16/05/2026 – Duo Brady à Jazz dans le Bocage

16/05/2026 – Duo Brady à Jazz dans le Bocage

Dès leur entrée sur scène, les deux artistes nous interpellent : assis côte à côte, leurs violoncelles bien campés devant eux, on dirait deux comédiens.

Ils nous préviennent que ce ne sont pas des violoncellistes mais des capitaines de vaisseau spatial, et nous invitent à les rejoindre à bord pour fabriquer « la Vie d’Après », titre de leur dernier album.

Michèle Pierre, originaire de Normandie, et Paul Colomb, de Loire-Atlantique, se sont rencontrés il y a quinze ans et, depuis, ils ne cessent d’improviser ensemble, d’expérimenter les sonorités naturelles de leur instrument et de les mettre au service de leurs compositions. Donc aucun effet rajouté, juste leurs doigts, leurs archets, trois micros placés au centre de leur laboratoire de recherche qu’est leur violoncelle pour intensifier certains sons, et leur créativité. Pour gérer tout ce travail de sonorisation, ils ont leur propre ingénieur du son, Paul Alkhallaf.

Nous voilà embarqués dans le monde intersidéral avec La vie d’Après. Une basse continue qui fait penser au son de la vièle à roue, par Michèle, et une mélodie très douce de la part de Paul. Leurs deux archets sont synchrones dans leurs déplacements. Les silences, la lenteur ont leur place ici.

Les humains ont quitté la Terre et la nature reprend le dessus.

Ils sont sur Mars et dansent avec les androïdes et les robots extraterrestres dans Clic Boom. Nous entrons dans la fête timidement, avant que les doigts de Michèle ne tirent sur ses cordes tout en émettant de petites percussions sur un rythme un peu flamenco. Paul, quant à lui, utilise son violoncelle comme une guitare. Une superbe présence sur scène et une connivence parfaite entre les deux amis. Les corps des spectateurs bougent sur leurs pulsations, ce qui en dit long sur leur capacité à nous faire voyager dans l’espace.

Une belle chorégraphie accompagne leurs jeux : les têtes tournent ensemble à droite et à gauche, tels des robots. Qu’observent-ils dans le ciel de concert ? Paul tape délicatement dans le dos de son instrument en sortant un son grave.

Alternance de douceur et de joie, rythme entraînant retraçant les côtés sombres et joyeux de la vie.

Glass on Mars retrace ces sensations, entre classique et sons dérangeants ; les archets finissent en transe avant de quitter les cordes parfaitement ensemble et de décrire un grand arc de cercle chacun de leur côté. Leurs fins sont également réfléchies et belles : rien n’est laissé au hasard.

La composition suivante débute comme une berceuse, se transforme en plainte et lamentations, voire en colère, puis ils se réconcilient. Nous voilà projetés dans la techno : le kick initié par le poing qui frappe cette fois le dos de l’instrument, le rythme s’accélère, puis la tristesse s’installe sur un effet de réverbération créé par deux sons légèrement décalés des deux artistes.

Nous voilà de retour sur Terre, dans le Grand Nord, sur la banquise, avant de retrouver leurs nouveaux amis sur une planète lointaine.

Ils jouent beaucoup sur les successions de légèreté et de pesanteur et n’hésitent pas à introduire des silences. Entre pizzicati et jeux d’archet, ils utilisent tous les moindres recoins de leur violoncelle pour reproduire des ambiances, des rythmes et des sons différents.

Un régal pour les yeux, les oreilles et nos cœurs, qui pendant ce set ont battu au rythme de leurs aventures. Ils sont capables de nous faire passer d’une mélodie contemplative à une forme de transe douce.

Il ne nous reste plus qu’à revenir sur Terre avec le rappel, inspiré de leurs racines entre Normandie et Loire-Atlantique. Union de deux êtres sensibles et généreux, d’une musicalité à fleur de peau et d’une complicité heureuse.

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