29/06/2026 – ReZZo : Jérémie Lucchese puis Marsavril à Cybèle

29/06/2026 – ReZZo : Jérémie Lucchese puis Marsavril à Cybèle
Florence : alors, comment tu as trouvé ces deux concerts ?

Laurent : J’ai aimé les deux, chacun avec sa propre originalité et singularité. Mais on ne va pas se substituer au jury du Rezzo, qui doit choisir « le meilleur groupe », selon des critères que lui seul connaît. Par contre, c’est intéressant d’envisager de les comparer, ça permet de préciser chacun. Le quintet de Jérémy Lucchese, j’ai trouvé ça à la fois très moderne et très classique, et Marsavril très original, avec une maîtrise des sons assez aboutie, pour une musique planante.

Florence : Lucchese, très moderne et très classique, c’est mon qualificatif, que tu as repris, je te le reprends ! Je suis d’accord avec toi et avec moi-même, du coup. Dans les deux groupes, il n’y a pas une complexité affichée, les thèmes sont relativement simples, presque minimalistes, à envisager comme les refrains d’une chanson. Ils se déploient, s’exportent, s’enrichissent. Les deux groupes partagent cette histoire-là. Le guitariste de Marsavril m’a surpris quand il a précisé, concernant le dernier morceau, qu’ils jouaient une dernière chanson. Je trouve ça intéressant qu’ils envisagent leur set comme ça. Je ne sais pas si c’était un lapsus. Il n’y a pas véritablement de chansons au sens habituel.

Laurent : Pourtant, la bassiste Jasmine Lee chante !

Florence : Oui, mais le dernier morceau n’était pas chanté. Et sur les autres, les paroles n’étaient pas vraiment au premier plan. La voix est plus utilisée comme un instrument.

Laurent : Peut-être se voient-ils comme un groupe de chansons ?

Florence : C’est ça. Du coup, ça n’est pas traditionnel par rapport à ce que l’on a l’habitude d’entendre, en chanson jazz et même en chanson tout court.

Laurent : Si on avait à comparer les deux, je trouve que ce sont deux orchestres très puissants. Pas comme l’orchestre tout puissant Marcel Duchamp. Non. Puissants de deux façons différentes : chez Lucchese, il y a une cohérence groupale extraordinaire, avec des variations de nuances et d’intensité, une belle osmose sonore, des tuilages, des connexions palpables. On sent l’habitude de jouer ensemble et la joie qui va avec. C’est d’une grande fluidité. Chez Marsavril, c’est puissant dans le son. Parfois, j’avais le sentiment d’entendre un groupe de rock. Une grosse basse. Un son aérien à la guitare, fait d’arpèges. Le saxophoniste qui délire sur le rythme, soutenu, tendu par la batterie. Ou peut-être comme un groupe de musique africaine, finalement.

Florence : Je te rejoins dans la cohérence du groupe. J’ai été particulièrement sensible à la précision rythmique du premier, notamment dans les solos du pianiste, qui retombaient au bon moment, au bon endroit : un jeu incroyable, comme tous d’ailleurs, et la maîtrise des nuances. Ça donne beaucoup de relief à la musique. J’ai aimé le son des deux saxophones : chez Lucchese, avec un large spectre, très timbré ; chez Mathieu Bellon, plus métallique, plus rentre-dedans, mais plus classique. Le groupe Marsavril, c’est une musique un peu psychédélique, tout en restant très audible et très nuancée aussi, avec des montées en puissance.

Laurent : Le quintet de Lucchese m’a emporté, je suis attiré par ce type de musique à la fois moderne et dans une forme assez classique. J’ai été bluffé par leurs interactions, entre le pianiste Levy Harvey et le contrebassiste Gabriel Sauzay, un vrai dialogue, entre le guitariste Olivier Van Niekerk et le saxophoniste Jérémy Lucchese, une écoute sensible. Le batteur Paul Lefèvre, toujours là où il faut. Dans Marsavril, ce qui m’a étonné, c’est leur sens de l’espace et l’utilisation des effets : le batteur Axel Gaudron impulsant une énergie fantastique tout en utilisant sa voix façon beatbox, le guitariste Pierre Guimbail saturant l’air de delay, d’échos et autres sons organiques, la voix de la bassiste Jasmine Lee se mêlant aux sons triturés du saxophoniste Mathieu Bellon.

Florence : Deux belles découvertes, des ambiances différentes. Dans le deuxième, il y a un plus, c’est qu’il y a une femme, qui compose. Elle a chanté un très beau morceau, très mélancolique, sur un orque qui avait été recueilli et à qui on a tenté de rendre sa liberté, en vain : il est mort avant. Je suis d’accord avec toi sur leur utilisation et la maîtrise des sons, des voix suraiguës du chanteur se mêlant à celle, très chaude, de la bassiste.

Laurent : Une dernière chose. Sur le talent évident de chacun et chacune, je ferai une spéciale dédicace au guitariste Olivier Van Niekerk (bon, je sais, c’est mon côté obsessionnel de la guitare), le roi de la gamme ton par ton. Que j’adore ! Et d’ailleurs, s’il pouvait me refiler sa guitare, une Fender Mustang, je crois…

Florence : Bon, ça suffit. Tant qu’à faire, moi, je n’ai pas de saxophone ténor, je suis preneuse aussi.

Laurent : Le quintet de Lucchese, ça soigne l’âme, Marsavril le corps. Ou l’inverse. C’est vrai bon, comme on dit en Bourgogne !

Auteurs/autrices