Le concile d’Hadouk
C’était déjà l’avant dernier jour du vénérable festival lyonnais en plein air «Jazz à Cours et à Jardins», et pour la veille de sa clôture le lieu retenu par l’intrépide François Dumont-D’Ayot était la Maison Saint-Charles à la Croix Rousse, dans un charmant petit parc en cuvette favorisant une bonne résonance.
Le groupe retenu dans ce cadre champêtre n’était rien de moins que le Hadouk Duo formé par le mythique créateur du groupe de rock progressif Gong, Didier Malherbe, reconverti dans le maniement de toutes sortes de flûtes d’ici et surtout de là-bas (quatre vingt trois ans aux fraises), accompagné par un comparse de toujours, Loy Ehlrich, maître des claviers et des percussions (soixante quinze ans quand même). Tous deux proposaient le répertoire de leur disque sorti à l’automne 2024, « Le concile des oiseaux » (voir la chronique de Michel Clavel) ; musique totalement adaptée au cadre du concert et à l’esprit de liberté et de poésie de ce festival depuis ses débuts.
Pour rappel, Hadouk (Trio puis Duo), est un groupe emprunt d’un fort coefficient de folklore imaginaire envoûtant et éclectique qui voyage de l’Afrique du nord à l’Asie, entre Orient et Occident, et baigne dans des rythmes adaptés de la nature et des vivants. La formation se nourrit des improvisations de ses musiciens hors pairs et frôle parfois les rives du free (on ne se refait pas), et des musiques du monde qui se mélangent allègrement ; tous ces ingrédients dans un esprit fantaisiste et joyeux. Les spectateurs installés dans l’herbe ont pu ainsi voyager tous azimuts en profitant d’un soleil largement généreux. Le concert démarra avec le magnifique et emblématique Hadouk Song, qui figurait sur leur premier opus (le groupe en a produit une dizaine au total), et également sur le dernier en date. Malherbe au doudouk a un son si enchanteur, et Ehlrich au piano électrique le lui rend bien. Saluons en passant l’excellent son du concert car on sait que la musique live en plein air est difficile à sonoriser ; la topographie du parc doit ici également avoir son importance.
Le premier titre démarre avec une longue partie de clavier avant l’arrivée du flutiste. Un petit vent dans les herbes de la pampa près de la scène improvisée rend le moment encore plus délicieux. Les deux musiciens sont en symbiose totale et semblent ravis de se retrouver (embrassades à la fin du morceau). Pour le titre suivant, Loy troque son clavier pour un guembri de la famille des Gnawas, sorte de guitare au son oriental qui permet également des effets de percussions, et le flutiste joue sur une bawu pour interpréter Haj Bawu Blues une sorte de blues malien à la Tinariwen du plus bel effet, et Loy de confier au public « vous pouvez danser »…
Pour le titre qui suit Malherbe se saisi d’une autre flûte (une khên, qui vient du Laos ou de Thaïlande). Cet instrument en bois qui a une forme étrange produit des sons tantôt proches d’un harmonica tantôt proche d’un violon…Etonnant, non ? A ce stade du concert nous nous rendons compte que nous assistons tout autant à un atelier de découverte d’instruments rares qu’à un set de jazz ou de musiques du monde ! La flûte suivante utilisée est une sorte d’appeau à oiseaux : on s’attend dès lors à voir débarquer toutes les espèces d’oiseaux du 1er arrondissement…Mais avant cela, Malherbe, facétieux sonnettiste à ses heures (il a commis d’ailleurs deux recueils de poésie que le public peut trouver sur place), nous récite un sonnet dont les phrases se terminent justement par…« sonnet ». Il évoque ensuite sa découverte récente d’un poète Lyonnais oublié, Joséphin Soulary.
Le morceau suivant se nomme Xun (le printemps), et Malherbe change encore de flûte et pour le suivant, il joue sur un instrument provenant de Trévoux dans l’Ain (fabriqué par un de ses amis, Jean-Paul, présent dans le public), puis il se met pour finir à jouer d’une boule de céramique, dans un morceau endiablé intitulé Loukoumotive qui permet à Loy au guembri de citer rien de moins que Lady Madona des Beatles dans sa progression rythmique…C’est déjà la fin du « Concile » et le moment des remerciements avec un premier rappel où les deux compères hilares se mettent à jouer tous deux d’une petite flûte identique aux sons des plus enfantins…Avant de conclure en majesté et en bouclant la boucle avec à nouveau Hadouk song dans une autre version, quoique tout aussi bouleversante.
Les musiciens :
- Didier Malherbe: doudouk, Khen, bawu et bien d’autres flûtes
- Loy Ehlrich; clavier, guembri, flûte
