Ambiance

Le Théâtre Antique s’emplit tranquillement. Le fond de scène pour Fatoumata Diawara, bleu océan, s’élève : nous y sommes…
Le soleil descend à l’horizon. Les musiciens prennent place sur scène.
Et un deuxième soleil entre et nous éblouit : Fatoumata Diawara !
Superbe, son fantastique habit de scène sublime son chant, ses sourires et sa puissance féminine.
D’un blues malien, accompagnée à la guitare sèche, elle évoque, sans jugement, son père, un homme qui, le dit-elle, a su déceler sa force pour la scène.
Rien n’est parfait : elle ose chanter que le poids des traditions n’est plus à porter, que les enfants différents ou malades sont à aimer… L’amour est son moteur.
Fatoumata donne, c’est un cœur fou ; son chant est émouvant et scénique. Certains se rappellent de sa première scène de Jazz à Vienne en 2007 : elle était alors choriste de Cheick Tidiane Seck.
Elle sort de scène et laisse ses complices finir le morceau, piano et batterie au sommet…
…et elle revient grimée. Son visage est derrière un masque, sa tête est cachée par un tulle bleu, pour un chant dont elle ne dira rien de plus. Sa force évocatrice suffit, et elle siffle, avec ses tripes, dans un sifflet-percussion. C’est fort.
Sur le suprême No Woman No Cry, le public — que dis-je, l’auditoire — danse, tape dans ses mains et chante aussi. Quelle soirée ! Si le monde ne va pas trop bien, à nous de vouloir un autre futur et de tenter de le rendre possible : c’est un engagement.
Fatoumata Diawara est venue de son Afrique natale ; elle nous fait partager le chemin qu’elle parcourt. Fenfo (Beaucoup à dire en bambara), c’est le titre de son deuxième album de 2018, et c’est complètement elle !
Au rappel, elle revient sur scène avec son masque étrange, et je vois, j’écoute encore une histoire, celle d’une grand-mère. La sonorité de Fatoumata Diawara, puissante femme, c’est sa force intérieure. Merci à elle et à ses musiciens pour cette variation africaine.
Il est l’heure d’Angélique Kidjo,

Elle entre sur scène vêtue d’une robe lamée rose, et sur sa tête un turban rose lui aussi. Cette robe lui va si bien : sur une autre, cela ne le ferait pas autant.
Angélique Kidjo, c’est une dame, une grande dame de la musique jazz matinée d’Afrique.
Son chant syncopé est accompagné par le jeu de cinq musiciens : congas, batterie, et deux grands musiciens, un bassiste et un guitariste, grands tant par leur taille que par leur musique.
Et que faisons-nous, nous spectateurs ? Nous ne restons pas là sans bouger, ah ça non ! Et c’est encore un grand moment de scène (en 2026, Angélique Kidjo est la première artiste africaine à recevoir une étoile sur le Hollywood Walk of Fame).
Angélique Kidjo dédie un chant à sa mère, aux mères, superwomen. Elle a ôté son turban et, tête nue, elle chante et danse dans le scintillement du lamé de sa robe. Émotions et sourires partagés : elle est si expressive, cette grande dame du jazz !
Il y eut un temps plus calme : une ballade, un hymne à l’amour, une croyance que le monde puisse être beau, bon. C’est la dédicace d’Angélique Kidjo à sa fille et aux enfants du monde. I Believe You Can… Les téléphones s’allument partout dans les tribunes…
Et puis, comme une évidence, grosse remontée en énergie !
Elle fait danser le Théâtre Antique au grand complet. Les images des écrans de bord de scène s’incrustent de flammes, de flammes qui réunissent et réchauffent. Angélique Kidjo sort de scène et ses musiciens continuent de nous envoyer un rythme de folie. Quand elle revient, elle s’est changée. Changement de look, oui, mais elle est toujours aussi belle, forte et talentueuse.
En final, Fatoumata Diawara partage la scène avec Angélique Kidjo pour encore flatter notre humanité commune et nous enflammer.
Ces deux grandes dames de la musique nous ont offert un temps à part, exceptionnel de bonté et de bonne volonté. Leur Afrique natale est leur creuset : elles ont su le dépasser, aller plus loin, plus haut, pour notre plus grand bonheur ce soir à Vienne.
Elles et leur musique sont un grand moment de cette édition 2026 de Jazz à Vienne !
