25/09/2026 – Etienne Mbappé Quintet « Country side » à Montrond-les-Bains pour le Rhino Festival

25/09/2026 – Etienne Mbappé Quintet « Country side » à Montrond-les-Bains pour le Rhino Festival

Nous avions laissé Etienne Mbappé, son quintet et ses aventures transatlantiques en clôture des concerts de la scène de Cybèle au Jazz à Vienne (voir ici), nous le retrouvons en ouverture du Rhino Festival sur la scène de Montrond-les-Bains. Autre festival, autre scène, autre concert : délivré du chronomètre, le quintet peut cette fois prendre le temps de déguster son plaisir de jouer ce répertoire qui s’en trouve un peu plus étoffé.

En guise de mise en bouche, O Nyolomjé  démarre tranquillement, en mode mineur doux à l’oreille, juste une petite note qui frotte un peu dans le refrain, un tout petit demi-ton qui titille les tympans. Au violoncelle, Philippe Desbois soutient la basse avec quelques digressions de bon aloi ; Etienne Mbappé nous gratifie d’une courte improvisation vocale, bien inspirée mais qui aurait mérité d’être développée. Le morceau se termine par un interlude ardent, guitare, basse, voix et violoncelle à l’unisson sous la pulsation intense de Nicolas Viccaro derrière sa batterie. Brice Essomba prend un chorus rapide aux sonorités typiquement africaines, tout en accords et envolées, prouvant que le piano est aussi un instrument à percussion.

Après quelques mots de présentation, Welcome Tiki est une délicieuse ballade répondant à tous les canons de la country music américaine : grille d’accords et résolutions instinctives, rythmique, enchaînements. Pour parfaire l’atmosphère, Philippe Desbois a délaissé son violoncelle pour une Stratocaster bien patinée, non sans avoir muni son auriculaire gauche d’un bottle neck. Nous voilà en plein Far West.

Lakisé voit Philippe Desbois troquer sa guitare électrique pour une mandoline, autre pilier de la country-folk américaine ; à la guitare, Anthony Jambon soutient la mandoline par une nappe d’arpèges en contrepoint. Le solo de basse joue sur les contrastes : gros son, cordes qui claquent et toucher de velours, notes posées et rafales de doubles-croches, avec un étonnant passage de mélodie plus ou moins aiguë sur fond continu de cordes à vide.  Il se termine comme une plainte. Le chorus de Brice Essomba se joue tout en harmonie, les deux mains jouent par moment à l’« unisson » avec deux octaves de différence. L’effet est garanti. Anthony Jambon prend la parole en dernier et explore les gammes mineures harmoniques avec délice. Chaque grille est une phrase qui se développe à l’envi.

Sur la cadence à sept temps de Félo les musiciens réussissent l’exploit de placer quelques triolets dans le thème, autant dire qu’il faut avoir le rythme bien accroché pour ne pas s’y perdre. Philippe Desbois propose une improvisation tranchante très rock à la guitare saturée, alternant doigts et bottle neck au gré des ambiances, sur une métrique syncopée très urbaine et bien huilée. Les musiciens laissent la place à leur batteur pour un solo véloce qui monte en puissance sans se départir (enfin, pas tout le temps) d’une finesse remarquable et d’une précision redoutable.

Etienne Mbappé nous explique que les voyages portent en eux le mal du pays, qu’il a cherché à exprimé avec Alane. Anthony Jambon fait une belle introduction en solo, mélodie et accompagnement, puis la voix d’Etienne se pose en douceur sur le tapis soyeux tissé par le guitariste. Son étouffé et ghost-notes à la basse, contrechant de Philippe, modulations subtiles et substitutions raffinées illustrent bien cette sorte de mélancolie passagère. Guitares et basse façonnent une mélodie à trois voix particulièrement savoureuse.

Etienne Mbappé a longtemps joué avec John McLaughlin, à qui il dédie le morceau suivant, John Ji, Ji signifiant en indien « qui compte beaucoup ». Anthony se fond littéralement dans le style de cet immense guitariste pour son improvisation : phrases courtes, acérées, véloces, notes précises, harmonies décalées, tout y est Anthony Ji oserais-je écrire. En contre-pied, le solo de Brice Essomba est tout en rondeur, pendant que basse et batterie s’emballent, alignant les blanches et les doubles-croches sans faiblir un instant.

En réponse à la chanson de Carlos Santana, Etienne Mbappé a imaginé une Black Magic Woman africaine intitulée Sarakholé, du nom d’un peuple d’Afrique de l’Ouest. Le rythme fluctue entre le binaire et le ternaire et les deux guitaristes exécutent une courte improvisation à deux autour du thème.

Chaleureusement applaudi, le quintet ne se fait pas prier pour un rappel vigoureux, mettant le public au défi de se lever et danser sur l’enchaînement de San San Boy et Ambass. Et ça a fonctionné !

Il ne reste plus qu’à attendre l’album pour écouter en boucle ce projet enthousiasmant.

 

Les musiciens :

  • Etienne Mbappé : basse, voix
  • Nicolas Viccaro : batterie
  • Brice Essomba : claviers
  • Anthony Jambon : guitare
  • Philippe Desbois : violoncelle, mandoline, guitare

 

Auteurs/autrices