12/05/2026 – L’Oiseau Ravage à Jazz dans le Bocage

12/05/2026 – L’Oiseau Ravage à Jazz dans le Bocage

Dans la petite salle de Noyant d’Allier, la jeune adjointe au maire présente cette soirée de  la vingt cinquième édition de Jazz dans le Bocage non sans une certaine émotion, car en CE2, elle avait découvert le jazz avec son professeur, Jean-Luc Maronne, programmateur du festival , ancien président et instigateur de ce fabuleux voyage annuel au cœur du jazz durant la semaine de l’Ascension.

Les oiseaux nous amènent à penser : chant, forme, volubilité, liberté, vulnérabilité d’où Ravage.

Tout cet univers est mis en musique par un duo de musiciens loufoques.

Ils arrivent dans le noir parmi les spectateurs, lui en sifflant tel un oiseau avec sa veste noire à queue de pie et ses plumes sur l’épaule qui reproduisent vraiment le froissement d’aile lorsqu’il les agite.

Elle également emplumée, ouvre un éventail noir qui croasse lorsqu’elle l’ouvre. Univers surprenant qui capte son auditoire d’emblée. 

Les voilà sur la scène, qui ressemble d’ailleurs à une brocante tant il y a d’objets insolites (cage à oiseaux remplie de plumes …). Marek Kastelnik s’installe au piano droit dénudé ce qui nous permet de voir les marteaux s’agiter au gré des notes. La mélodie est belle, prenante, rejointe par le son (particulièrement chaud dans les graves) du saxophone alto parfaitement maîtrisé par Charlène Moura dans toutes la tessiture et également très à l’aise au souffle continu. Mais ce n’est pas tout, des grelots attachés au pied gauche qui percute un tambourin tandis que l’autre pied frappe la grosse caisse avant de tout lâcher pour se déchaîner sur le triangle. Charlène n’a pas fini de nous surprendre. Elle chante passant des onomatopées au scat au lyrique sans soucis (une petite pensée pour Leïla Martial dans la capacité à utiliser la voix, grimpant dans les aigus avec aisance), embrasse le bec de son oiseau, non pardon de son sax imitant le son d’un piaf et utilise de nombreux objets . Un vieux moulin à café qui grince, une petite boîte à musique accrochée au piano, des pépiements d’oiseaux tout en se déplaçant sur scène et faisant voler un oiseau, une espèce d’araignée en fer qui se promène sur la cymbale….

Marek quant à lui soutient, improvise, pose du scotch sur les cordes pour obtenir un son étouffé et même lorsqu’il les enlève obtient une dégringolade de notes harmonisées ; il présente avec humour et sérieux à la fois des histoires sur leurs compositions.

Le premier morceau Là où vont les choses sauvages, il va le présenter avec une série de rimes en « age » ce qui convient parfaitement au Jazz dans le Bocage. Leurs suites utilisent souvent plusieurs mouvements tel Le triptyque de la forêt durant lequel on retrouve le Paon symbole de l’oiseau du  même nom, du dieu grec et également du « pan » qui tue, suivi de Lune Chien  (clin d’œil au compositeur américain Moon Dog) pour terminer par Canard en contestation contre les fêtes de fin d’année dans le sud ouest. Dodo, l’oiseau disparu de l’île Maurice victime du capitalisme lié au colonialisme, également conçu sous forme de symphonie de poche en cinq mouvements ; Le départ, L’île merveilleuse, La faim, Négociation ou Lamentation du Dodo et Festin. Les larmes du Chevalier Gambette petit échassier, Le chant de la Fauvette Orphée avec cette fois une allusion au mythe d’Orphée et Eurydice que Marek nous résume avec fantaisie. Le public va pouvoir s’exprimer sous l’impulsion de Charlène qui nous propose des cris d’oiseaux repris et inventés par les spectateurs qui prennent plaisir à ce moment d’interaction cocasse.

Vous l’aurez compris leur musique passe par des phases calmes puis violentes, des moments d’énervement puis d’épuisement ainsi que de la colère, très bien interprétés par les deux compères dans des discussions incroyables. Les styles se percutent, classique, jazz, pop, musique expérimentale tout y est et c’est un plaisir de se laisser chahuter.

En rappel nous aurons la joie d’écouter un morceau de leur nouveau répertoire Faucon Toucan, oiseau bipolaire comme le présente Marek et Charlène rajoute pour l’occasion une caisse claire et un charleston, c’est une femme orchestre.

En deuxième rappel une nouvelle idée de Charlène, l’utilisation d’un mégaphone dans lequel elle fait des bruitages et parle comme quoi on va tous mourir de quelque chose et sur lequel elle enregistre en boucle les mots mésanges/mes anges. Elle reprend son saxophone, saute de la scène pour venir jouer devant chaque spectateur du premier rang avec une générosité qui leur donne le sourire. Marek la rejoint et ils partent tous les deux nous laissant seuls avec cet univers magique qu’ils ont su créer et nous faire partager.

 

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