chronique de CD

« Organ Power ! » par Gaël Horellou

Gaël Horellou, le saxophoniste aux joues si gonflées n’en finit pas de multiplier les expériences, après nous avoir entraînés dans l’univers des musiques des îles et notamment celles de la Réunion, retour à ses amours d’un hard bop survitaminé. Le voilà bouillonnant à nouveau au centre d’un gang survolté qui nous ramène indéniablement vers le jazz Blue Note des années soixante, devenu intemporel ; c’est celui de ce jazz cross over qui mixait un hard bop torride avec les traditions du gospel, imbibait ses ambiances de musique soul et commençait à digérer les découvertes harmoniques de Coltrane et de quelques « chercheurs » d’un jazz dont on allait dire qu’il était libre, l’était-il vraiment ?

ORGAN POWER ! on connaissait la formule en trio, voilà le quintet. Et c’est en restant Rhône-Alpin (il est l’un des fondateurs du Crescent de Mâcon) que Gaël Horellou célèbre aussi sa fidélité au label espagnol Fresh Sound Records, dans le respect de l’esthétique de son boss Jordi Pujol (lui aussi est passé par Lyon, chez Raoul Brucker version soyeux…). Gaël est un ogre qui a ingurgité tous les saxophones alto de l’histoire du jazz dit moderne : depuis Charlie Parker pour le son, le phrasé, jusqu’à David Sanborn pour ses improvisations sur des gammes pentatoniques savantes, en passant par Cannonball pour la désinvolture aérienne ou McLean pour la sensibilité à vif, tous sont parfaitement digérés. Son phrasé est fluide, sa vélocité exacerbée, l’esprit de l’alto est vivant et aucun des maîtres n’est copié, seul l’esprit et la manière révérencieuse, sans aucun bavardage. Il faut dire que le souffleur est propulsé par la batterie sur-énergisante d’Antoine Paganotti à la frappe sèche, sans aucune bavure et une inventivité constante, en solo permanent, des relances perpétuelles, ah le bougre ! pas de relâche avec lui… Et Fred Nardin ! organiste aussi : sa dextérité et son inventivité sont toujours à l’affut même pour ce jazz rentre-dedans vers lequel nous ne le voyons pas naturellement, il est avant tout pianiste, ça s’entend, le Hammond B3 est joué ‘naturellement’ avec sa ligne de basse au clavier inférieur et une main droite hyperactive qui court sur tout le clavier supérieur. Et pour faire un quintet il en manque encore deux : un trompettiste devenu une référence européenne a minima c’est Monsieur Pierre Drevet et un tromboniste omniprésent dans les pupitres qui envoient grave c’est Simon Girard.

L’affaire est entendue, pour entrevoir un peu la lumière au fond du tunnel de nos confinements répétés, la sortie officielle de cette galette est un apéritif explosif en vente libre. A l’exception d’un Minority de Gigi Gryce qui prend des couleurs très west coast, les compositions sont celles du patron qui signe évidemment tous les arrangements, la fête sonore est garantie ! Le plaisir tout autant…

 

Ont collaboré à cette chronique :

X