Si l’on aime la musique en général et que l’on peut être ému de la même manière par une cantate de Bach, Sketches of Spain de Miles Davis, A Love Supreme de Coltrane, un prélude de Chopin, le chant soufique de Nusrat Fateh Ali Khan, celui de Camarón de la Isla, la voix de Pavarotti ou les Suites de Duke Ellington, on sera touché par les compositions de Maria Schneider. Sa musique transcende les genres et les styles musicaux, mais tout tourne autour du jazz. Les thèmes s’appuient sur une architecture solide des différents plans sonores et des blocs instrumentaux, l’ensemble orné de couleurs à partir d’une palette toute personnelle que Maria Schneider a su développer grâce à sa collaboration avec Gil Evans, dont elle fut quelques années l’assistante. Depuis 2022, la compositrice et cheffe d’orchestre a développé une série de projets avec le Clasijazz Big Band, formation espagnole qui rassemble des musiciens de jazz parmi les plus importants du pays.
Clasijazz est à l’origine une structure associative qui, depuis 1998 sous un autre nom, et depuis 2003 sous celui de Clasijazz, propose toute une série d’actions visant à développer la connaissance du jazz. Actuellement, Clasijazz gère au moins trois big bands : un jeune, un féminin et celui, professionnel, que nous découvrons ce soir. Cet ensemble a déjà collaboré avec Barry Harris, Lee Konitz, Hermeto Pascoal et Brad Mehldau. Clasijazz est installé dans la ville d’Almería, ce qui n’est pas un hasard.
Pour ce projet, Maria Schneider a invité Antonio Lizana, saxophoniste et chanteur de flamenco, et Philippe Thuriot, accordéoniste belge dont les collaborations naviguent entre jazz et musique classique.
Le cœur du projet, c’est un morceau de près de vingt minutes, Bulería, Soleá y Rumba, qui nécessite l’utilisation de deux cajóns et l’ajout d’un chanteur. C’est un morceau dont l’inspiration doit beaucoup à la musique de Paco de Lucía. Avant et après, des titres déjà entendus par ailleurs, mais dans une nouvelle définition que l’on doit au groupe et à l’inspiration flamenca du projet.
La musique est belle, les musiciens développent des chorus inspirés, l’utilisation du chant flamenco est bouleversante de sensibilité. Sur la dernière partie de Bulería, Soleá y Rumba, Antonio Lizana complète le chant par le sax alto, qui prend le relais afin de poursuivre au-delà de la voix. La direction est impressionnante : un mouvement de main déchaîne la tempête, calme le géant. La dualité douleur/joie, si présente dans le flamenco, est parfaitement audible ; s’y ajoute toute la gamme des sentiments intermédiaires. Maria Schneider n’a que faire des frontières entre musique classique d’un côté et jazz de l’autre : elle utilise le big band comme d’autres l’orchestre symphonique. Elle n’est prisonnière d’aucune forme et, comme Duke Ellington en son temps, sa musique a la forme du jazz, mais c’est d’abord de la musique. Et quelle somptueuse musique !
Les musiciens :
- Maria Schneider : direction musicale
- Antonio Lizana : saxophone alto, voix
- Philippe Thuriot : accordéon
- Irene Reig : saxophone soprano, saxophone alto, clarinette, flûte traversière
- Tete Leal : saxophone soprano, saxophone alto, piccolo, flûte traversière, flûte alto
- Pedro Cortejosa : saxophone soprano, saxophone ténor, clarinette, flûte traversière
- Enrique Oliver : saxophone ténor
- Francisco “Latino” Blanco : saxophone baryton, clarinette, clarinette basse, flûte traversière
- Joan Mar Sauqué : trompette
- Bruno Calvo : trompette
- Pep Garau : trompette
- Voro García : trompette
- Julian Sanchez : trompette
- Tomeu Garcías : trombone
- Miguel Moisés : trombone
- Pedro Pastor : trombone
- Jose Diego Sarabia : trombone
- Jaume Llombart : guitare
- Daahoud Salim : piano
- Pablo Mazuecos : piano
- Bori Albero : contrebasse
- Carlos Cortés : cajón, percussions
- Vincent Thomas : cajón, percussions
- Andreu Pitarch : batterie
