04/07/2026 – Piano Plume, Grégoire Genuys, Festival Bien le Bourgeon, Gresse en Vercors

04/07/2026 – Piano Plume, Grégoire Genuys, Festival Bien le Bourgeon, Gresse en Vercors

Plantons le décor : Gresse-en-Vercors, site magistral au pied du Grand Veymont. Falaises incrustées dans le bleu du ciel. En contrebas du géant, le village des Dolomites. Un peu plus haut, en lisière de forêt, un piano, étonnant, ouvert, vertical, qui attend les festivaliers en quête d’un spectacle : Piano Plume.

Une centaine de personnes, installées autour, dans les ombres offertes par la nature, tendent l’oreille. Grégoire Genuys ouvre le concert par ce qu’il appelle le « réveil printanier », composition originale s’inspirant des maîtres modernes, Ravel ou Debussy, et des oiseaux, avec l’improvisation en bandoulière. Grégoire Genuys est un musicien de jazz qui aime les oiseaux et en a une bonne connaissance. Il s’inspire de leurs chants. Tantôt il dialogue avec eux, tantôt il leur donne la mélodie principale, qu’il enrobe d’harmonies jazz. Cela forme des œuvres singulières, dans la veine et le lyrisme d’un Chick Corea. Il construit et lance des boucles, il ralentit le chant de la fauvette à tête noire et joue avec elle à l’unisson, il use du rythme du chant du rossignol pour en accentuer le côté percussif, avec son piano préparé. Il évoque le rouge-gorge, le milan noir (pour une œuvre préenregistrée, méditative, dans laquelle il utilise des appeaux). Il raconte aussi des histoires, comme celle du martinet, qui parfois accomplit, durant deux ans, son vol migratoire sans jamais se poser. Prouesse et grandeur de l’oiseau. Magie de l’instant, moment fragile par excellence : un rossignol et un rouge-gorge se sont approchés et ont chanté en direct. Pour crâner ? Plutôt pour marquer leur territoire face à ces pairs inconnus. Tout cela est un pur bonheur, qui rappelle la porosité entre la musique et la vie, entre l’homme et la nature.

Je pense au travail de l’artiste plasticien Giuseppe Penone, qui, dans ses installations, bâtit des ponts entre le végétal et l’humain, notamment dans ses impressions d’intérieur de crânes, qui rappellent des excroissances végétales, ou encore ses successions d’empreintes de pouces qui finissent par former une œuvre ciselée comme des veinures de feuilles. Je pense aussi à Uzeste, qui mélange le travail des ouvriers du bois, dans leur quotidien, et les musiciens, tous créateurs dans un même bain, jam session ouverte sur l’humain. Le festival mettait en avant, cette année, la forêt comme thème de réflexion. Des conférences, des films, des débats étaient proposés. Deux films ont retenu mon attention : « Le chant des forêts » de Vincent Munier, « Le temps des forêts » de François-Xavier Drouet. Deux films à l’opposé l’un de l’autre. Le premier, esthétique, mais totalement scénarisé, aux bons sentiments dégoulinants. Le second, décrivant la réalité brute et le virage qu’il nous faut prendre pour sortir du productivisme et de la sylviculture intensive.

Le travail de Grégoire Genuys se situe à l’exact milieu, ancré dans le réel et poétique, par confrontation. La musique nous embarque et se termine par un chœur matinal, vaste réunion de tous les oiseaux un matin de printemps. On repart guilleret, un peu plus proche du milieu naturel, d’où l’homme a tiré son inspiration pour faire de la musique un objet de culture.

Un spectacle à écouter dès mai en extérieur, mais qui fonctionne également l’hiver en intérieur. Si vous avez une grande salle à manger et des amis et amies sensibles au piano jazz et aux chants d’oiseaux, n’hésitez pas.

Voir la vidéo La fauvette à tête noire

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