03/10/2026 -Luna’s Quartet « Hommage à Michel Legrand » chez Mademoiselle Simone

03/10/2026 -Luna’s Quartet « Hommage à Michel Legrand » chez Mademoiselle Simone

Qui dit Michel Legrand dit bandes originales mythiques. Il en a signé plus de deux cents, mais certains titres s’imposent d’emblée à la mémoire : « Les Parapluies de Cherbourg » ; « Peau d’âne » ; « La Baie des Anges » et, bien sûr, « Les Demoiselles de Rochefort ».

C’est avec ces dernières que s’ouvre le concert, sur De Delphine à Lancien. D’emblée, la performance vocale de Luna Garcia Odin captive : une diction d’une précision vertigineuse, des aigus abordés sans effort apparent et une présence immédiatement convaincante. Benoît Convert prend ensuite un premier chorus superbement soutenu par Philippe « Pipon » Garcia à la batterie et Thibaud Soulas à la contrebasse : un trio de choc, vous en conviendrez.

Cap sur « Peau d’âne » avec Amour, amour. On connaissait Luna Garcia Odin dans d’autres registres du jazz ; une fois encore, elle étonne par sa justesse, son placement et sa capacité à épouser la chanson plutôt qu’à la démontrer.

Retour à Rochefort avec La chanson d’Andy, interprétée à l’écran par Gene Kelly. Puis vient I’m Through with Love, immortalisée par Marilyn Monroe, avant La chanson de Maxence, l’un des morceaux phares des « Demoiselles » et de ce répertoire.

Philippe « Pipon » Garcia joue sur une batterie volontairement minimaliste : caisse claire, grosse caisse, charleston et cymbale. Cela ne l’empêche nullement de faire entendre des rythmes élaborés, denses et pleins de rebonds. Quant à Thibaud Soulas, inutile de le présenter : c’est le compagnon de rêve de toute « grand-mère ».

Le set s’achève sur l’évident et attendu Nous sommes deux sœurs jumelles, sans doute la chanson la plus célèbre des « Demoiselles de Rochefort ».

Ici, les sets sont courts, afin de laisser aux convives le plaisir de reprendre leurs conversations entre les instants de musique.

Le second set s’ouvre sur un I Will Wait for You plein de promesses. Issu de la bande originale des « Parapluies de Cherbourg », le thème permet à Benoît Convert de déployer un chorus d’une grande fluidité, presque flûté. Et de retrouver, toujours aussi solide, le tandem basse-batterie.

Le morceau suivant est dédié à Christiane Legrand, sœur de Michel, et s’appuie sur une cantate de Bach qu’elle a chantée avec les Swingle Singers, le groupe dont elle fut l’une des voix fondatrices.

Centenaire oblige, il fallait l’évoquer : le quartet reprend Equinox de John Coltrane, avant de poursuivre avec un Moon River tout en sensibilité et en émotion, où Thibaud Soulas offre un chorus à la hauteur du standard.

Vient ensuite l’un des plus grands standards de Legrand : Les moulins de mon cœur. Luna Garcia Odin l’entame dans un murmure ; spontanément, le public se tait et se concentre sur ce moment de grâce.

Pour Sweet Gingerbread Man, composée par Legrand, le public est convié à reprendre les « haha » du refrain — un clin d’œil joyeux qui détend l’atmosphère sans jamais banaliser la musique.

Puis le quartet aborde La géante, sur un poème de Baudelaire mis en musique par Benoît Convert dans une atmosphère planante. Avec une belle intelligence, le public retient son souffle sur ce thème lent, où voix et guitare dessinent des unissons subtils.

Le troisième set reprend avec La recette du cake d’amour, de « Peau d’âne », précédée d’une intro très fine de Pipon à la batterie, chaudement applaudie.

Suit Ratatouille, du film éponyme, composée par Camille — une artiste qui, à sa manière, prolonge l’héritage de Legrand à travers plusieurs bandes originales.

Retour à Michel Legrand avec China Doll, chantée en anglais : encore un morceau d’une délicatesse remarquable.

Le quartet achève ce set avec une version d’Amour, amour très différente de celle du premier set — plus libre, plus jazz, et tout aussi convaincante.

Le rappel se fait sur Neuf mois fermes, de Camille, extraite du film d’Albert Dupontel.

Comment dire ? Je suis ultra-fan de Luna Garcia Odin, dont chaque prestation est un ravissement. Avec ce projet, elle démontre toute l’étendue de sa palette vocale : jazz, classique, opéra… sans jamais perdre ni la justesse ni le naturel.

Les musiciens :

  • Luna Garcia Odin : voix (et quelle voix !)
  • Benoît Convert : guitare
  • Thibaud Soulas : basse
  • Philippe « Pipon » Garcia : batterie

Auteurs/autrices