Le cirque Imagine, sédentarisé depuis plusieurs années à Vaulx-en-Velin, se transforme l’espace d’un soir en un « Jazz Room » et nous transporte dans l’histoire du jazz.
Le public n’est pas celui que l’on rencontre habituellement dans les clubs ou les festivals. Il s’agit d’un public habitué ou recommandé des concerts « Candlelight » qui ont fait le succès de la société de production Fever, laquelle programme des centaines de concerts et d’activités de loisir dans le monde entier.
Mes voisins de table (qui m’indiquent connaître le Hot Club de Lyon, c’est dire !) me demandent, avant le début du concert, si les musiciens viennent vraiment de la Nouvelle-Orléans.
Pour incarner le jazz à Lyon, le promoteur Fever a fait appel au groupe Djoukil, dirigé par Paco Medina, et à ses invités. Qu’importe l’origine quand la qualité est là !
Cela débute par un gospel interprété de façon très roots, l’incontournable When The Saints, qui s’enflamme et fait participer tout le public — et ce, moins de deux minutes après le début du set !
La set-list est longue, donc les morceaux sont courts.
Paco Medina est à la manœuvre : il présente les morceaux, joue de la guitare et du banjo, et chante également. Avec, bien sûr, la voix bien trempée de Lisa Caldognetto, qui s’affirme très vite et chauffe le parterre.
À l’annonce de Georgia on My Mind, le public pousse un « Ah » de satisfaction. L’interprétation, lente et empreinte de gravité, restitue bien l’atmosphère du jazz des origines.
Fly Me to the Moon débarque ensuite pour nous rappeler Las Vegas et Frank Sinatra, sur l’arrangement de Count Basie. Les grands noms du jazz sont à la fête.
Avec Ain’t Misbehavin’, on se projette sur Broadway et dans la musique de Fats Waller, où Pierre-Antoine Chaffangeon se fend d’un chorus bien pesé.
Après le Count, place au Duke : Mr Duke Ellington et son célèbre It Don’t Mean a Thing, qui a fait danser Harlem et le monde entier. Cyril Billot en assure l’introduction avant d’être rejoint par le band et le public. Lisa profite de l’occasion pour donner un cours de scat à un public bien moins frileux que dans les clubs classiques — surprenant !
On ne peut évoquer l’histoire du jazz sans aborder son « roi », Louis Armstrong, dont le band nous présente l’une de ses rares compositions, Tight Like This. Encore une interprétation très roots, banjo à l’appui.
Avec Night in Tunisia, on opère un saut temporel pour aborder enfin la période « bop » et le latin jazz, avec le grand trompettiste Dizzy Gillespie – ici Cléobille Perrot est à la fête. Ce morceau de 1942 n’a pas pris une ride — il suffit de voir les sourires sur les visages des spectateurs. Paco en profite pour se lâcher sur sa guitare.
Cantaloupe Island, d’Herbie Hancock, nous propulse dans l’ère du funk-jazz. Une fois encore, le public participe de bon cœur.
Sing Sing Sing est laissé à Cédric Perrot et ses fûts et cymbales, qui prend un énorme chorus à la batterie, du genre à enthousiasmer le public.
Work Song, de Nat Adderley, est un morceau de référence rappelant les racines du jazz et les chants des esclaves et des bagnards. La reprise débute par une introduction intense à la contrebasse, avant de basculer sur un tutti endiablé.
C’est déjà la fin de ce concert très formaté. Le public, chaud bouillant, obtient un rappel chronométré avec Struttin’ With Some Barbecue, de Lil Hardin — épouse de Louis Armstrong et grande pianiste devant l’éternel.
Verdict : nous ne sommes ni dans un club ni dans un festival, le format est très calibré… mais l’émotion est bien présente et les musiciens se sont livrés sans compter. Alors ne boudons pas notre plaisir.
Bilan : standing ovation
Les musciens :
- Lisa Caldognetto: voix
- Paco Medina: guitare, banjo
- Pierre-Antoine Chanffangeon : piano
- Cléobule Perrot : trompette
- Cyril Billot: contrebasse
- Cédric Perrot: batterie
