Pour ouvrir cette seconde soirée de la vingt-septième édition du Pleins Feux Festival, place aux musiques qui font battre le cœur et les jambes : funk, groove, rhythm and blues, comme en témoignent d’ailleurs les affiches des éditions passées, qui ne laissent aucun doute sur l’ADN de la manifestation.
Gilles, le speaker, chauffe la salle avec l’aisance de ceux qui savent donner le ton. Puis Mégane, présidente de l’association Pleins Feux, adresse un salut appuyé (et mérité) aux cent cinquante bénévoles, tandis que Boris, secrétaire de l’association, remercie les partenaires. Le rituel d’ouverture est à l’image de ce festival : simple, direct, humain.
Il y a dans cette soirée une forme de rendez-vous réparé. Jeanette Berger, lauréate du tremplin Pleins Feux en 2018, aurait dû se produire cette année-là, avant qu’un orage dantesque n’en décide autrement. Puis le Covid est venu brouiller davantage la partition, imposant deux années blanches en 2020 et 2021. Entre-temps, la carrière de Jeanette s’est affirmée, et il aura fallu attendre 2026 pour la voir enfin revenir à Bonneville. Cette fois, c’est la bonne.
Le concert s’ouvre avec The One, porté d’abord par les musiciens avant que Jeanette Berger ne fasse son entrée. Elle s’impose immédiatement, dans un costume orange éclatant, le visage rayonnant d’une joie qui ne semble rien devoir au décor. Elle s’assied au Fender Rhodes et reprend son titre avec une présence qui capte d’emblée l’attention.
C’est le premier concert d’une longue soirée, et le public, d’abord clairsemé dans cette “salle” qui n’est autre que le parking Drault, se densifie peu à peu au pied de la scène. Jeanette et ses musiciens jouent juste, jouent vrai. Rien ne sonne fabriqué, et cela s’entend autant que cela se voit.
Elle enchaîne avec Keep Me Burning, morceau soul, lent, grave, presque suspendu, chargé d’émotion. Dans un registre plus intime encore, elle interprète une chanson entamée à la voix et au Fender Rhodes, comme une confidence mise en musique, évoquant ces élans secrets qui nous traversent.
Puis vient Beautiful World, et avec lui le coup de théâtre. Le courant s’interrompt brutalement : panne de son, panne de lumière, panne de tout. Tout le quartier plonge dans le noir. Jeanette met quelques secondes à comprendre que plus personne ne l’entend. Là où beaucoup auraient quitté la scène, elle choisit l’inverse : elle attrape une guitare, se passe de micro, s’avance au plus près du public, prend place sur le caisson de basse et demande à chacun de se rapprocher et de faire silence pour l’écouter chanter Beautiful World en acoustique.
Le moment est magnifique. Son sourire, sa voix, sa manière de rester présente malgré la fragilité de l’instant, tout cela crée une proximité rare. Elle parvient même à faire chanter le public alors qu’il l’entend à peine. Qu’importe les aléas : la salle improvisée répond, encourage, accompagne. C’est fort, et c’est de ces instants qui restent.
On croyait le concert terminé. En tous cas la scène est vide.
Après quarante-cinq minutes, le courant revient enfin, et Jeanette peut reprendre le cours de son set avec Do Your Thing, sans sembler le moins du monde déstabilisée par cette parenthèse que bien des artistes auraient eu du mal à traverser. Elle conclut ce concert un peu cabossé, mais splendide, avec Walking Back Home, ballade une fois encore habitée par la sensibilité.
Décidément, le lien entre Bonneville et Jeanette Berger s’est construit dans l’épreuve autant que dans l’attente. Mais ce soir, malgré les embûches, elle a offert bien plus qu’un simple concert : une leçon de musique, de sang-froid et d’élégance humaine.
Elle a tout d’une grande.
