Un peu sonné – sans doute – par la canicule, j’ai dû m’assoupir ; et l’image m’est venue doucement : le paysage vallonné du Val d’Orcia, les blés qui ondulent sous la brise dorée du soir et la main d’un Gladiator (1) qui en caresse les épis dans une vision très cinématographique des Champs Élyséens (2). Au-dessus de la nappe mélancolique des cordes, ce n’est pas la voix céleste de Lisa Gerrard (3) qui s’élève, mais la trompette sotto voce d’Érik Truffaz, l’éternel chantre du silence. Ce temps suspendu me ferait presque oublier la chaleur étouffante de ce début d’été, une brise consolatrice, un instant de paix inattendu où la musique semble promettre le repos du corps. À n’en pas douter, il y a de la musique de film dans cette création symphonique, une musique narrative, presque spirituelle, appliquée à provoquer l’émotion, la puissance de l’orchestre au service du silence de l’espace. En contrepoint au grondement majestueux des cuivres, le piano d’Estrella Besson s’invite avec finesse, et aussi l’onirique saxo de Stefano Di Battista, plutôt free dans cet exercice. Ah, ça c’est de la musique ! Grands espaces, accords dépouillés, grands élans d’orchestre (4), quelque chose de germanique, de solennel, la beauté calme des ciels flamands. Pourtant, plongé dans mon dessin, c’est plutôt l’ambiance des studios de Cinecitta qui me vient à l’esprit, l’âge d’or du cinéma italien, quand Enio Morricone mettait son génie au service de ses plus belles pages…
