04/04/2026 – Rencontre autour du jazz au Quai du Polar

04/04/2026 – Rencontre autour du jazz au Quai du Polar

Voici la troisième conférence musicale de cette vingt-deuxième édition du festival Quai du Polar. La première était consacrée à la musique classique, la deuxième au blues ; nous y étions (voir ici), cette dernière rencontre est dédiée au jazz. Elle est également animée par Philippe Manche comme modérateur et accueillie par le forum de la Fnac Bellecour. Le principe est inchangé avec une première partie d’entretien avec des auteurs, aujourd’hui Andrée A. Michaud et Jean-Marc Souvira. Puis, dans un deuxième temps, une illustration musicale avec Masa Duo composé de Maria Andriana et Mathieu Salse, qui sont deux jeunes étudiants en jazz du conservatoire de Lyon.

Pour l’entretien de cette rencontre sur le jazz, Philippe Manche va poser ses questions à ces deux interlocuteurs successivement, ce qui va créer un véritable échange spontané à trois voix et deux approches différentes selon les auteurs présents. Il commence en leur demandant comment le jazz et la musique sont entrés dans leur vie. Il n’y avait pas de prédispositions pour la musique dans la famille d’Andrée A. Michaud, nous explique l’autrice avec son joli accent québécois. Elle découvre le jazz durant ses études et fera des recherches et des écoutes de morceaux pour son livre « Lazy Bird ». Elle n’est pas musicienne mais cherche, à travers ses écoutes, à saisir le rythme et le sens de la musique. Elle fait un CD de la playlist consacrée à son ouvrage. Jean-Marc Souvira a vécu dans une famille où la musique était présente, avec ses parents qui chantaient et écoutaient du lyrique. Il découvre le jazz avec la bande originale du film « Ascenseur pour l’échafaud ». Parmi ses musiciens préférés, il y a Miles Davis, Bill Evans, John Coltrane… Il devient musicien lorsque sa femme lui offre un saxophone alto et, lui qui est policier, il prend des cours avec un gendarme de l’orchestre de la garde républicaine. Il nous indique qu’il traduit la musicalité dans ses livres, que cela vient naturellement et qu’il y a une scansion des mots. Il met de la musique dans son écriture en fonction des personnages. Pour un caractère plutôt « bourrin », ce sera AC/DC et pour un autre plus doux, ce sera On the Sunny Side of the Street.

La question suivante aborde le travail d’écriture avec la musique. L’autrice québécoise travaille le rythme du livre sans être musicienne, répète-t-elle, et elle écrit sans écouter de la musique. Elle écrivait même à haute voix auparavant mais cela la rendait « folle » ; elle a donc arrêté ! Elle aime situer l’époque de son roman et montrer l’état d’esprit de ses personnages avec la musique, par exemple pour une scène située à l’été 1967, ce sera avec un succès de Procol Harum et Lucy in the Sky with Diamonds des Beatles. Ce sont parfois plutôt les films que les morceaux qui influencent son écriture. Elle est davantage sensible aux images et aux sons de la nature. Jean-Marc Souvira écrit également en silence. Il écoute de la musique avant et après avoir écrit. L’influence sur son écriture peut aller de Paint It Black des Rolling Stones à de nombreuses versions du Concerto d’Aranjuez, dont Sketches of Spain, celle de Miles Davis. Il ne se rend pas toujours compte de la bande originale de chacun de ses livres. Faisant du sport le matin, il écrit l’après-midi jusqu’à 21 h 00. Il écoute ensuite l’un de ses 200 à 300 vinyles. C’est un rituel pour lui de le mettre sur la platine. Pour le soir, il apprécie particulièrement un album de Bill Evans ou de Chet Baker. Il n’écoute pas de free jazz car il veut une ligne harmonique et du calme après avoir écrit. Lorsque Andrée A. Michaud cite John Coltrane, les Andrews Sisters et les musiques de films comme artistes qu’elle écoute, un échange spontané démarre entre les deux auteurs. L’écrivain français cite avec plaisir la musique du film « Bagdad Café », tandis que l’autrice québécoise cite les musiques des films de Quentin Tarantino. Immédiatement, Jean-Marc Souvira évoque l’introduction à la trompette de Pulp Fiction. Et Andrée A. Michaud surenchérit du tac au tac avec la musique de Ry Cooder pour « Paris, Texas ». L’auteur réagit avec un concert de country de 1992 à Nassau avec Willie Nelson et de nombreux autres artistes, intitulé The Highwaymen and American Outlaws. Il ajoute que le concert est disponible sur YouTube. Le public est ravi et manifeste son plaisir par ses réactions à chaque citation musicale. Philippe Manche est également heureux d’avoir suscité cet échange plaisant.

