30/01/2026- Victoria Alexanyan Quintet invite Leïla Martial – « Vishap » à l’Opéra Underground

30/01/2026- Victoria Alexanyan Quintet invite Leïla Martial – « Vishap » à l’Opéra Underground

Sortie d’un premier album dans un lieu prestigieux pour Victoria Alexanyan.

Comme sa consœur Viktoria Tolstoy qui avait fait appel à l’Esbjörn Svensson Trio, excusez du peu, notre Victoria du jour a la grande chance de compter sur le quartet du oudiste/flutiste/contrebassiste Amin Al Aiedy dont nous avions redécouvert le projet à Fareins en novembre dernier (voir ici).

C’est dans le noir que les musiciens entourent l’auditoire de l’amphi de leurs clochettes et autres mini cymbales avant de rejoindre l’espace scénique, l’ambiance se tisse déjà. De cette amitié/collaboration multi influences est né ce projet « VISHAP » (dragon) qui brasse les cultures et leurs modes ; cette fusion, seul le creuset du jazz semble le permettre avec un réel bonheur. Les troubles majeurs de notre monde sont évidemment les porteurs des influences de leurs musiques originales : l’Arménie dans son histoire et son actualité mais aussi l’Iran, l’Irak, la Palestine… Victoria est historienne, rebelle, engagée, en lutte, la sensibilité, la poésie et le lyrisme n’excluent pas l’explosion et la puissance. Le tandem inventif et vigoureux construit de la chaleur de la contrebasse volubile et ronronnante de Yan Phayphet et de la sensibilité dynamique, inventive et fougueuse aussi de la batterie de Matheo Ciesla sont les fondations inébranlables des accompagnements complices du pianiste Vincent Forestier et bien évidemment du boss qui aura joué la discrétion en n’apportant que les couleurs qui sont les siennes, de son jazzy oud ou de sa flûte oblique (ney) charmeuse ; ils sont les épices de notre dîner avec ce mélange subtile de douceur et de piquant, seules les odeurs manqueront à l’appel pour compléter notre voyage…

Pour deux titres seulement, Leïla Martial en mentor revendiquée aura propulsé le groupe à une vitesse supersonique avec ses voltiges qui affolent, son langage imaginaire universel et pourtant, elle était aphone ce soir…

Victoria semble à l’aise même si la scène est un peu loin de nous, elle présente et commente ses compositions, ses inspirations nous sont devenues un peu familières depuis que Tigran Hamasyan notamment nous les aura offertes à la découverte. Elle aura chanté en français, en arménien, en anglais, sa voix délicate qui sait être puissante ne m’aura cependant pas apporté les frissons, il lui manque ce soir, ce « petit truc » qui font se dresser les poils sur les avant-bras, l’émotion sensible viendra vite, c’est certain.

Le concept de l’ absence de lumière n’est certes pas nouveau et les douches de lumière non plus qui rendent les visages caricaturaux avec des « yeux de panda » comme se plait à le dire la photographe Marion Tisserand, dommage, et la sonorisation aura mis un certain temps pour équilibrer la voix, étonnant… mais ce fut cependant une standing ovation pour saluer la primeur de ce très beau projet original.

« Vishap représente le vestige d’une sagesse rampante, venue d’un temps où le monde parlait en symboles. Il rappelle à l’Homme ses propres limites : ni lui, ni la créature ne peuvent échapper à leur forme, sauf en rêve, ou en musique. »

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