Voici donc le nouveau projet du pianiste, compositeur et arrangeur Raphaël Lemonnier. Il rend ici hommage à la chanteuse de blues Bessie Smith (1894-1937), qui a influencé des stars comme Billie Holiday, Sarah Vaughan, Dinah Washington, Nina Simone, Janis Joplin, et tant d’autres.
Bessie Smith a été marrainée en 1912 par la chanteuse « Ma » Rainey, de douze ans son aînée, pour tourner avec les Rabbit Foot Minstrels. Elle signe chez Columbia en 1923 : bilan, 750 000 albums vendus en six mois. Un succès monstre. Elle est rapidement surnommée « la reine », puis « l’impératrice du blues », dans les années 20.
L’introduction est empruntée à un morceau de Bessie Smith que Clapton reprend dans chacun de ses concerts : Nobody Knows You When You’re Down and Out.
Sa carrière est lancée avec Downhearted Blues (1923). Ici, c’est Olympe Assohoto au micro, la « Big Mama »comme le blues les aime tant avec la voix qui va avec.
Me and My Gin (1928) est l’histoire de sa vie.
Pour Reckless Blues (1925), important dans le parcours de Bessie Smith, elle avait fait débuter un inconnu, Louis Armstrong ; elle en avait fait de même avec Sidney Bechet, rien que ça ! Ici, c’est Krystel Dobat qui est à la voix. Une voix mature, avec ce qu’il faut de fêlure.
The Kitchen Man (1929) est une chanson grivoise sous couvert de métaphores culinaires. Autant dire que ce genre de chanson a connu de francs succès.
Le dernier enregistrement de Bessie Smith avant son accident est Gimme a Pigfoot and a Bottle of Beer (1933). La coïncidence veut qu’il ait été enregistré dans un studio où, une semaine plus tard, Billie Holiday allait faire son premier enregistrement. Changement d’époque : le blues passe le relais au swing.
Retour à l’histoire du blues avec le fameux Saint Louis Blues, enregistré dès 1925 par Bessie Smith avant d’être repris par tous les plus grands noms du jazz vocal. Ici, Raphaël prend le temps d’une longue introduction très bluesy, bien sûr.
Premier blues enregistré par Mamie Smith (aucun lien de parenté avec Bessie), Crazy Blues (1920) vendu plus d’un million d’exemplaires et qui a été à l’origine des « Race Records », enregistrements destinés aux Afro-Américains entre 1920 et 1940. Un marché juteux. Ici, Krystel et Olympe se complètent admirablement.
Puis Raphaël se lance dans une longue introduction qui désarçonne Olympe, qui attendait autre chose. Krystel a compris le truc et raccroche les wagons sur un blues qui vire au boogie : Ain’t Nobody Business.
Le public est debout.
Le rappel se fera sur Pinchbacks, Take ’Em Away.
Ce nouveau projet de Raphaël Lemonnier est intéressant à plusieurs titres. Il nous replonge dans l’histoire du blues et, en particulier, dans celle d’une de ses principales instigatrices. Il nous fait entendre des morceaux qui ont été à l’origine du blues au début du XXe siècle. Et enfin, nous découvrons deux chanteuses complémentaires et de caractère, accompagnées par le trompettiste Jean-Pierre Derouard.
Les musiciens :
- Raphael Lemonnier: piano, arrangements
- Lilian Bencini: contrebasse
- Thierry Lutz: batterie
- Jean-Pierre Derouard: trompette
- Olympe Assohoto, Krystel Dobat: voix
