« On l’appelle l’hirondelle du faubourg… »
Le chœur improvisé s’est joint à la belle voix de Lily Lian – Lily Paname comme on l’appelle ici – l’une de ces chanteuses de rue qui égayent les rues de la capitale. Il n’y a encore ni radio, ni microsillon, alors on s’en remet à ces artistes pour entendre et transmettre les airs populaires. On chante avec Lily et son petit orchestre, en suivant les paroles sur un de ces petits formats qu’elle vous vend pour vingt francs. Souvent, quelqu’un lui en prend tout une poignée qu’il redistribue généreusement pour le plaisir d’agrandir le groupe des chanteurs. Lily sourit : ces feuillets doubles, monochromes, c’est son gagne-pain. Elle les achète vingt sous chez le grossiste de la rue Vertbois. Sur certains, c’est son portrait qui est en couverture, avec les noms des auteurs-compositeurs. À l’intérieur, on y trouve paroles et musique. Mon Amant de St-Jean, le Bal Défendu, le Tango des Fauvettes…Oh, pas besoin de bien savoir lire les notes, tout le monde connaît l’air par cœur, et les quelques ignorants ont tôt fait de l’apprendre. La Lily, on l’aime bien, un beau brin de fille qui a la voix qu’il faut, sonore comme celle d’une belle poissonnière, chantante et colorée, et qui passe bien dans le porte-voix de fer-blanc, avec cette gouaille parisienne qui fait penser à la Môme, cette autre de la rue qui est en train de se faire un nom. Elle affectionne la place de la Madeleine, qu’elle choisit en premier si le tirage au sort du matin lui est favorable. Car le métier est réglementé, avec carte de la Préfecture. Sur les marchés, c’est différent, et lorsqu’on se retrouve à deux groupes, on se mélange, solidaires, toujours. Il y a aussi les foires de Province où les gens se pressent pour écouter les célèbres chanteurs de Paris, et les restaurants, un contrat chez un bourgeois. Lily est confiante, chanteuse de rue, c’est un métier qui n’est pas près de disparaitre : les gens aiment chanter.
