chronique de CD

Mink de Sabine Kouli et Raphaël Minfray

MINK

Distribution « Inouïe Distribution ».

Saluons la sortie d’un disque réjouissant, du à la longue complicité artistique du trompettiste, compositeur, chef d’orchestre, Raphaël Minfray, et de la chanteuse et chef de chœur Sabine Kouli.

Leur collaboration s’est particulièrement exprimée au sein du groupe électro jazz Abigoba, où la trompette, ou le bugle, se marie avec la voix, les deux rôles semblant interchangeables, comme en rappel du duo orchestré par Duke Ellington entre Adelaide Hall et Bubber Miley dans Creole Love Call.

Raphaël Minfray s’est vraiment fait plaisir en surmontant le défi de reprendre des œuvres majeures du répertoire, écrivant des arrangements à la fois savants et sans artifice inutile, toujours au service du thème et des solistes. Comment se détacher d’exemples tels que Chet Baker sur Estate, Miles Davis dans Nature boy, ou Ray Charles dans Georgia

Le défi supplémentaire fut de graver toutes les parties de cuivres en réenregistrement (« re-recording ») : quatre trompettes, quatre trombones et cinq saxophones, grâce au talent de Caroline Sylvestre au trombone, Nacim Brahimi aux saxos, et le maestro à la trompette, le tout devant la solide rythmique de Thibaud Saby au piano, Pascal Berne à la contrebasse et Hervé Humbert à la batterie et percussions.

Le choix du répertoire aussi s’avère audacieux, allant de standards du jazz, à la composition originale, en passant par la chanson française et la bossa avec Estate :

Jardin d’hiver, cette composition de Benjamin Biolay et Keren Ann, sur un rythme résolument bossa, fait le pari, réussi, de s’éloigner du chant murmuré et feutré pratiqué par Henri Salvador ou Stacey Kent, et de prendre un tempo légèrement plus enlevé.

 Be Good, de Gregory Porter, maintenu en 3/4 comme dans l’original, offre l’occasion d’un beau chorus de bugle par Raphaël Minfray, et de tutti pertinents.

Nature Boy, thème écrit par Eden Ahbez (de son vrai nom George Mc Grex) en 1947, a été repris par Miles Davis dans l’album Cool Jazz de 1955, occasion saisie par Miles pour s’en attribuer la paternité, filouterie dont il était coutumier ( Four est en réalité de  Eddie « Cleanhead » Vinson, , Straight, No Chaser de Monk est rebaptisé Jazz At The Plazza par Miles lors de la session de 1973, et la moitié de l’album mythique Kind of Blue serait à porter au crédit de Bill Evans…).
Ce thème nous vaut ici une belle introduction au piano par Thibaud Saby.

Ne me quitte pas, de J. Brel et Gérard Jouannest (son pianiste accompagnateur n’est pas crédité, faute de s’être inscrit à la SACEM !) est interprété par Sabine Kouli avec toute l’émotion requise, sur des variations de rythme :  rumba sur les couplets et salsa sur le refrain.

Estate, de Bruno Martino (sur des paroles de Bruno Brighetti) représente l’un des défis majeurs de ce disque, en raison de l’ombre portée de la version Chet Baker et Nicola Stilo à la flûte. Le pari est gagné, la chanteuse imprime son propre style, et Raphaël nous offre un beau chorus de bugle.

Janus, et une composition originale de Raphaël Minfray, d’esprit binaire et entièrement orchestrale, qui met en valeur la section rythmique, avec un chorus de Thibaud Saby au piano électrique, puis un beau solo de Nacim Brahimi au saxophone.

Georgia, du prolifique Hoagy Carmichael en 1930, avec des paroles de Stuart Gorell, est dans toutes les oreilles depuis la version de Ray Charles en 1960. Sabine Kouli met ici à profit son feeling de chanteuse de gospel, bien soutenue par de savants arrangements.

Proud Mary, de John Fogerty rappelle la version du Creedence Clearwater Revival en 1969, et la reprise par Ike et Tina Turner en 1971 (les doublements de rythme pour cette dernière).
Pascal Berne nous gratifie d’une introduction à la contrebasse, et le batteur s’exprime à son tour après la prestation vocale.

En résumé, du beau travail d’orchestration et de mise en place en studio, des arrangements permettant de relancer l’attention, et de riches tapis qui soutiennent la chanteuse. De la soie et du velours, comme le pelage d’un vison, « mink » en anglais.

Ont collaboré à cette chronique :

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