Leurs entrées sur scène, l’un à cour l’autre à jardin, sur une poignée de main complice est le départ d’un duel amical, unique et vibratoire.
Le fil rouge est l’improvisation.
L’expression fil rouge en est l’exacte définition, l’âme des cordes sur lequel le reste se tisse.
L’improvisation, c’est cet échange unique ce soir, entre Jean-François Zygel, André Manoukian et le public.
Le rouge du fil Improvisation témoigne du pouvoir du jeu de ces deux pianistes exceptionnels, passant du charme à l’envoûtement, Manoukian un rien oriental et Zygel plus classique.
Quelle complémentarité ! Entre chaque composition, c’est une joute oratoire, toujours avec beaucoup humour, sans prise de tête, et même un rien décalée. Ça fait du bien !
Chacune des histoires célèbre la musique, son pouvoir sur le genre humain, tout comme le chocolat et la chartreuse, bien vu pour Voiron, non ?
Lorsqu’ils jouent du piano, c’est encore un autre dialogue, musical, tout en nuances. Bis repetita sans lassitude aucune ! Scherzo* !
On blague et on tombe soudain de haut pour… Un blues ? Non, pour une mélodie triste, à mourir et c’est beau à pleurer. Qui est le dieu, qui est le diable ? Rien n’est écrit, tout est écrit. La musique peut calmer les bêtes féroces, pas ces deux lascars aux cerveaux magistralement connectés, entre tradition et modernité.
Toutes les histoires du monde, de la civilisation, n’ont-elles pas une musique intérieure ?
C’est une puissante cavalcade cette soirée, du rythme et de la spiritualité. Son effet physique fait rire et sourire. Les doigts sur les touches des claviers, c’est l’élégance du geste en improvisation, la traduction d’un art de vivre, une traversée virtuose délibérée et entière.
Il fut l’heure d’un superbe final avec des applaudissements à tout rompre, les remerciements des deux pianistes et un retour de scène, avec encore une invitation inattendue, une surprise pour le public, complètement accroché.
* Le terme scherzo, signifiant littéralement « plaisanterie », apparaît au XVIIe siècle dans la musique italienne.
