Ce soir encore, la moyenne d’âge est bien en-dessous de la trentaine avec le trio de la pianiste québécoise Ariane Racicot, qui partage la scène avec le bassiste Antoine Rochefort et le batteur Guillaume Picard, également citoyens de la Belle Province.
Ariane s’installe, pose ses mains sur le clavier, et entame le prélude de Après la tempête, mélodie apaisée à la main gauche et arpèges à la main droite. Elle capte immédiatement toute l’attention du public. L’entrée en lice des autres musiciens se fait dans la quiétude, faisant monter l’énergie d’un cran. Antoine Rochefort expose une jolie mélodie sur sa basse à six cordes, qui lui permettent de jouer dans les aigus les plus cristallins et les basses les plus profondes. Le piano reprend la parole. Difficile de faire la distinction entre les thèmes et les improvisations, tant les uns et les autres sont harmonieux, riches et flamboyants. Guillaume Picard soutient en finesse sur ses cymbales qu’il caresse plus qu’il ne les frappe. Le rythme s’envole un peu pour une envolée lyrique du piano ; Antoine emboîte le pas pour un chorus à l’octaveur à la fois virtuose et mélodieux, conclu avec un son saturé surprenant de contraste acoustique, parcelle urbaine ou sursaut d’orage en plein milieu d’une nature apaisée qui profite du calme après la tempête.
Going for a Walk débute comme un tango syncopé, mise en jambes avant le bouillonnant Dancing with Fire, le bien nommé. Si les commentateurs mettent en avant le rock metal comme référence musicale du trio, c’est peut-être dans ce morceau qu’on le ressent le plus avec le son de basse d’un autre temps, à la limite de la saturation, limite qu’Antoine ne se prive pas de déborder allègrement. Il n’empêche que si sa ligne de basse aurait de quoi séduire les métalleux les plus ardents, la mélodie et les improvisations sont des plus élaborées et ne peuvent pas renier le jazz dans cette fusion éclectique. Et au milieu du tumulte vient se loger une phrase d’une délicatesse sans pareil. Le morceau se termine par un solo de batterie ponctué par la basse et le piano. Un solo généreux et raffiné d’une grande vitalité. Une main de velours dans un gant de fer.
There is some Hope marque une pause bienvenue, où l’on peut se délecter d’une improvisation libre à la basse : accords, arpèges, harmoniques, phrases soignées , un petit bijou. Et quand le piano arrive, c’est un véritable rayon de soleil qui illumine nos oreilles. La basse omniprésente apporte son lot de friandises.
Chez moi, en mode majeur et sur une cadence impaire enjouée, fleure bon la Caraïbe et sa bonne humeur contagieuse.
Arrivent les Canicules, écrasantes et de circonstance. Il est néanmoins difficile de ne pas succomber aux charmes musicaux de cet épisode. Le solo aux sonorités de balafon nous emballe tout particulièrement.
Pour le dernier morceau avant les rappels, Avant la Tempête Guillaume fait grincer ses cymbales, Antoine adopte un son étouffé dans les très graves et Arianne tisse de la dentelle sur la droite de son clavier.
Le trio sera rappelé deux fois à l’unanimité de la salle. Si le second album d’Ariane, « Dancing with Fire », constituait la totalité du set, les rappels sont issus de son premier album, « Envolée ».
Bicycle Ride est mené à une cadence digne du Tour de France, et A ciel ouvert finit de nous donner de l’énergie pour les heures à venir.
Arianne Racicot définit sa musique comme urbaine, éclectique et rassembleuse. On pourrait y ajouter pléthore de qualificatifs élogieux : audacieuse, créative, indéniablement contemporaine et moderne. Une fusion tous azimuts. Elle a également dit que si c’était une boisson, ce serait un gin tonique québécois, je dirais en plus subtil.
Je l’écrivais hier (voir ici), le jazz est loin d’être mort ; une autre part de son avenir était devant nous ce soir.
