09/10/2026 – « Quand le swing prend corps » au C.R.R. d’Annecy

09/10/2026 – « Quand le swing prend corps » au C.R.R. d’Annecy

Il y a des parenthèses dans une journée que l’on aimerait ne jamais refermer. Ce vendredi 9 octobre, à l’heure du déjeuner, le Conservatoire d’Annecy affichait complet pour un rendez-vous aussi musical que réjouissant : « Quand le swing prend corps », proposé dans le cadre des bien nommées « Parenthèses de midi ».

Sur scène, le quartet annécien Swing chroniQ, composé d’Élise Douylliez au violon, de Philippe Bord et François Lebrun aux guitares manouches, et de William Provent à la contrebasse, retrouvait les grandes heures du jazz swing en compagnie de Camille Audemard, danseuse formée au Solo Swing et au Lindy Hop à Toulouse.

Une première rencontre artistique où les notes allaient prendre vie, où les corps allaient devenir instruments et où le swing, décidément, allait se révéler terriblement contagieux !

Tout commence dans une atmosphère bleutée, presque intimiste.

Seule, la contrebasse fait résonner ses premières notes. Le bois vibre, les harmonies s’installent, l’ambiance est légère. William Provent prend son temps, s’amuse des silences et va même jusqu’à répondre musicalement aux éternuements d’une spectatrice ! Le ton est donné : ici, le jazz se vit avec humour et spontanéité.

Une guitare s’accorde, l’autre esquisse quelques phrases bluesy, puis les cordes commencent à dialoguer. Le violon d’Élise Douylliez se fait percussif, joué sans archet, tandis que les premières pulsations de « Blue Drag » entraînent progressivement les musiciens dans le swing.

Camille Audemard entre alors dans la danse. Son corps épouse les accents rythmiques, ses pas rebondissent sur les contretemps. La musique ne se contente plus de s’écouter : elle se regarde !

Le quartet enchaîne avec Dipsy Doodle, dans un esprit joyeux et pétillant, avant de retrouver les couleurs plus tendres de Douce Ambiance et de J’attendrai.

Un moment de délicatesse où le violon rayonne particulièrement, porté par les guitares manouches et la rondeur de la contrebasse.

S’ensuit Rougail, une composition de Philippe Bord dont le titre évoque immédiatement les saveurs épicées de ce plat réunionnais. Et du piment, il y en a ! Le swing se fait plus relevé, presque piquant. Camille Audemard le traduit merveilleusement avec son corps : ça frémit, ça rebondit, ça s’enflamme !

La danseuse a d’ailleurs troqué sa salopette pour une robe légère qui accompagne chacun de ses mouvements. Elle danse comme elle respire, avec une aisance naturelle, un sourire communicatif et une expressivité qui fait plaisir à voir.

Au violon, Élise Douylliez déploie un jeu d’une belle justesse. Son archet fait littéralement décoller les phrases musicales, tantôt aériennes, tantôt incisives. Un joli dialogue entre les cordes et les pas de danse.

Et voilà que Camille s’empare de la contrebasse ! La danseuse devient musicienne, trouve une jolie pulsation et continue de rayonner. William Provent, lui, se prend au jeu et entame un duo chanté avec elle. Tout devient échange, conversation, complicité.

C’est précisément ce qui rend ce spectacle si vivant : personne ne reste enfermé dans son rôle. Les musiciens jouent, chantent, dansent, s’observent, se répondent. Le jazz retrouve ici toute sa dimension ludique.

Avec Jive at Five, toute la salle entre dans le swing : le public n’est plus simplement spectateur.

On claque des doigts, on tape du pied, on répond aux sollicitations de Camille, qui lance de véritables questions-réponses rythmiques avec la salle. La bonne humeur est partout !

Puis vient Viper’s Dream, présenté sous forme de questions-réponses entre les instruments et les claquettes. Les guitaristes se lèvent, enchaînent des solos fluides et inspirés. Les rythmes se croisent, les accents se provoquent gentiment. Et soudain, les musiciens se mettent eux aussi à danser ! Une chorégraphie collective, pleine d’humour et parfaitement menée, transforme le quartet en véritable troupe swing.

Quelle belle idée ! Il est finalement assez rare de voir des instrumentistes exprimer physiquement ce qu’ils jouent. Ici, ils osent, ils s’amusent et nous rappellent que le swing est autant une affaire de corps que de notes.

Pour le rappel, Camille invite des spectatrices à la rejoindre sur scène pour une petite initiation au Lindy Hop, sur Honeysuckle Rose, l’incontournable standard de Fats Waller.

Le public devient acteur de cette dernière séquence et l’auditorium se transforme, le temps de quelques mesures, en piste de danse improvisée.

Une jolie façon de conclure ce rendez-vous où la musique n’aura cessé de circuler entre les artistes et la salle. Swing chroniQ nous a offert une musique vivante, généreuse, portée par de solides qualités instrumentales et un véritable esprit de groupe. Camille Audemard, solaire et expressive, y a apporté cette dimension corporelle qui donne tout son sens au titre du spectacle.

La vie est faite de parenthèses, parfois inattendues, souvent nécessaires et parfois délicieusement musicales. Celle de ce vendredi midi, au Conservatoire d’Annecy, en faisait incontestablement partie. Et l’on quitte la salle avec cette sensation merveilleuse : celle d’avoir encore un peu de swing au bout des pieds !

Les artistes :

  • Camille Audemard : danse swing
  • Élise Douylliez : violon
  • Philippe Bord : guitare manouche
  • François Lebrun : guitare manouche
  • William Provent : contrebasse

Auteur / autrice