À Vienne, les soirées africaines commencent tôt : dès 16 h, à Cybèle. La scène accueille le trio Soba, qui propose une fusion particulièrement réussie entre musique mandingue et blues du Mississippi.
Difficile de ne pas penser aux travaux d’Alan Lomax ou au documentaire de Martin Scorsese Du Mali au Mississippi : Feel Like Going Home, tant ce dialogue entre les deux rives de l’Atlantique semble ici naturel et évident.
« Soba » signifie « la grande maison » en bambara, langue parlée notamment au Burkina Faso par Moussa Koïta, chanteur et guitariste du groupe, ainsi que par le batteur Émile Biayenda. En ouverture, Moussa invite d’ailleurs le public à entrer symboliquement dans cette maison commune. Nous sommes leurs invités, presque de la famille.
Le répertoire puise principalement dans leur album Fima (Lamastrock, 2024), enrichi de nouvelles compositions comme Daffra, du nom d’une rivière sacrée proche du village natal de Moussa.
La musique de Soba s’ancre profondément dans la tradition des griots d’Afrique de l’Ouest. L’harmonica de Vincent Bucher vient s’y mêler avec intensité mais sans dureté, faisant émerger une couleur où affleure le blues du Delta. Le cheminement s’inverse alors : comme l’avaient fait avant eux Randy Weston ou Art Blakey, le groupe relie Afrique et Amérique dans un même mouvement.
Certains morceaux débutent comme des blues très classiques avant de glisser progressivement vers des formes africaines, dans un va-et-vient constant et fluide.
La voix de Moussa Koïta, puissante et claire, porte avec justesse l’ensemble de ses compositions. Le résultat est à la fois accessible, sincère et particulièrement attachant.
Le set s’achève sur une ballade poignante, Faso Deon, où l’harmonica, enrichi d’effets, prend par moments des accents d’orgue, avant de laisser place à Tonga (« l’aventure »), qui fait se lever le public. Debout, mains battantes, sourires aux lèvres, l’audience prolonge ce moment de partage.
L’enthousiasme est tel qu’un rappel s’impose : Nankan vient conclure ce concert devant un public conquis.
Un des coups de cœur de cette édition 2026, aux côtés de Salma Quartet, Lucia Rey et Indawa.
Les musiciens :
- Moussa Koïta : guitare, voix
- Émile Biayenda : batterie, chœurs
- Vincent Bucher : harmonica, chœurs
