chronique de CD

« Zephyr » du Naïma Quartet

Deux ans après un second album singulier et remarqué, le Naïma Quartet remet le couvert avec un nouvel opus concocté comme un antidote à la mélancolie, fort bienvenu en ces temps moroses.

L’album fait une large part aux compositions (paroles et musique), parmi lesquelles viennent se glisser quelques madeleines de Proust revisitées à la sauce montpelliéraine.

Le Zéphyr est un vent d’ouest, donc rien d’étonnant à ce qu’il apporte un air vivifiant de musique brésilienne pour démarrer. Sur des paroles d’Olly Jenkins, compère musical de John Owens dans d’autres aventures musicales, Zéphyr to my Flame, composition de Naïma Girou, est fraîche, enjouée, et fort inspirante pour des chorus dynamiques et très mélodiques de Jules Le Risbé au piano et John Owens à la guitare. La voix est bien posée, affirmée, bien droite, le rythme est soutenu ; bref, ça groove bien.

Pour le morceau suivant, Naïma dévoile sa source d’inspiration : « Ma grand-mère m’a souvent décrit le sentiment d’être enfermée dans son corps de vieille dame. Ce corps fort et beau qu’elle a fait danser toute sa vie, qui s’use, se transforme et la limite au fil du temps. Petit à petit les témoins de notre vie ne sont plus là pour nous rappeler la force d’autrefois, et le regard des autres change. A la veille de mes trente ans je me rends compte qu’on ne considère plus les vieux ; ils sont juste vieux. Est-ce que les femmes cessent d’être belles pour devenir vieilles ? Quand je vois ma grand-mère, je sais que c’est faux. Alors, pour qu’elle s’en rappelle, je lui ai écrit cette chanson ». Si l’entame est sage et posée, le souvenir de l’énergie débordante de la jeunesse remonte par vagues dans le reflet du Miroir et s’invite avec panache sur une cadence impaire au détour d’une vocalise délicate pour emporter les chorus avant un retour à l’apaisement.

Throw it Away, chanson du répertoire d’Abbey Lincoln, est aussi une des favorites de la maman de Naïma. Tout en finesse, Naïma nous en livre une interprétation subtile ; voix et contrebasse sont aussi sensibles l’une que l’autre, ça fleure bon le souvenir d’enfance … puis intervient à point nommé la guitare saturée et tranchante de John Owens pour nous rappeler que la confiance en soi est un combat de tous les jours et que nous ne vivons pas dans le monde des bisounours.

Rucksack, écrit par Jules Le Risbé, aborde le thème de la bienveillance ; gai, enjoué, il est notamment l’occasion d’un beau chorus de contrebasse. On en redemande, avant d’écouter une très intime et très jazzy Letter to Oneself, composition et texte de John Owens qui expriment les pensées antagonistes qu’il a pu avoir au moment de quitter son Irlande natale. On sait qui a gagné !

Chantée par Yvette Guilbert dans les années 20 sur un air familier à toutes les oreilles, La Femme est l’occasion d’un élégant duo avec Thomas Doméné à la batterie.

Pour Fantastic Creatures, Naïma imagine que pour faire rêver les enfants, les contes que nous leurs raconterons dans quelques années parleront des espèces disparues comme ce que nous racontaient nos parents parlaient de licornes ou de sirènes. L’histoire est émaillée d’un magnifique chorus à l’unisson entre le piano et la guitare, un pur régal, et, enfin !, d’un chorus de batterie bien senti.

Suit Miraillet, ballade alpestre écrite par John Owens ; le passage du Miraillet se situe dans le Beaufortin, un des plus beaux massifs des Alpes.

Intercalé entre Spring Can Really Hang You Up et une mémorable et inattendue version de Goodbye Pork Pie Hat en duo piano-voix, Doll Factory est une incursion dans l’univers de la science-fiction, aventure très rock d’une poupée qui décide de quitter son destin de perfection et de jeunesse éternelle.

L’album est sorti le 19 mars 2021 ; il est le reflet de la progression régulière du quartet dont la collaboration s’inscrit dans la durée. Il ne reste plus qu’à déguster tout ça en live pour en apprécier toute les saveurs … ça va venir. Rendez-vous au prochain point d’étape …

Ont collaboré à cette chronique :

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