16/05/2026 – Lagon Nwar à Jazz dans le Bocage

16/05/2026 – Lagon Nwar à Jazz dans le Bocage

Et voilà, le festival se termine, nous arrivons au terme d’une belle pérégrination musicale, de superbes rencontres, de découvertes et nous ne pouvons que remercier Jean-Luc Maronne pour ses programmations toujours géniales. Un grand merci de la part d’Hélène Daviet, coprésidente de Jazz dans le Bocage,à tous les bénévoles, sans qui ces manifestations ne pourraient avoir lieu, aux techniciens au son, à la lumière, l’accueil, la logistique , la coordination avec Sabine Dauchat et j’en oublie, et la merveilleuse ambiance.

Lagon Nwar se trouve entre la Réunion, Ouagadougou et Paris. Ann O’Aro est d’origine réunionnaise et dès son enfance écrit des poésies créoles sur son autobiographie et des fonnkèrs chantant sans tabou les passions. Elle chante en créole, moré, bissa, français sur une poésie fiévreuse qui ressemble à une grande histoire. 

Ils sont tous des passionnés et ils nous entraînent dans les abîmes de l’âme blessée par l’esclavage, les violences faites aux femmes. Tout un programme et la soirée s’annonce très chaude.

Le bassiste Valentin Ceccaldi est le pilier du groupe, il maintient tout au long du concert le tempo et sans lui les autres musiciens ne pourraient pas être aussi libres pour exprimer tout ce qu’ils ont à dire.

Sur Garma il instaure une ritournelle avec un son qui grésille qu’il tiendra jusqu’au bout. Ann arrive discrètement sur scène et commence à chanter. Marcel Balboné, batteur, percussionniste et chanteur, les rejoint en jouant du ……… … en même temps qu’il marque les temps avec le charley et la grosse caisse puis chante dans les langue traditionnelles du Burkina Faso dont il est originaire. Il est le cœur battant de Lagon Nwar.

Le morceau suivant, introduit par la basse et les percussions, fait entendre le son, d’une puissance et d’une énergie parfaitement  maîtrisée, du saxophone ténor de Quentin Biardeau. Quelle improvisation et ce n’est que le début.

Marée nous emmène à la Réunion où il n’y a que deux saisons, celle des pluies et la saison sèche. Le saxophone commence avec une seule note en souffle continu qu’il va tenir très très longtemps pendant qu’un rythme lent et prenant s’installe. Ann chante avec Quentin , un rythme à la batterie et percussions et le son vibrant et grave d’une calebasse s’installe. Ann et Quentin au saxophone, se mettent face à face et entame une discussion très animée montrant un désaccord entre eux.

Nous voilà en 1848, date de l’abolition de l’esclavage avec Liberté Connaître Oblige. Que de messages à passer dans ces chants pleins de colère, de rancœurs, de rage et Ann nous hypnotisent tant elle est vivante, souffrante et déstabilisante. Elle quitte la scène après un duo avec le saxophone  qui part à nouveau dans un chorus extraordinaire d’une énergie incroyable toujours soutenu par la basse. Elle revient en sautant sur scène dans une roulade.

Sur un tempo rapide, Ann crache sa révolte, descend de la scène et se met à marcher d’un pas résolu et rapide devant le public en avant puis en arrière, cela plusieurs fois en accélérant jusqu’à courir jusqu’à épuisement. Elle remonte en rampant exténuée puis hurle comme le saxophone de Quentin. C’est très prenant et elle nous touche au fond du cœur.

Nous poursuivons dans la joie, le chant et la danse pour nous remettre de nos émotions fortes. Cette fois Quentin est au synthétiseur.Cette fois elle se bat contre des personnes qu’elle voit au loin et leur assène des coups de poing, de pied jusqu’à en mettre un au sol.

Nous arrivons au dernier morceau et Ann invite les gens à danser sur Lam Santié, c’est le moment ou jamais. Ann, Quentin et Marcel chantent tous les trois, le tout maintenu par la basse. Marcel propose à tout le monde de reprendre le refrain avec eux et bien entendu le public est ravi pendant que les danseurs se voient rejoints par Ann qui fait quelques pas de danses avec chacun d’eux. Car j’ai oublié de vous dire que son corps tout entier vibre et danse avec grâce et souplesse. 

En rappel nous avons le bonheur d’écouter La Geôle, entre français et créole, encore sur la souffrance, la difficulté de devenir quelqu’un, la culpabilité qui se finit dans la douceur en trio de voix jusqu’à s’éteindre.

Quelle soirée magique, sur une musique aux mélodies entêtantes, puissante, pleine d’énergie  empruntant à l’afrobeat, au free jazz, à la musique psychédélique, au maloya, à la folk ouagalaise.

Nous finissons vraiment en beauté et surtout ne vous privez pas si vous avez l’occasion de voir Lagon Nwar sur scène. Nous n’en ressortons pas indemne, notre âme est touché et nous n’oublierons pas ce merveilleux moment de vie.

 

Les musiciens :

  • Quentin Biardeau : saxophone, synthétiseur
  • Valentin Ceccaldi : basse électrique
  • Marcel Balboné : percussions, chant
  • Ann O’Aro : voix

Auteurs/autrices