Sur la scène de Cybèle, ce soir à Jazz à Vienne, LGMX a transformé l’espace en véritable machine à transe. Le collectif lyonnais — mi-fanfare, mi-crew électronique (sans électronique) — aligne une formation aussi classique sur le papier qu’atypique dans l’usage : deux saxophones, deux trombones, deux trompettes, un sousaphone, une batterie et un poste de percussions. Aucun écran, presque pas d’effets — à peine un soupçon de delay et de reverb — et pourtant, l’impact est massif.
Dès les premières mesures de Trancelation, le ton est donné. Ici, la répétition n’est pas un gimmick mais un moteur. Les motifs s’empilent, se décalent, s’intensifient jusqu’à créer un état de tension continue, une montée collective qui doit autant à la techno qu’aux traditions du brass band. Les percussions désossent les rythmiques électroniques, les cuivres prennent le relais des synthétiseurs, et le sousaphone agit comme une ligne de basse organique, presque tellurique.
Mais LGMX ne se contente pas de jouer : le groupe performe. Sur scène, ça danse, ça saute, ça se répond physiquement autant que musicalement. Les corps prolongent les phrases, accentuent les breaks, incarnent les pulsations. Sans aucun artifice visuel — pas de lumières spectaculaires ni de pyrotechnie — le spectacle repose entièrement sur l’humain. Et ça fonctionne. La chorégraphie, à la fois spontanée et millimétrée, amplifie l’énergie et capte le regard autant que l’oreille.
Le son, lui, navigue entre plusieurs mondes. On y perçoit les nappes planantes de la house, les mécaniques implacables de la techno industrielle, et les textures acides, presque fractales, de la psytrance. Pourtant, tout est acoustique, tout est soufflé, frappé, martelé en direct. C’est là toute la singularité de LGMX : réussir à évoquer l’électronique sans machines, en misant sur une orchestration riche mais lisible, où chaque timbre trouve sa place dans une architecture sonore précise.
Ce mélange de minimalisme — dans les moyens — et de richesse harmonique produit un effet redoutable. La transe n’est jamais forcée, elle s’installe progressivement, presque insidieusement, jusqu’à embarquer un public conquis. À Cybèle, ce soir, difficile de rester immobile : les corps répondent, les têtes hochent, l’adhésion est immédiate.
Avec LGMX, la fanfare devient laboratoire, la rue rencontre le club, et le jazz, dans son acception la plus ouverte, retrouve une fonction essentielle : faire vibrer, physiquement et collectivement
