Comment, diable, a-t-il fait pour pousser là ? Je contemple, mi-admiratif mi-agacé, le petit arbre qui a poussé dans l’escalier du jardin. D’un vert brillant, ses feuilles ressemblent à de petites mains avec leurs cinq doigts bien écartés, et semblent me faire coucou. Je tourne la tête vingt mètres plus bas : c’est bien un figuier, copie conforme des deux spécimens que mes parents ont plantés il y a plus de quarante ans. Je savais que leurs racines étaient capables d’aller loin et profond, mais tout de même, et sous un escalier de béton ! Remarque, à bien y réfléchir, c’est cette même famille des ficus qui est capable d’étrangler d’autres arbres ou de coloniser les temples d’Angkor. Alors, vingt petits mètres sous un petit escalier, il suffit de prendre son temps. Et un figuier peut vivre jusqu’à trois cents ans. Largement le temps suffisant à la nature pour reprendre possession d’une ville, fût-elle Paris ou Londres.
