Les bénévoles du festival
Lors de l »ouverture de cette dernière soirée à Buis-les-Baronnies, la Présidente de Parfum de Jazz a tenu, à juste raison, à remercier et à mettre en avant les bénévoles, la cheville ouvrière du festival.
Tous ne sont pas présents sur la photo, mais tous les « pôles » sont représentés : accueil du public, techniciens, billetterie, loges, merchandising, catering, signalétique, « runners », hébergeurs… soit plus de soixante-dix personnes qui font tourner le festival et sans qui rien ne se ferait.
Kinga Glyk
Dernier concert dans les Baronnies pour l’édition 2026 de Parfum de Jazz, avant la migration vers les scènes du Tricastin la semaine prochaine.
Kinga Głyk est une bassiste polonaise qui fait son chemin sur les scènes de jazz. Avec cinq albums au compteur et moult tournées internationales, elle affiche une belle expérience malgré son jeune âge. Issue d’une famille de musiciens, elle baigne dans le jazz depuis son plus jeune âge, ce qui explique une certaine sérénité et une belle présence sur scène.
Intitulée « The Chapters 2026 », la set-list, inédite, puise dans les cinq albums pour présenter une large palette de l’univers musical de la bassiste.
L’entrée des artistes se fait au son du monologue Dream, d’Alan Watts, philosophe et écrivain, auteur de nombreux ouvrages sur la spiritualité, les religions et les philosophies d’Orient et d’Occident, considéré comme l’un des pères de la contre-culture américaine.
Let’s play some funky groove démarre dès les dernières paroles prononcées. Brève intro à la basse, mélodie aux allures de riff mordant, rythmique puissante : le funk est bien là et nous emporte dans un vortex de slap, de fingering et d’autres techniques du groove, tandis que Michał Jakubczak, aux claviers, et Lucas Saint Cricq, aux saxophones, avancent par petites touches précises, façon « cocotte ». Quant à Rodney Barreto, il entretient un feu nourri et continu derrière ses toms et ses cymbales.
Pour entamer Playing Pretend I, Kinga Głyk déclame quelques paroles sur les facettes de sa personnalité, celles qu’elle aime comme celles qu’elle n’aime pas, qu’elle va exprimer au travers de cette composition, entre ballade contemplative et révolte sonore. La référence au style caractéristique de Marcus Miller est assumée, dans tous ses compartiments : slap, fulgurances mélodiques, notes étouffées sont développés dans un solo-fleuve qui laisse tout le monde pantois, y compris les musiciens.
Dream nous emmène dans un univers sonore onirique à souhait, avant le festival de syncopes de Lennie’s Pennies. Kinga se fait accompagnatrice plus discrète, mais toujours virtuose et originale. L’improvisation de Lucas Saint Cricq est déconcertante, véritable dialogue avec le clavier, qui s’efface pour laisser place à un duo entre le saxophone alto et la batterie, d’une richesse incroyable. Pour terminer le morceau, Rodney Barreto prend un grand solo multicolore, soutenu par une série de marquages dynamisants.
Puis vient le moment où les absents se rappellent à notre mémoire. La longue introduction harmonieuse nous rappelle bien quelque chose, mais il faut attendre l’arrivée du thème pour reconnaître à coup sûr Teen Town. Le quartet disserte autour du thème et lui donne un nouvel essor sans dénaturer l’esprit de l’original. Une belle réussite quand on s’attaque à un tel monument.
Swimming in the Sky est une mélodie simple et agréable, une porte ouverte sur l’improvisation. Lucas Saint Cricq s’amuse avec les pédales d’effets reliées au micro de son instrument, se permettant des audaces sonores et rythmiques insoupçonnées et rares.
Pour Sadness Does Not Last Forever, Michał nous gratifie d’une introduction qui évoque un paysage de cascades et de petites étendues d’eau. Une belle ballade qui démarre, puis prend des allures dissonantes et extravagantes : un excellent remède à la tristesse.
La partie de basse de Island a la particularité d’être entièrement exécutée en harmoniques, et pas forcément les plus faciles à obtenir. Il se dégage une certaine quiétude de ce morceau, composé sur une île de Croatie, qui incite à la rêverie. Ou l’art de jouer de la basse sans jouer sur les basses fréquences.
Rempli de fougue, 5 Cookies apporte un regain d’énergie au public, avant le rappel, Joy Joy, tout aussi revigorant, avec sa ligne de basse foisonnante.
