Des promesses à confirmer
Présentant en live le répertoire intimiste et personnel de son nouvel opus « Promises », la charmante chanteuse franco-taïwanaise nous a certes confirmé la belle qualité de sa voix de mezzo, mais son répertoire de jazz cool, aux réminiscences plus folk que soul, reste trop plan-plan pour en délivrer le plein potentiel. Il faudra plus d’allant et sans doute encore plus de « bouteille » pour parler vraiment de diva.
Souvent qualifiée de nouvelle diva du jazz, terme récurrent mais de plus en plus galvaudé, Estelle Perrault n’était pas encore dans mes tablettes et l’occasion était belle de la découvrir totalement dans le cadre du Monastère royal de Brou, où l’on est venu, chose rare, sans même connaître le répertoire de son dernier album « Promises », paru l’an dernier, hormis sa reprise du standard Day by Day, popularisé par Sinatra et que l’on a pu déjà entendre ça et là. La chanteuse franco-taïwanaise de trente-sept ans, autodidacte venue au jazz par passion pour de grandes dames comme Ella Fitzgerald ou Billie Holiday (de vraies divas, en l’occurrence), s’était fait connaître en 2020 par un album autoproduit (« Lots of Love ») où elle reprenait des standards avec le pianiste Alain Jean-Marie, avant de faire ses premiers pas dans l’écriture l’année suivante avec « Dare that Dream ». Avec « Promises », troisième opus sorti l’an dernier, elle signe cette fois paroles et musiques, narrant dans ce disque intimiste, qu’elle qualifie de journal intime, sa vie entre deux cultures, pour mieux révéler son identité. Évoluant dans un registre entre jazz classique et réminiscences folk, on a pu lire aussi que ce nouveau répertoire prenait des accents soul et R&B, mais ce n’est pas vraiment ce que l’on a pu entendre ce soir, même si, parfois, la rythmique insuffle une très légère tendance au groove.
De toute évidence, c’est bien le jazz cool d’obédience ballade folk qui domine, dès la petite introduction instrumentale servie par le sax de Melvin Marquez et le Fender Rhodes tenu par le pianiste originaire de Chicago, installé à Marseille, Rob Clearfield, qui assure la direction artistique de cet album. Day by Day qui suit ne dépare donc pas dans cette ambiance plutôt plan-plan, avant We Were Once, où là encore se répondent piano et sax au chorus feutré, même si la rythmique menée par le batteur danois Malte Arndal (Joe Lovano, Samara Joy, Scott Hamilton, Christian Sands…) qui semble remplacer au pied levé Théo Moutou, et le bassiste-contrebassiste Samuel F’Hina (que l’on connaît derrière Cynthia Abraham) peut déconcerter par sa bizarrerie.
Avec Right or Wrong, que la chanteuse dédie à sa famille taïwanaise, on reste dans le slow cool, limite soporifique, malgré un solo de contrebasse assez claquant, jusqu’à son final très atmosphérique. Une contrebasse qui reste seule avec Estelle pour une autre reprise, celle de Close to You du pianiste et grand compositeur américain Burt Bacharach, un morceau qu’elle aime beaucoup et qu’elle avoue avoir maintes fois écouté.
Il faudra attendre le titre éponyme Promises, qui lui aussi démarre très calmement, pour que la batterie donne enfin un peu plus de rythme, avec un Rhodes et une basse groovy qui peut nous rappeler ici Sade. Il y aura encore cette sensation pour I Know What, avec un sax plus alerte bien qu’il ne lâche jamais du regard ses partitions, passé Gaslight, puis Look Inside, où le piano domine en solo, avant le joli Sunshine offrant de subtiles nuances toutes en retenue. Pas de fulgurance non plus pour le rappel, après soixante-dix minutes de concert, avec un So Far Away nostalgique et sucré.
On aura donc compris que ce live nous aura quelque peu laissés sur notre faim. Même si, d’évidence, on a pu apprécier le beau timbre de mezzo d’Estelle Perrault, notamment dans les graves, sa voix claire et tendre, pleine de délicatesse, ajoutée à un charme naturel et gracieux, tout en simplicité, il nous aura manqué ce supplément d’âme qui fait que même un répertoire aussi intimiste et tranquille nous envoûte. Sans vouloir être trop lapidaire, d’autant que la séduisante chanteuse ne le mérite vraiment pas, on dira qu’elle aura peut-être manqué d’implication pour nous captiver, voire parfois d’application, tant on sent que son potentiel est sans nul doute plus grand que ce dont elle s’est visiblement contentée. Alors « Promises », assurément, mais de là à parler de diva, il faudra, en matière de live, sans doute attendre encore un peu…
