18&19/02/2026 – Quatrième tremplin Jazz au Sommet au Solar

18&19/02/2026 – Quatrième tremplin Jazz au Sommet au Solar

C’est plutôt sympa, le principe des tremplins. D’abord parce qu’on y entend des projets très différents, ensuite parce que les candidats drainent avec eux des aficionados qui sèment l’ambiance. Enfin parce que c’est une sorte d’état des lieux, même restreint, de la scène jazz émergente et régionale. Vive donc le quatrième tremplin organisé par la très dynamique association Jazz au Sommet, qui fête cette année ses vingt ans. Sur les vingt-cinq groupes qui avaient postulé, six ont été retenus par le jury*. Ils sont programmés sur deux soirs au Solar avec, pour les lauréats, l’attribution de deux prix. Celui de Jazz au Sommet, qui permet au gagnant de jouer en première partie du pianiste Baptiste Trotignon lors du festival le 5 septembre prochain, avec une captation vidéo. Et celui du Solar, avec à la clef une résidence de deux jours au château du Rozier à Feurs et une programmation dans la future saison de la scène de jazz stéphanoise.

Voyons un peu les formations de cette première soirée, toutes issues ou basées dans la région lyonnaise. Le premier projet est celui du quintet L’Equipage qui a sorti son double album,  « Here we are », en décembre dernier. Ils se réclament d’un « jazz actuel mélangeant fusion, rock, pop, pour un voyage aux paysages variés ». Las ! C’est vraiment si mélangé que c’en devient brouillon… Ils sont pourtant punchy et l’assise rythmique, même si elle est assez basique, est efficace. Mais c’est un peu comme s’ils essaient plusieurs atmosphères sur scène, se demandant ce qui marchera le mieux. Au fil des quarante minutes du set, on sent des frémissements de possibles, des esquisses mélodiques, on se dit que ça y est, qu’on devine le projet et pffft ça part ailleurs. Il y a dans ce quintet des germes qui ne demandent qu’à fleurir, il faut sans doute attendre un peu pour que ça pousse.

La deuxième formation est celle le Adrien Bernet Electric Quartet. Le batteur et leader du groupe est déjà bien ancré dans la scène régionale mais c’est avec un nouveau combo qu’il se démarque de ses -déjà- nombreux projets. Sur le plateau, il y a du solide avec, outre la batterie, le piano et les claviers de Marc Cabrera, la basse à six cordes de Pablo Contreras et la flûte traversière de Sophie Rodriguez. L’idée ? Du jazz fusion/progressif et moderne. L’impression? Un équilibre bien trouvé entre les chorus de chacun, mais, parfois, un manque de communion et de lâcher-prise. Ainsi, la musicalité est là, pas toujours l’émotion. Pourtant, les ballades sont fluides et colorées, les rythmes finauds et les compos d’Adrien Bernet fondues-enchaînées. On part notamment en ciné-voyage au Chili, où il se rend souvent, et de nouveaux espaces sonores créent densité, ambiance latino et c’est bien. Dommage que la flûtiste, par ailleurs très expressive, manque de souffle vocal et d’idoine prononciation. Le set se termine sur La Route 23 au Chili, celle qui « passe par le désert d’Atacama et mène aux étoiles ». La beauté des lieux les inspire sûrement et c’est avec une dimension supplémentaire, qu’ils concluent une prestation de qualité (à noter qu’Adrien Bernet sera de nouveau sur cette même scène le 10 avril, en tant que batteur du groupe Grises, lauréat du prix Solar pour le tremplin 2025).

Puis vient le tour de la troisième formation. Il s’agit du trio Vega Missyl, composé de Lucas Mendez à la guitare, Julien Ducruet à la batterie et de Léo Messina à la contrebasse. On ne fera pas dans le suspense. Ce sont eux qui vont remporter le prix du Solar. On s’en doutait un peu. Dès le départ, ce sont les seuls de la soirée à proposer quelque chose de bien fichu et qui change un peu. Et je ne dis pas ça pour le maquillage ni les tenues vestimentaires so vintage et si flashy qui titillent l’oeil avisé de Roger Berthet au déclic photographique. Non, c’est pêchu, créatif, carré, joué avec justesse et (bien) inspiré par, notamment, la scène jazz new-yorkaise contemporaine. Au fil de reprises vivifiantes, comme celle de  Lady Bird  et des compos de leur album « Proto Cosmos Super Nova », publié tout récemment, ils jouent en toute décontraction un jazz actuel bien roulé. La pulse s’en mêle, pas chicos mais naturelle et en plus on se marre souvent. On se croirait en pleine lecture sonore d’une BD dont les phylactères sortiraient du cadre. Voilà une récompense méritée pour des musiciens très à l’écoute les uns des autres et qui donnent envie de les entendre à nouveau.

* Jury composé de la pianiste Sandrine Marchetti, de Nolwenn Pavlin (château de Goutelas), de Clément Terrade (château du Rozier), de Danièle Cormier (membre de Jazz au Sommet), de Jean-Paul Sanglier (membre de Jazz au Sommet), de Marion Him (Gaga Jazz) et d’André Pelletier (bénévole au Solar).

Gillette Duroure


Le deuxième triple plateau du tremplin a été ouvert par le groupe Sûnclaw qui nous a proposé une musique éthérée, onirique quelque peu « new age » avec fenêtres grandes ouvertes sur des espaces bine plus vastes.
La performance de Felsenmeer qui leur a succédé est impossible à vraiment cartographier, on a cependant pu distinguer quelques sentiers (non balisés !) conduisant jusqu’à Louis Sclavis ou Michel Portal.l’ombre de la « new thing » à la française n’a pas cessé de planer sur ce concert.
Concernant Hazzy Hill 4tet qui a cloturé la soirée nous avons pu apprécier un jazz plus classique bien charpenté, robuste,à l’architecture sonore très travaillée, tranchante et colorée.

Le prix « jazz au sommet a été attribué au groupe Felsenmeer.

Roger Berthet

Auteurs/autrices