À l’ouest, il y a du nouveau. Les hauteurs des Charavelles se sont allumées les premières, une caresse d’or sur les petits champs de colza. Puis, au-dessus de Saint-Romain, le Crêt du Loup, Les Granges, et Chantemerle. Plus au nord encore, après le méandre du Rhône, on devine les contreforts des Monts du Lyonnais dans le pastel de l’atmosphère matutinale. Le paysage du Grand Canyon viennois est encore partagé entre nuit et jour, entre pâle cédrat et profond indigo. Au bord de la corniche de Pipet, on a installé les transats tant bien que mal, adossés au petit train laissé là en carafe, ruine mélancolique et incongrue qui donne à la sainte colline des allures de décor de cinéma. La fine silhouette du guitariste se découpe comme l’ombre de Lucky Luke à la fin d’un album, un Lonesome Cowboy (1) qui, pour une fois, fait face au soleil levant.
Kēpa affectionne les rendez-vous étranges, où sa musique trouve résonnance, écho, mystère, entre folk traditionnel américain et allusions cinématographiques. Grands paysages, fêlures du dobro (2), rythme clopin-clopant, il y a de la mélancolie et un peu d’autodérision aussi, une nonchalance que viennent amplifier les effets de réverbération de sa guitare.
