22/05/2026 – Manon Mullener Trio au Solar

22/05/2026 – Manon Mullener Trio au Solar

Radieuse

Manon Mullener était vendredi au Solar pour une soirée en coproduction avec Jazz à Vienne. La jeune fribourgeoise vient de remporter le Swiss Jazz Award 2026 pour l’envergure de sa carrière internationale. C’est vrai qu’elle en a déjà vu, du monde, connu, des influences. C’est vrai qu’elle a su, surtout, les conjuguer pour en faire son univers singulier.

A quatre ans ? Elle débute le piano.

Ado ? Elle se forme à la Haute Ecole des Arts de Berne.

A 17 ans ? Elle s’immerge dans l’effervescence musicale de la Havane.

Le voyage ne s’arrête pas là. En 2024, lauréate de la bourse de mobilité du canton de Fribourg, elle séjourne six mois à New-York. Et c’est là qu’elle se met à croquer dans un nouveau projet, présenté vendredi soir et qu’elle a intitulé « Stories ». Il s’agit d’un troisième album, publié en mars 2025, qui se décline en huit récits de vie à lire-écouter car, sur les routes, on rencontre plein de personnes. De ces rencontres qui fusionnent à chaud. Accompagnée de son petit frère, Lucien Mullener à la batterie et du chilien Rodrigo Aravena à la basse électrique, elle en a interprété plusieurs titres au fil de deux sets.

Et ça a vite matché avec le public.

Nous voilà donc à faire plein de connaissances nouvelles, adoubés dans une soudaine camaraderie des sens par Manon qui, chaque fois avant les morceaux, peint le portrait de ceux qu’elle va asseoir sur la portée. Ses mots sonnent juste, le regard et le souvenir se font rieurs, on perçoit l’étincelle qui a mis le feu à son doigté. C’est ainsi qu’on en sait un peu plus, désormais, sur Dominique, gérante d’un magasin à New-York qui, un jour, eut la surprise de voir apparaître un homme, venu lui rendre les vingt dollars qu’il lui avait volé des années avant. Ou qu’on imagine Zoila, la grand-mère cubaine nonagénaire qui l’a accueillie à La Havane. Sans compter quelques détours en taxi du côté du Mexique. Allez, on s’accroche aux portières. Il fait chaud, d’autant qu’avant chaque morceau, il y a apéro. C’est-à-dire une intro propice à échauffer l’esgourde. Ça démarre parfois sur les sombreros mais c’est toujours à la fois pêchu et mélodieux, avec une ampleur bien maîtrisée du son global. C’est aillé d’ailleurs, de ces épices musicales latinos et afro-cubaines qui créent soleil et flammèches.

Vies. Humanité. Manon Mullener a la main gauche qui botte en touche, la droite qui arpège avec justesse et légèreté. On l’écoute, pétillante, tourner les pages narratives de ses souvenirs, écrites d’un phrasé clair, sans métaphore de trop. Aucune nostalgie ne sourd de ces chapitres, les neurones mémoriels y sont collés au corps des notes, organiques. Le batteur accorde avec bonheur ses maillets et balais à une ambiance souvent rumba, évidemment sensuelle, tandis que la basse s’invite à la transe, quasi ancestrale, qui caresse l’espace. Le voilà même qui frappe sa guitare pour une dorsale rythmique inédite. Toujours, et avec des ruptures offertes comme des ouvertures, les instruments se rejoignent en un même tempo. Ça, c’est du trio !

Dommage simplement que Manon, par ailleurs très heureuse d’être pour la première fois à Saint-Etienne et dans cet endroit un peu spécial, ne nous ait montré que son dos. Aux courbes de violoncelle. Il aurait sans doute été plus judicieux de déplacer un peu le piano pour partager encore plus ce moment jazz au parfum qui entête. Longtemps.

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