Le modérateur saisit l’occasion de faire la transition avec sa question suivante sur les meilleurs souvenirs de concerts des deux auteurs. L’écrivaine québécoise rebondit avec les concerts à Montréal dans les années 2000 de Willie Nelson, Neil Young et Bob Dylan. L’écrivain français cite spontanément le concert à Cuba des Rolling Stones, à La Havane. Puis il évoque un des derniers concerts de Joe Cocker à Paris-Bercy avant que le chanteur anglais ne disparaisse. Il ajoute avec un grand sourire : « exceptionnel ! »

La dernière question de Philippe Manche porte sur les trois albums préférés des écrivains. Andrée A. Michaud aurait aimé avoir préparé cette question à l’avance mais indique sans hésitation un disque de Led Zeppelin, n’importe lequel. Puis elle ajoute un album de Steve Earle qu’elle écoutait en voiture à Montréal. Jean-Marc Souvira cite instinctivement Sultans of Swing de Dire Straits et ajoute qu’il a vu Mark Knopfler en concert à Valence, en Espagne, en 2020. Il évoque aussi les Rolling Stones avec n’importe quel album.

Au terme de cet entretien, nous passons à la partie musicale de cette rencontre avec le MASA DUO, nom composé des prénoms Maria et Mathieu. Les deux musiciens sont encore étudiants du département jazz du conservatoire de Lyon. Le jeu raffiné de la guitare électrique de Mathieu Salse accompagne la voix veloutée de Maria Andriana. Ils interprètent avec conviction et émotion des standards de manière très classique. La maîtrise de ces morceaux classiques par de jeunes musiciens étudiants est impressionnante. Sur le titre I Didn’t Know What Time It Was de Richard Rodgers et Lorenz Hart (1939), la voix en anglais est très rythmée et douce. Elle se fait profonde sur Equinox de John Coltrane, morceau dédié en clin d’œil à Andrée A. Michaud. Le scat est un prolongement des paroles avec des onomatopées qui sont susurrées. Il est doux et précis et s’accorde avec le pincement des cordes pour créer un dialogue avec le son de la guitare. Avec Beautiful Love de Wayne King, Victor Young et Egbert Van Alstyne, sur des paroles de Haven Gillespie, le jeu de guitare est très délicat. Cette fois, le clin d’œil est pour Jean-Marc Souvira lorsque les musiciens citent la version de Bill Evans. On retrouve l’influence des accompagnements de Wes Montgomery avec un toucher léger et aérien sur les cordes. Se succéderont les classiques The Meaning of Life et Polka Dots and Moonbeams et, en conclusion de cet agréable set, Just Friends. Les deux amis musiciens interprètent ce standard avec un regard et un sourire complices. La voix douce qui étire les phrases nous fait penser aux intonations de Patricia Barber. Quelle belle parenthèse de bonheur nous offrent les deux artistes dans le contexte géopolitique anxiogène actuel ! Cette bulle d’émotion paisible est parfaite pour cette fin d’après-midi et en ce début de printemps. Voici une bien belle rencontre littéraire et musicale qui donne envie de lire des polars empreints de jazz et d’aller écouter un duo de jeunes musiciens prometteurs dans la région lors de leurs prochaines dates.

Derniers livres publiés par les auteurs :

Andrée A. Michaud : Baignades, éditeur Rivages, collection Rivages Noir, date de parution 20/08/2025, EAN 9782743667948, ISBN 274366794X, nombre de pages 240.

Jean-Marc Souvira : Murthy, éditeur Fleuve Eds, collection Fleuve Noir, date de parution 09/10/2025, EAN 9782265156647, ISBN 2265156647, nombre de pages 496.

Prochaines dates avec le conservatoire de Lyon pour MASA DUO :

  • Le 9 juin 2026 au Hot Club.

  • Le 14 juin 2026 au festival Jazz à Cours et Jardins.

  • Les 8 et 9 juin 2026, puis le 10 juillet au Périscope.

  • Le 9 juillet sur la scène de Cybèle au festival Jazz à Vienne.

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