Quand on apprécie une artiste en écoutant ses albums, le live est un juge de paix quant à la qualité et à l’intensité de la relation qui s’établit avec son public. Kinga Głyk tient largement ses promesses avec ce concert, largement apprécié.
Les musiciens :
- Kinga Głyk : basse
- Michał Jakubczak : claviers
- Rodney Barreto : batterie
- Lucas Saint Cricq : saxophone alto, effets
15/08/2026 – Interview de Kinga Glyk à Buis les Baronnies – Parfum de Jazz
C’est après une balance tôtive et rondement menée sous un soleil de plomb que j’ai rencontré Kinga Glyk, bassiste polonaise dont je suis la carrière depuis plusieurs années sans avoir réussi à assister à l’un des rares concerts qu’elle a donnés sur notre territoire.
Michel Perrier : Avec seulement cinq dates depuis 2018 vous n’avez pas très souvent visité notre région et nos lecteurs ne vous connaissent pas aussi bien qu’ils le devraient. C’est l’occasion de combler cette lacune et en apprendre un peu plus sur le chemin qui vous a conduit à devenir l’éminente bassiste que vous êtes. Je vous ai personnellement découverte grâce à votre reprise de Tears in Heaven d’Eric Clapton.
Kinga Glyk : (Rires) Il y a bien longtemps.
Comment avez-vous découvert la musique ? Et le jazz ?
Mon père étant musicien de jazz, j’ai baigné dans cette musique dès mon plus jeune âge. Très tôt nous avons constitué un groupe familial Glyk P.I.K. avec mon père au vibraphone, mon frère à la batterie et moi-même à la basse. J’avais douze ans. Nous avons même enregistré un album. C’est ainsi que j’ai commencé ma carrière de musicienne.
Quelle musique écoutiez-vous à ce moment ?
J’écoutais principalement du jazz, surtout ce qu’on appelle Mainstream Jazz que mon père affectionnait principalement. Le funk est arrivé plus tard dans mon univers. Je me rappelle aussi avoir beaucoup écouté James Brown, qui a encore une grosse influence sur moi.
Qui sont vos musiciens préférés, bassistes ou autres ?
Comme tout le monde, mes préférences varient dans le temps suivant les découvertes que je peux faire. En ce moment, mon bassiste préféré est Victor Bailey ; le contrebassiste Niels-Henning Ørsted Pedersen fait également partie de mes favoris.
Depuis peu, j’écoute beaucoup le bassiste brésilien Michael Pipoquinha ; il est jeune et sa manière de jouer est inspirante.
J’écoute aussi beaucoup de batteurs comme Steve Gadd, Brian Blade, Dave Weckl, Vinnie Colaiuta. Le duo basse/batterie constitue la colonne vertébrale des groupes et j’écoute attentivement la manière dont ils gèrent ce poste clé.
En parlant de batteurs, votre morceau Who cares me fait un peu penser à Plan B du batteur Dennis Chambers. Est-ce intentionnel ?
Non, c’est un pur hasard. Mais oui, Dennis Chambers fait partie de mes références. C’est le plus explosif.
Quelles sont vos références en matière de basse ?
Jaco Pastorius en tout premier, puis Marcus Miller pour sa très grande précision et son slap exemplaire. Tal Wilkenfeld et Esperanza Spalding sont également de grands exemples pour moi.
Y a-t-il un ou deux noms de bassistes français qui vous viendrait à l’idée ?
Je ne connais pas beaucoup de bassistes français. Susceptibleutôt des musiciens avec lesquels je suis susceptible de constituer un groupe : saxophonistes, batteurs, claviéristes, … Je peux vous citer les saxophonistes Lucas Saint Cricq, avec qui je joue ce soir, ou Pierre Lapprand, jeune saxophoniste d’une grande spontanéité.
De quels instruments jouez-vous ?
La basse est mon instrument principal. Il m’arrive d’étudier la guitare, le piano ou les drum-pads, mais c’est toujours pour améliorer mes connaissances au service de la basse qui reste définitivement MON instrument. Je me sens vraiment connectée avec cet instrument.
Quand avez-vous commencé à composer ? Qu’est-ce qui vous inspire ?
