Nouvel album d’Uptake, Out of the blue

 

– Ecoute ce thème. (J)

– Magnifique ce son, ça me rappelle Vulfpek. Cet effet sur le clavier. J’ai pensé aussi à EST. (M)

– Mais non ! (J)

– Si, écoute cette intro. Tu vois, les notes du piano étouffées, et l’entrée de la batterie. Génial ! (M)

– C’est Paul Berne à la batterie, j’aime. (E)

– Comment tu nommerais ce genre de tourne ? (L)

– je dirais du pocket groove.(E)

– ça signifie ? (L)

– Un style afro américain. A la fois oldschool et moderne. (E)

– Et ce thème super beau, à la manière des YellowJackets (M)

– En mieux. Ils ont quelque chose à eux. C’est la classe. (J)

– C’est aussi l’univers des Snarky Puppy. (E)

– A votre avis, y’a un morceau phare, un tube ? (L)

– Tous, mais le premier qui ouvre l’album, waouh ! On pourrait le jouer, et aussi les autres, tous en fait.(M)

– Ils racontent vraiment quelque chose.(J)

– C’est frais ! (E)

 

Uptake ! Est-ce les vingt-trentenaires qui en parlent le mieux ? A la maison, ça fait causer. En tout cas, il y a une fidélité, c’est un groupe qui compte. Et qui fait l’unanimité. C’est affectif. C’est aussi dans l’air. Car les musiciens savent capter l’air du temps. Ils ne font pas semblant de savoir jouer et de groover. Le groupe a effectué depuis sa création un chouette parcours. Et même si le personnel s’est un peu renouvelé, il n’a pas pris une ride. Au contraire, il s’est bonifié à force de. Ecoutez cet album. Vous trouverez des mélodies incisives, des grooves percutants, une qualité de réalisation à tous les niveaux, un bonheur à chaque écoute, renforcé par un éventail de subtilités qui perfusent. C’est un travail accompli, assumé, par des personnalités qui prennent une place de plus en plus captivante. Dans la discussion, j’évoquais avec mes enfants le travail de Robert Glasper. « C’est pas faux », m’a dit mon fils cadet, qui s’y connaît en matière de jazz venus d’outre -Atlantique. Mais j’ai senti dans le ton de sa voix que je commençais déjà à dater. Ce qui est passionnant avec Uptake, c’est non seulement leur faculté d’assimilation mais surtout cette capacité à faire du neuf, entre classicisme et grande originalité.  Au coeur du monde, au coeur du jazz, un jazz que je réclame de mes vœux, revigorant, créatif, enthousiasmant. Je me remémore le dernier concert que j’ai vu, à Jazz à Vienne, sur la scène de Cybèle, l’année dernière. Ecouter ce nouvel album me fait le même effet. Tu es happé par leur présence, tu ne peux échapper à leurs mélodies entêtantes mais pas si faciles que cela, si tu prêtes l’oreille, par leur qualités communes à faire sonner l’ensemble, par le jeu de chacun. Tu reconnais de prime abord le trombone de Robinson Khoury, lumineux, chatoyant, plus mélodique que lui tu meurs. Il constitue dans le paysage actuel un musicien incontournable. Les frères Berne (Paul & Noé) s’y connaissent en matière de groove et on peut parler d’eux en disant qu’ils forment une rythmique en béton. Ou en or. Pour être plus précis. Quels touchers ! Et j’imagine qu’ils se nourrissent l’un l’autre. Le bassiste, s’il excelle sur son instrument m’a surpris à la guitare, par son jeu novateur. Enfin Bastien Brison qui signe la plupart des morceaux, a épuré son jeu. Il est impressionnant de sensualité, de finesse et de créativité. Admirables solos. Un album qui se tient, abouti, passionnant d’un bout à l’autre.  

La recette ? Avec Sense, du musclé, une pointe de rock, un thème qui claque, une mise en place irréprochable, le coeur qui s’emballe et s’envole. Dans Carlotta, des effets stéréo sur le Fender Rhodes, une basse puissante, une batterie énergique, la douceur en contrepoint dans un jeu élaboré piano-trombone. J’entends des voix, qui est cette Carlotta ? Et toujours le chant, l’appel du trombone et l’urgence du Fender Rhodes boosté à l’overdrive. Cerra una volta, en gravité ou simplement à coeur ouvert, l’ultime note pour une envolée. Pollux, projection dans l’arène, en cinémascope. Un voyage, du nord au sud, des accents de Maalouf, une guitare qui chante, une batterie qui parle. Serendipity, la beauté de l’harmonie, avec une note interrogative, épicé comme EST, mais différemment relevé, basse et batterie mouvantes. Sixth floor, funky mes amis, un rien gospélisant. YellowJackets, prenez en de la graine. Allez, la basse, groove, groove, slape, slape. Fly to smida, début comme une instru rap, long thème en forme d’hymne, tremplin idéal pour Rhodes parksonien, magique. Squirrel, forme classique au premier abord. Que nenni, des surprises rythmiques et mélodiques à n’en plus finir. Avec Belvédère, le travail est accompli, un zeste d’Henri Texier. Cadeau.

 

Les plus de cinquante ans rejoindront les vingt-trentenaires pour une fiesta autour d’Uptake et de la sortie de leur disque. Je l’ai rêvé. Ça, ce sera juste après le confinement. C’est quand au fait ?

Ont collaboré à cette chronique :

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