chronique de CD

« Pondicergy » par Stéphane Edouard et ses invités

Une fois achevée l’écoute du disque de Stéphane Edouard, je me demande comment pareil projet a pu s’échafauder.

C’est un vaste chantier, d’envergure, qui tient debout à la fois par son unité (une musique joyeuse et virtuose), et sa diversité (où chaque détail compte, et chaque musicien est essentiel). On pourrait citer ici et là les influences (sans doute déterminantes) qui marquent sa musique, on serait bien en peine de raconter comment l’artiste couture, accommode, amalgame, assemble, dans une géniale perspective, ces morceaux délicats, puissants, singuliers.

Il réconcilie vitesse et méditation.

Dans Pondicergy Airlines, ça va vite. Les tablas sont rois. La guitare dépiaute, la basse tout comme. La flûte s’emballe.

Sathya & Sohane apporte du mystère, avec les sons magiques des cordes indiennes. La voix se pose sur une ballade fraiche. C’est enlevé, ça grouille, on se croirait dans les rues d’une grande ville, ici, ou là-bas. Cela me fait penser à la musique d’Henri Texier qu’il a composée pour le film « Holy Lola ». A celle aussi d’N’guyên Lê, ces mêmes choix pour un métissage réussi.

Dans A song for Sara, la flûte transperce, la basse joue le même rôle, pour une mélodie enivrante. Polyrythmie et solo de basse, une perfection. On dirait pour terminer des bols tibétains, façon Pierre Jean Gaucher.

Avec Full metal, la basse et la grosse caisse (peut être une calebasse ?) sont devant. J’entends une nouveauté mélodique et rythmique à la minute, la pentatonique à fond la caisse. N’guyen est toujours aussi lyrique, comme d’ailleurs les ragas du percussionniste, Prabhu Edouard, le frère.

Bada Kana est une musique de fête, qui sonne drôle à mes oreilles, avec ses voix masculines gutturales, qu’accompagne la flûte. Voyage garanti, je pense dans un autre genre au groupe fanfaraï.

One last time, c’est de la bonne musique pop, accompagnée par un sarod, d’une grande force, qui tire vers le rock.

Oh my Ghosh, tout est grand, rythme, vitesse, voix, arrangements cuivrés, violon, fulgurant, improvisations vocales. Serait-ce un clin d’œil au romancier ?

Rue du haut lieu a tout l’aspect d’un be bop indien, pour accordéon, guitare, voix et percussion. Chapeau bas à Vincent Peirani et au guitariste Emmanuel Heyner, qui assure aussi l’enregistrement !

Radjai Kanigal c’est une voix parlée, dans cette langue incroyable, hommage à une femme sans doute proche de l’artiste.

Mother’s love (Amma), où le lyrisme conjugué d’Alfio Origlio au piano et Dilshad Khan, joueur de Sarangi, convoqué pour une plainte, douce, nostalgique. Un long traveling sur un paysage, qui vient traduire les sentiments du héros d’un film.

Appa débute par le souffle d’un synthétiseur savamment dosé, sur une voix méditative, puis ça foisonne, ça lancine, ça guitarise à foison (mention spéciale à Anthony Jambon). C’est également l’occasion d’une mention spéciale à tous les magnifiques bassistes du disque, Hadrien Feraud, Michel Alibo, Etienne Mbappe et Linley Marthe, qui font un travail formidable.

Salt March pourrait faire penser à une déambulation à l’intérieur de l’Inde, une révérence à tous les musiciens qui font l’identité de ce pays, à tous les autres qui s’y sont intéressés et y ont puisé une énergie.

Ondine est un morceau d’aspect traditionnel, avec un bourdon, un violon, des tablas, une flûte, qui s’élève, se métamorphose en un jazz rock créatif.

Xol naleu, qui clôt l’album est la réunion des complémentaires, comme chez Winsberg ou encore N’Guyen, un syncrétisme qui dit la trajectoire, de la transmission à la recréation. On ne peut qu’adhérer. Improvisation en jazz, sur le sitar, comme le jeu d’Allen Hinds, tout en délicatesse. Ce croisement des trois voix, chanteuse, sitar et duduk, est d’une grande habileté.

Encore un disque passionnant, pour un musicien qui commence à avoir roulé sa bosse et qui exprime tout son talent personnel. A travers son art, ambitieux et sincère, il apporte énormément de plaisir à l’auditeur. Difficile de donner le nom des trente quatre musiciennes et musiciens qui viennent donner corps à cet art. Retenons encore le pianiste Bojan Zulfikarpasic et le flûtiste  « Magic » Malik Mezzadri. Tous ensemble, que du beau linge ! Qui flotte aux vents de la modernité.

Ont collaboré à cette chronique :

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