Le 27 janvier prochain, la saxophoniste Nora Kamm sort SON album, comprenez là le premier album véritablement sous son nom, après les deux premiers, qu’elle a menés “en lead” avec le trio Dreisam. A ce jour, deux “singles” sont sortis. Le premier, le 25 novembre dernier, qui porte le titre de l’album, “One”, et le second, le 6 janvier, avec le titre “Sensible”. Et déjà, cette petite incartade dans ce nouvel album nous donne très envie de se le passer en boucle.

Michel Martelli : Nora, comment est né cet album ?

Nora Kamm : C’est un album qui est né après beaucoup, beaucoup d’échanges avec des musiciens africains, et je remonte là sur une période de presque quatre ans. Quatre années pendant lesquelles je me suis nourrie de la richesse de ces échanges, et qui ont fait naître l’inspiration qui a abouti à cet album.

Il y a un socle, sur lequel je voulais absolument m’appuyer, et ce socle c’est le côté percussif, le côté rythmique de cette musique africaine. Toute cette culture “afro” aura été, au final, très déterminante.

Sur la structure même du groupe, qui porterait ce projet, je voulais une base en quintet, avec basse, batterie, claviers, percussions… et saxophone, bien sûr. Mais d’autres instruments se sont invités aussi, comme la guitare, comme la kora… ou même la voix, et une superbe voix.

M.M. : Eh bien, justement, présente nous ta “team” !…

N.K. : Mon équipe ? Elle est sans frontières, cosmopolite… et, comme je l’ai voulu d’entrée, cette multiplicité, au final, ne fait plus qu’un. Plus que “One”.

A la batterie, c’est Dharil Esso qui officie. Il porte haut “les notes” de la musique du Cameroun, c’est un musicien génial… tandis qu’aux percussions, c’est le Brésilien Jorge Bezerra qui a répondu à cet appel. Je t’ai dit que je voulais une basse, dans cette unité, et cette basse, je l’ai confiée à Ranto Rakotomalala, un super musicien malgache. Et enfin, aux claviers, c’est toute la chaleur de l’Italie qui s’exprime via un de ses dignes représentants, Nicolas Vella.

Voilà pour l’équipe qui m’entoure, qui m’épaule, qui fait vivre cette musique avec un plaisir immense. Mais, comme je te le disais aussi, c’est une équipe qui sait “ouvrir ses portes” aux “top musiciens”. C’est ainsi que tu pourras retrouver les sonorités uniques de la guitare de Nguyên Lê, que l’on pourra aussi apprécier les sonorités géniales de la kora – qui est, pour le coup, menée de main de maître par Cheikh Diallo… et puis également le chant, magnifié par la voix sublime de Salimata “Tina” Traore.

Tous apportent leurs touches personnelles, comme autant de multiples mosaïques pour former, au final, ce que j’espère très fort être un album qui inspire le beau, l’amour, et aussi… l’envie de bouger !

J’ai oublié de te citer Paco Sery. Il intervient aussi sur l’album, à la batterie. Un moment qui pourra peut-être te replonger dans l’univers du groupe de jazz-fusion “Weather Report”, que co-menaient Joe Zawinul et Wayne Shorter jusqu’au milieu des années quatre-vingt.

M.M. : Pourquoi ce nom, “One” ?

N.K. : Il prend beaucoup de sens, pour moi. Je dirai même un double sens. D’abord, tu l’as compris, il souligne “l’unité”, ce “un” qui se forme avec tous ceux qui m’entourent, avec toutes les différentes influences qui m’ont construite aussi… tout cela aboutissant à cette forme d’homogénéité dans laquelle tu ne peux que t’enrichir, sur le plan de l’humain.

Mais il y a aussi la rencontre avec moi-même. Cet album est une étape décisive dans la redéfinition de “la nouvelle Nora Kamm”. Créer mon album sous mon nom, c’était maintenant beaucoup plus évident pour moi. Une recherche personnelle qui, je crois, transparaît dans cet album. Un album qui raconte mon histoire, en fait.

Il y a une continuité certaine dans l’enchaînement des dix morceaux qui composent l’album, en commençant par d’où je viens, et puis en passant ce côté “fusion” qui vit en moi depuis mon amour pour le groupe que je t’ai cité tout à l’heure, “Weather Report”. Une évolution toute naturelle, qui réunit l’univers que j’écoutais plus jeune, jusqu’à celui qui est le mien aujourd’hui…

“One” offre des morceaux qui ont chacun leur propre rythmique. Ça aussi, c’était très important pour moi. Ce sont des rythmes très précis, qui vont nous toucher tous de façon différente.

M.M. : C’est un univers dans lequel tu t’installes… dans la durée ?

N.K. : Qui peut dire ce que sera demain ?… Je ne peux te répondre précisément. Tu vois, j’ai aussi découvert la musique des Antilles. Et là encore, j’ai eu un coup de cœur. Mais, tu sais, toutes les musiques “qui bougent”, ou bien qui font danser, m’attirent.

Et je crois que c’est ce qui va conduire ma vie musicale encore longtemps.

A noter que le concert de sortie de l’album “One” aura lieu le 15 février 2023, au “New Morning”, à Paris. Bienheureux ceux qui seront devant la scène…

On connaît la fougue de Nora Kamm sur scène, aux commandes de son instrument. Elle lui donne libre cours encore dans ce projet là, entourée de musiciens exceptionnels. Les deux premiers singles sont de très belles mises en bouche. Vivement l’album.

 

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