They just did it. Le guitariste Pascal Charrier, entouré de Charley Rose au saxophone, Emilian Ducret à la batterie et Leïla Soldevila à la contrebasse (ses complices du quartet Jazz Experience) ont évoqué samedi des petits riens, des Simple Things du quotidien. A leurs côtés, on note un invité de marque pour leur tournée: le trompettiste new-yorkais Ralph Alessi. Les voilà donc cinq sur une scène resserrée pour un concert grand ouvert sur une belle pomme. A croquer ? C’est sans chichi, rigoureux, authentique, émaillé de flammèches exploratrices tout autant que de résurgences mémorielles. En gros, une sorte de mix entre phases d’un jazz assez traditionnel et phrases foisonnantes d’inspirations nouvelles.
Enfin, quand je dis inspiration, il s’agit surtout pour Pascal Charrier d’une connexion créative avec la nature, d’un parti-pris pour l’essentiel. Ça ne supporte pas les faux-semblants et le musicien au parcours atypique sait de quoi il parle, ayant toujours tissé des liens physiques avec le monde rural. C’est d’ailleurs dans cet esprit de corps qu’il a créé deux festivals, « Le Son des Pierres » et « Le Son des Peuples », près du Lubéron, là où ce Marseillais d’origine s’est installé.
Mais revenons à la soirée. Une heure et quart de jeu pour « rendre hommage à la poésie du présent, un hymne à la nature ». C’est vrai que, d’emblée, le temps est palpable, comme un tutoiement entre l’instant et la présence, chacun étant à sa place et au service d’une toile sonore devenant de plus en plus figurative. La rythmique bien timbrée de la batterie et de la contrebasse confine souvent à la transe, mais sans exagération. Le ténor y ajoute des couleurs aux touches subtilement épicées et la trompette, excellente, est éveillée, curieuse, à l’affût. Dans ce jazz aussi actuel qu’accessible, c’est le vrai qui gagne, une vie qui s’ouvre en corolles et s’il y a parfois pléthore de sons mêlés, ce n’est jamais cacophonie, ni emprise d’un instrument sur l’autre. Dans cette jouissance du moment, la toile déborde et se fait sculpture, on a envie de caresser l’air. Il faut dire qu’on ne ressent pas de douleur dans cette musique, on y regarde des flocons tomber, des nuages passer, on y va au bal le dimanche ou on s’accroche à l’Espoir, titre du morceau en rappel.
C’est donc chouette.
Mais…
Si Pascal Charrier introduit chaque morceau de façon bonhomme, entre sourire et convivialité, on a l’impression que le groupe est là pour faire le job. Et puis pas plus. Par exemple, à un moment donné, alors même que le leader veut parler, il s’arrête… puisque le quartet a entamé sans lui le titre suivant. Et puis, que dire de tous ces visages uniquement et sans cesse tournés sur leurs partoches ? Ce ne sont pas les seuls à avoir, de plus en plus, cette attitude. Qu’en penser ? Ils
sont timides, dans leur bulle artistique, ailleurs ? On peut regretter aussi que le trompettiste ait un peu été mis en retrait, en coin de scène. Ces remarques n’enlèvent rien à un concert qui, « simplement », a fait du bien. Mais…
