók, mais à la vision de Pelegri, d’un monde qui se transforme, d’une construction sonore de toute beauté. Comme quoi la musique peut apporter l’apaisement. Les musiciens en savent sans doute plus que les politiques sur comment réconcilier l’homme avec lui-même !

Morceaux du disque :

  1. Dance 1
  2. Dance 2
  3. Melody in the mist
  4. Dance 3
  5. Hungarian folk song
  6. Boating
  7. Ostinato
  8. From the island of Bali
  9. Image et Reflet
  10. Guioco delle coppie

Musiciens :

  • Stéphane Pelegri : arrangements, vibraphone, Fender-Rhodes, piano, celesta (7), basse électrique (7)
  • Christophe Metra (1,3,4), Arnaud Geffray (3,4) : trompette
  • Eric Prost (1,3,4,10) : sax ténor
  • Frédéric Boulan (3,4) : trombone
  • Catali Antonini (5,10) : voix
  • Jean-Paul Hervé (8,10), Jean-Louis Almosnino (6) : guitare électrique
  • Pascal Berne (1,4), Stéphane Rivero (3,5,6,9) : contrebasse
  • Roman Zgorzalek (7) : violon
  • Thierry Huteau (7) :marimba

Label : Klarthe (voir ici http://klarthe.com/index.php/fr/enregistrements/mikrokosmik-detail)

Ont collaboré à cette chronique :

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