J’ai eu envie de composer dès que j’ai commencé à jouer de la basse. Je développais mes propres idées et j’étais déjà en recherche de mes propres lignes de basses. J’ai toujours pensé que la musique et la composition étaient le meilleur moyen pour moi d’exprimer mes émotions à ma manière. L’attention que je porte à mes émotions, à ce qui les suscite et à leur transcription en musique s’affûte avec le temps.
Quand vous avez écrit un nouveau morceau, comment se passent les premières répétitions ?
Je dirais que je traite le processus par phases. Après l’écriture, nous commençons à mettre en place les bases et jouons le morceau à plusieurs reprises, en laissant les idées venir naturellement. J’en prends note et les intègre pour arriver à une version « finale » à la suite de ce travail collectif. Pour mon dernier album, j’ai eu la chance de travailler avec Michael League, le bassiste et leader de Snarky Puppy. C’était très formateur d’avoir quelqu’un comme lui pour me guider dans ce travail.
Quand vous composez, est-ce que tout est écrit ou laissez-vous une grande place à l’improvisation ?
L’improvisation est vraiment le moteur de la création. En général, je pars d’une idée que je développe un peu. J’arrive assez rapidement à quelque chose d’agréable à entendre, et c’est à ce moment que je recherche le moyen de rompre ce cheminement sans encombre pour apporter quelque chose de nouveau, de surprenant et de plus intéressant pour raconter l’histoire que j’ai en tête.
Dans un second temps, je refais ce travail avec les musiciens qui apportent d’autres idées pour finalement arriver à un résultat collectif.
On peut résumer l’élaboration d’un morceau à plusieurs phases : la première où, seule devant ma page blanche, je pose les premières idées, la seconde où j’amène ce travail à un niveau supérieur, la dernière où nous travaillons ensemble.
Avez-vous des habitudes pour travailler votre instrument ? A quelle fréquence ? Combien de temps ?
Je travaille tous les jours, mais je n’ai pas forcément un programme précis. La seule chose que je m’impose est de fractionner mon temps et de ne passer que le temps déterminé pour accomplir une tâche. Ça évite de se laisser dépasser par le temps et de faire des séances peu productives. Je travaille la technique, bien sûr, mais je pratique aussi la lecture et l’analyse de partitions de standards pour bien ancrer ma culture musicale.
Les titres de vos albums sont, dans l’ordre chronologique, Dream, Feelings, Real Life. Peut-on y voir une évolution de votre regard sur la vie ?
Avant ça, il y a deux autres albums dont les titres en polonais pourraient se traduire par Register et Happy Birthday. Ce dernier est un album live. Je sais qu’ils sont introuvables, même en streaming, et je m’occupe de faire en sorte que le public puisse de nouveau les écouter.
Pour revenir à votre question, oui, assurément, ces titres correspondent à mon état d’esprit au moment où je les ai écrits. Je voulais aussi des titres que les gens pourraient facilement retenir. Ces trois albums représentent trois volets de ma personne : Kinga innocente pour Dream, débutante, ne connaissant que quelques mots d’anglais, découvrant le monde professionnel. C’est la première fois que j’avais un producteur. Feelings marque la transition vers une plus grande autonomie. Quant à Real Life, ce titre m’a été inspiré par le fait que chacun de nous vit dans un monde fictif. Nous ne voyons qu’une toute petite partie de ce qu’il se passe vraiment. Avec les réseaux sociaux, nous pensons pouvoir comparer notre vie avec celle d’autres personnes dans le monde et croire qu’ils ont une vie meilleure que nous.
Comment définiriez-vous votre style ?
Les maîtres mots sont Liberté et Funk. Je ne voudrais pas être rangée dans une boîte et je travaille dur pour proposer une musique différente des autres. Je veux avoir beaucoup de liberté dans ce que je fais, mais j’adore le funk et ça restera la principale fondation de ma musique.
Quels sont vos projets ? Préparez-vous un nouvel album ? A quelle échéance ?
J’aimerais beaucoup enregistrer un album live avec la musique que je joue maintenant avant de me lancer dans la conception d’un nouvel album. C’est en quelque sorte « a cookie before the cake ». Ça me permettra également de me rappeler de ce que nous avons vécu sur scène. Je pense que ce que nous jouons en live est complètement différent de ce qui sort du studio. C’est le grand plaisir que j’ai découvert sur scène.
Nous remercions sincèrement Kinga Glyk de nous avoir accordé cet entretien et Louise Hobé (de Loop Production) de l’avoir rendu possible.
